Manifestant blessé à la main à Paris : un collectif d'avocats saisit le Conseil d'Etat pour interdire la grenade mise en cause

Des avocats vont saisir le Conseil d'Etat pour demander l'interdiction des grenades "GLI F4" qui seraient à l'origine de plusieurs blessures. 

Des manifestants des \"gilets jaunes\" devant l\'Assemblée nationale, non loin de là où un homme a été grièvement blessé à la main, le 9 février 2019.
Des manifestants des "gilets jaunes" devant l'Assemblée nationale, non loin de là où un homme a été grièvement blessé à la main, le 9 février 2019. (WOSTOK PRESS / MAXPPP)

Des avocats vont saisir le Conseil d’Etat dans les jours qui viennent révèle franceinfo lundi 11 février. Ils vont demander l'interdiction de la grenade à l'origine de la grave blessure à la main d'un manifestant lors de la nouvelle mobilisation des "gilets jaunes" samedi à Paris.

Le Conseil d'Etat avait déjà été saisi par la CGT et la Ligue des droits de l'homme à propos de l'utilisation par les forces de l'ordre du lanceur de balle de défense (LBD), qu'il a finalement autorisé le 1er février. 

Sébastien, le manifestant qui a eu quatre doigts arrachés samedi près de l’Assemblée nationale. Une enquête judiciaire, confiée à l’Inspection de la gendarmerie nationale, a été ouverte.

Dans leur viseur : la grenade "GLI F4"

Selon plusieurs gendarmes contactés par franceinfo, la grenade qui a mutilé cet homme est une "GLI F4", une grenade lacrymogène instantanée. L'enquête administrative devrait le confirmer, ainsi que les circonstances exactes des faits. La "GLI F4" est l'arme de défense la plus puissante utilisée par les gendarmes. Elle contient 25 grammes de TNT. Une arme considérée comme dangereuse pour le collectif d'avocats qui, en décembre, appelait déjà le gouvernement à interdire l’emploi de la "GLI F4". Ces derniers s'appuient sur la liste des blessés graves ou mutilés de ces dernières années : on compterait une dizaine d'amputations mais le bilan exact n'est pas connu.

Cette grenade a notamment déjà été utilisée par les gendarmes à Bure (Meuse) où le projet d'enfouissement des déchets nucléaires suscite de vives polémiques, mais aussi à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) pour le projet d'aéroport, ou encore durant les précédentes manifestations des "gilets jaunes". À chaque fois, les gendarmes ont eu recours à la "GLI" pour éviter le contact direct avec des manifestants.  

Remplacée à partir de 2021

Concernant sa manipulation, la grenade est utilisée par les gendarmes en binôme. Elle a un triple effet : détonant, lacrymogène et sonore. Censée être lancée en cloche, la "GLI" explose au sol au bout de quelques secondes et est souvent prise à tort pour une grenade lacrymogène : une des raisons pour lesquelles elle a souvent été la cause de blessures impressionnantes aux mains et aux pieds le plus souvent.

Fin 2014, après la mort de Rémi Fraisse à Sivens (Tarn), un rapport du ministère de l'Intérieur suggérait de la bannir de l'arsenal du maintien de l'ordre, la France étant le seul pays à l'utiliser en Europe. En 2018, le Défenseur des droits soulignait aussi les dangers de cette grenade. De son côté, la gendarmerie nationale, consciente du problème, a commencé à la remplacer mais elle doit l'utiliser au moins jusqu'en 2021, date de l'épuisement des stocks.