Maintien de l'ordre : les ordres du préfet de police Didier Lallement mis en cause par de hauts responsables de la gendarmerie et des CRS, selon Mediapart

Le recours à la technique de la "nasse" lors de manifestations est notamment pointé du doigt en interne. 

Le préfet de police Didier Lallement au Salon de l\'agriculture, à Paris, le 22 février 2020. 
Le préfet de police Didier Lallement au Salon de l'agriculture, à Paris, le 22 février 2020.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, est critiqué jusque dans ses rangs. Des notes internes à la gendarmerie et aux CRS, révélées par Mediapart samedi 7 mars, mettent en cause sa gestion du maintien de l'ordre. De hauts responsables y jugent les pratiques du préfet "légalement douteuses et aux conséquences politiques potentiellement néfastes" avant de conclure qu'elles sont "contraires à la législation ainsi qu'à la réglementation en vigueur", écrit le site d'investigation.

Selon l'un de ces documents datant de septembre 2019, une réunion est organisée à la préfecture à la veille d'une manifestation de "gilets jaunes" et de la marche pour le climat. Il est "clairement indiqué que l'on doit 'impacter' les groupes", rapportent des responsables de la gendarmerie engagés dans les opérations. Selon Mediapart, ils décrivent ces ordres comme "volontairement dérogatoires aux dispositions des articles L 211-9 et au R 211-13 du CSI [Code de sécurité intérieure]", selon lesquelles l'emploi de la force ne l'est qu'en absolue nécessité et la force déployée doit alors être proportionnée au trouble à faire cesser. 

Sur le terrain, il a bien été "constaté des emplois disproportionnés de la force, conformes aux directives de la veille", indique ce document cité par Mediapart. "A plusieurs reprises, la PP [préfecture de police] a ordonné des manœuvres d'encagement, consistant à fixer l'adversaire", est-il écrit. L'encagement, également appelé nasse, consiste à encercler des manifestants et à les confiner. Il doit néanmoins laisser une échappatoire. Cette technique est "susceptible de générer des mouvements de foule, potentiellement dangereux", selon les gendarmes.

Les brigades de policiers à moto critiquées

Un autre document de la gendarmerie dénonce cette pratique, selon Mediapart. Il est postérieur à la mobilisation des pompiers, le 15 octobre 2019, à Paris. Un capitaine en charge d'un escadron de gendarmerie mobile a décidé de désobéir aux ordres du préfet et "escorter les manifestants jusqu'au métro" plutôt que de les confiner sur le pont de la Concorde. Objectif : "Eviter un accident." 

Un autre écrit interne à une unité de CRS pointe des ordres donnés aux Brav, les brigades de policiers à moto"On ne compte plus les gazages par la PP", écrit un policier sur une messagerie interne partagée entre CRS après la journée de mobilisation des "gilets jaunes" du 18 janvier 2020 à Paris. Selon ce message révélé par Mediapart, "les black blocs ne bronchaient pas. Ça a commencé à dégénérer quand les Brav ont commencé à intervenir." A la fin de la manifestation, à la gare de Lyon, "les Brav se sont mis à foncer dans le tas. (…) C'est incroyable de foncer dans le tas comme ça alors que ce n'était pas conflictuel", selon ce CRS. 

Sollicités par franceinfo, le ministère de l'Intérieur et la préfecture de police de Paris n'avaient pas encore réagi dimanche.