"Je ne vois pas des collègues, je ne vois pas des hommes, je vois des zombies": "gilets jaunes", manifs lycéennes,... Des CRS épuisés racontent leur ras-le-bol

Entre les manifestations des "gilets jaunes", celles des lycéens et l'attentat à Strasbourg, ils sont exténués et ne supportent plus la charge de travail.

Des CRS pendant une manifestation de \"gilets jaunes\", le 8 décembre 2018 à Bordeaux. 
Des CRS pendant une manifestation de "gilets jaunes", le 8 décembre 2018 à Bordeaux.  (NICOLAS TUCAT / AFP)

Les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) n'en peuvent plus. Depuis plusieurs semaines, ces hommes et ces femmes sont mobilisés lors des manifestations des "gilets jaunes" un peu partout en France, mais aussi lors des mouvements des lycéens. Et après l'attaque de Strasbourg mardi 11 décembre la charge de travail ne va pas diminuer. La sécurité a même été renforcée à l'entrée de nombreux marchés de Noël de France, comme à Lyon ou à Toulouse.

À quelques heures maintenant d'une nouvelle mobilisation des "gilets jaunes", certains, comme ceux que franceinfo a rencontrés en région Rhône-Alpes, disent leur épuisement. Steeve, 36 ans, est CRS depuis deux ans et il est sur les dents. "Tous les jours, on travaille comme des malades, tous les jours on tourne comme des avions", explique-t-il.

On fait les 35 heures en trois jours, il y a un moment, ce n'est plus possible, on travaille les samedis, on travaille les dimanches et on va toujours nous faire culpabiliserSteeve, CRSà franceinfo

"On va nous dire que si on nous emploie pas, ça va être à feu et à sang à Bordeaux, à Paris, à Lyon, et indirectement, on nous culpabilise là-dessus", déplore-t-il. On n'est plus fatigués là, on est éreintés. Je ne vois pas des hommes, je ne vois pas des collègues, je vois des zombies, des mecs qui n'en peuvent plus".

Steeve (g) et Alexandre (d), CRS ici en civil, expriment des conditions de travail de plus en plus difficiles.
Steeve (g) et Alexandre (d), CRS ici en civil, expriment des conditions de travail de plus en plus difficiles. (NINA VALETTE / RADIO FRANCE)

Des forces de sécurité qui sont aussi de moins en moins tranquilles lors des manifestations des "gilets jaunes" : "On a peur parce qu'on prend des bombes agricoles, on prend des cocktails Molotov, on prend des pavés dont on se demande d'où ils peuvent venir tellement ils sont énormes, mais on ne parle pas parce qu'on écoute les ordres qu'on nous donne." Et pour Steeve, les responsables ne sont pas les manifestants, qu'il comprend et soutient même, mais les différents gouvernements depuis quinze ans.

Il fallait réduire les policiers parce que ça coûte cher, eh bien voilà, vous avez réduit les policiers, maintenant vous avez des zombies comme policiers.Steeve, CRSà franceinfo

Dans la même compagnie que Steeve, Alexandre est un jeune papa originaire de Grenoble, lui ne supporte plus non plus de charger des "gilets jaunes", et d'être mobilisé quasiment sept jours sur sept : "Moi j'ai beaucoup de respect pour les 'gilets jaunes', ça pourrait être moi demain", explique-t-il. "Simplement, quand vous avez des troupes épuisées, qui ne sont pas considérées, c'est là où l'on a des incidents graves et ça il faudrait peut-être que l'administration s'en rende compte", ajoute-t-il. 

Si les CRS déposent les boucliers, il faudra que certains assument. Moi je pense vraiment à quitter l'administration. Même mes rêves d'enfant ils arrivent à les briserAlexandre, CRSà franceinfo

Mais avant de quitter le métier, ces deux CRS s'accordent sur un point : certains camarades veulent se faire porter pâle, pour ne plus aller sur le terrain.

Le-ras-le bol des CRS : le reportage de Nina Valette.
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