VRAI OU FAKE Pourquoi le "gilet jaune" à la kippa n'est pas le "symbole de la tolérance" que certains ont voulu voir

A l'occasion de la 14e journée d'action, l'image d'un "gilet jaune" portant une kippa a été partagée sur les réseaux sociaux afin de montrer l'absence d'antisémitisme au sein du mouvement. Mais le profil Facebook du porteur de la kippa pose question.

Capture d\'écran d\'un tweet montrant l\'homme à la kippa, dans un défilé des \"gilets jaunes\", samedi 16 février 2018, à Paris. 
Capture d'écran d'un tweet montrant l'homme à la kippa, dans un défilé des "gilets jaunes", samedi 16 février 2018, à Paris.  (TWITTER)

La photo, celle d'un homme portant un gilet jaune et une kippa, a été abondamment relayée sur les réseaux sociaux. Alors que le philosophe Alain Finkielkraut a été victime d'insultes antisémites, à Paris, lors de la 14e journée de mobilisation des "gilets jaunes", samedi 16 février, l'image est censée démentir les accusations d'antisémitisme touchant le mouvement.

"Désolé de nuancer le storytelling de certains sur 'les 'gilets jaunes' aka une foule haineuse antisémite' mais aujourd'hui, à Paris, on pouvait manifester [avec] une kippa sur la tête", écrit ainsi un internaute en soutien des "gilets jaunes". Mais l'homme qui porte la kippa est rapidement identifié et son profil n'est pas sans poser problème.

"On verra bien par qui je suis gazé"

Sur son compte Facebook, l'homme qui se présente comme Pascal Olivier Chiron annonce dès le 14 février qu'il portera cette calotte à l'occasion du rassemblement de samedi. "J'en ai eu marre que le gouvernement mente en disant que les 'gilets jaunes' sont antisémites alors je suis allé m'acheter une kippa pour la porter samedi", écrit-il, avant d'ajouter : "On verra bien par qui je suis gazé, massacré et raflé (que dieu nous préserve de la police) !!!" Un statut relayé près de 6 000 fois et qui comptabilise plus de 5 000 likes.

Le message est double, analyse Tristan Mendès France, enseignant au Celsa et maître de conférences associé à l'université Paris Diderot : "Il voudrait signifier qu'il n'est pas antisémite puisque l'on peut porter une kippa au sein des 'gilets jaunes' et il se protégerait d'un système [et des violences policières] qu'il fantasme être à la solde des Juifs."

Ce spécialiste du numérique, qui explore les profils des soutiens des "gilets jaunes" sur les réseaux sociaux, note également que "l'idée antisémite que la kippa protégera les 'gilets jaunes' lors des manifs tourne depuis pas mal de temps".

Prolifique sur Facebook, Pascal Olivier Chiron se revendique volontiers complotiste et refuse de croire à une recrudescence des actes antisémites. Le 16 février, jour du rassemblement des "gilets jaunes", il écrit : "Nous sommes tous par ailleurs persuadés que les actes antisémites de ces derniers jours sont des false flags [infox] du gouvernement pour discréditer le mouvement. Oui, nous sommes complotistes et nous l'assumons car les complots existent depuis la nuit des temps."

Capture d\'écran d\'un post Facebook de Pascal Olivier Chiron.
Capture d'écran d'un post Facebook de Pascal Olivier Chiron. (FACEBOOK)

"Une caricature d'individu d'extrême droite"

Pascal Olivier Chiron est également "hystériquement anti-maçons", souligne Tristan Mendès France. Dans ses posts récents, il appelle ainsi à "éradiquer" les francs-maçons. "On trouve aussi des visuels homophobes, des messages pro-Maduro, pro-Assad, explique Tristan Mendès France. Le profil type de l'individu d'extrême droite, proche des dieudonnistes et des soraliens."

"C'est l'exemple d'individu qui incube dans l'écosystème des 'gilets jaunes', il réussit à percer et être massivement relayé sans que l'on réalise qu'il est toxique et que c'est une caricature d'individu d'extrême droite", déplore ce spécialiste des extrémistes sur les réseaux sociaux. Il note toutefois "une prise de conscience bienvenue" : "Plusieurs élus et journalistes ont effacé leurs tweets censés montrer ce 'gilet jaune' à la kippa comme un symbole de la tolérance."