"Aides intéressantes", "rustine", "usine à gaz" : les associations sont partagées face au plan carburants

Si certaines associations, comme la CLCV ou Familles rurales, saluent les mesures annoncées par le Premier ministre tout en regrettant qu'elles n'aillent pas assez loin, l'organisation 40 millions d'automobilistes estime qu'il n'y a rien à retenir de ce plan.

Un automobiliste, en train de mettre du gazole dans sa voiture.
Un automobiliste, en train de mettre du gazole dans sa voiture. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Face à la colère sur le prix des carburants et du fioul, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé mercredi 14 novembre toute une série de mesures, dont l'augmentation de la prime à la conversion des voitures les plus polluantes et une prime pour aider les ménages à se débarrasser des chaudières au fioul.

Le gouvernement "ne doit pas supprimer les taxes, il doit les geler", estime la CLCV

"Ces aides sont intéressantes mais elles ne sont clairement pas suffisantes", alors que "les Français voient leur pouvoir d'achat diminuer de manière drastique", a réagi Vincent Licheron, chargé de mission environnement à la CLCV (Consommation, logement, cadre de vie). "Dans un contexte où le prix des matières premières augmente, le gouvernement doit être pragmatique. Il ne doit pas supprimer les taxes, il doit les geler et c'est ce que nous demandons."

"Édouard Philippe est sorti de la route", regrette 40 millions d'automobilistes

Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, a affirmé de son côté sur franceinfo qu'il ne retenait "rien" des annonces du Premier ministre. "Édouard Philippe est sorti de la route. À un moment, il va falloir expliquer à Emmanuel Macron qu'il ne suffit pas de traverser la route pour trouver du pétrole, a-t-il ironisé. On ne veut pas reconnaître que les Français ont raison (...) On est en train de mettre en place une véritable usine à gaz avec des mesures par-dessus des mesures."

"Il suffirait juste d'écouter les Français, estime Pierre Chasseray. Nous avons en France le troisième ou quatrième prix des carburants le plus cher en Europe. À tel point que nos transporteurs routiers mettent des cuves à pétrole supplémentaires dans leur camion pour ne pas avoir à faire le plein en France ! Baissons tout simplement les taxes."

"Une rustine", pointe Familles rurales

Dominique Marmier, président de Familles rurales, a estimé sur franceinfo que certaines mesures du gouvernement "vont dans le bon sens", comme "le chèque énergie et la prime de reconversion automobile", mais que cela reste "une rustine" pour les familles rurales qui n'ont pas "d'alternatives et de compensation" à la hausse des carburants. 

"On a bien conscience du réchauffement de la planète [mais] on ne doit pas pénaliser les territoires ruraux, estime Dominique Marmier. Les familles des territoires ruraux ont un sentiment de double peine parce qu'il y a un sentiment d'abandon des services publics et des territoires ruraux. On est obligés d'être davantage mobile et, en plus, on subit une taxation des prix des carburants."

"Des mesures du XXe siècle", tacle France Nature Environnement

"Toutes les mesures proposées sont des mesures du XXe siècle", a réagi sur franceinfo, Michel Dubromel, président de l'association France Nature Environnement. Pour lui, "on ne voit pas un nouveau modèle se profiler au niveau de la transition écologique". S'il reconnaît que la prime à la conversation est "un progrès pour les gens", il regrette que le gouvernement n'ait une vision qu'à "court terme". "Les gens, on leur propose à nouveau une bagnole, on ne leur propose pas d'autres modes de transport. Ils attendent d'autres mobilités. Mais là-dessus, rien, silence."

Cela va "favoriser le diesel pour 15 ans", déplore Pour Écologie sans frontière

Une "super prime" va être créée pour les 20% de foyers les plus modestes. "C'est une prime pour favoriser le marché de l'automobile, cela va favoriser encore le diesel pour 15 années", a estimé sur franceinfo Franck Laval, le président d'Écologie sans frontière, alors que "les Français commencent à acheter de moins en moins de diesel". Pour lui, "la France est le pays du diesel". "Dans les années 70, il y a eu une fiscalité pro-diesel, aujourd'hui on pourrait avoir une fiscalité anti diesel", a-t-il poursuivi.

Dans ce débat sur le prix des carburants et la fiscalité écologique, Franck Laval a expliqué que les ONG écologistes sont "très embêtées". "On est arrivés dans ce débat un peu manichéen à faire détester la question écologique, a-t-il déploré. Depuis quelques années, elle se résume à plus de taxes, et pas à un bonus-malus. Et on se retrouve avec une grosse partie de la population qui, progressivement, va se mettre en tête que l'écologie c'est quelque chose de punitif."

"Ni dans l'intérêt des consommateurs, ni dans l'intérêt de la transition écologique", redoute la FF3C 

Les primes à la conversion annoncées par le Premier ministre pour pallier la hausse des prix des carburants et du chauffage ne sont "ni dans l'intérêt des consommateurs, ni même dans l’intérêt de la transition écologique", a estimé sur franceinfo le délégué général de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffages (FF3C), Frédéric Plan. La FF3C est l'union de syndicats professionnels qui regroupe des propriétaires de stations-service, des entreprises qui remplissent notamment les cuves de fioul domestique pour le chauffage.

Pour Frédéric Plan, jusqu’à 14 000 emplois directs sont menacés par ces mesures qu’il qualifie de "littéralement stupéfiantes". Le délégué général de FF3C a jugé, au contraire, que "la mesure la plus facile et la moins coûteuse pour le consommateur, c’est de transformer rapidement le fioul domestique, aujourd’hui 100% fossile, en bio-liquide. Mais cela suppose que le gouvernement fasse un geste fiscal, ne taxe pas la partie énergies renouvelables, pour que ce produit existe. On attend les réponses."