INFO FRANCEINFO. Attentat de Strasbourg, mort de Lady Di, grand remplacement : les "gilets jaunes" plus perméables que la moyenne aux théories du complot

Franceinfo vous dévoile lundi la deuxième vague de l'enquête sur les théories du complot, avec un axe plus spécifique sur les "gilets jaunes".

La théorie selon laquelle l\'attentat de Strasbourg était une manipulation du gouvernement a été beaucoup partagée sur les réseaux sociaux (illustration).
La théorie selon laquelle l'attentat de Strasbourg était une manipulation du gouvernement a été beaucoup partagée sur les réseaux sociaux (illustration). (CAPTURE D'ECRAN TWITTER)

Un Français sur dix pense que l'attentat au marché de Noël de Strasbourg, le 11 décembre dernier, est une manipulation du gouvernement pour détourner l'attention des Français en plein mouvement des "gilets jaunes". C'est l'un des enseignements de l'enquête sur le complotisme, dont franceinfo vous révèle en exclusivité le deuxième volet lundi 11 février. Étude réalisée par l'Ifop pour la fondation Jean-Jaurès et l'observatoire Conspiracy Watch. Cette nouvelle partie s'intéresse plus particulièrement à l'emprise des fake news au sein des "gilets jaunes". Le constat est clair : dans ce mouvement, on croit beaucoup plus que la moyenne aux théories du complot.

>> Le premier volet de l'enquête : âge, niveau de vie, diplôme, orientation politique... Qui est sensible aux théories du complot ?

Si 10% des Français pensent que l'attentat de Strasbourg est une manipulation du gouvernement, la proportion fait plus que doubler (23%) chez les personnes qui se définissent comme "gilets jaunes". 65% des Français croient en la version "officielle", à savoir que l'attentat a été perpétré par Cherif Chekatt, un sympathisant de l'organisation jihadiste État islamique.

L’opinion à l’égard de l’attentat de Strasbourg en fonction de la proximité avec les ”gilets jaunes”.
L’opinion à l’égard de l’attentat de Strasbourg en fonction de la proximité avec les ”gilets jaunes”. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Chemtrails", Lady Di, complot sioniste

C'est la même tendance aussi pour d'autres théories du complot, assez diverses. Comme à propos des traînées blanches que laissent les avions dans le ciel : il s'agirait de produits chimiques répandus délibérément pour des raisons tenues secrètes (thèses des "chemtrails"). 15% des Français dans leur ensemble y croient, 29% des personnes se définissant comme "gilets jaunes". À propos de la mort de Lady Diana, la théorie selon laquelle l'accident de voiture serait en réalité un assassinat maquillé convainc 34% des Français en moyenne, mais 57% des "gilets jaunes".

C'est le cas aussi pour les thèses idéologiquement marquées, comme celle sur l'existence d'un "grand complot sioniste à l'échelle mondiale" : on y adhère deux fois plus chez les "gilets jaunes" (44%) que la moyenne des Français (22%). De manière similaire, 46% des personnes se définissant comme "gilets jaunes" pensent que l'immigration est organisée délibérément par les élites pour aboutir au remplacement de la population européenne par une population immigrée, cette proportion tombe à 25% pour l'ensemble des Français.

L’adhésion à différentes affirmations complotistes en fonction de la proximité avec les ”gilets jaunes”.
L’adhésion à différentes affirmations complotistes en fonction de la proximité avec les ”gilets jaunes”. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Des explications idéologiques et sociologiques à cette adhésion plus marquée chez les "gilets jaunes"

Comment expliquer cette plus grande porosité aux fausses infos, au sein des "gilets jaunes" ? Cette étude pointe d'abord une dimension idéologique : la vision répandue dans ce mouvement du haut contre le bas, des élites contre le peuple. Plusieurs théories se retrouvent dans cette grille de lecture.

Le niveau de diplôme joue également : moins on a fait d'études, moins on est armé pour déjouer les fake news, moins on a d'esprit critique, selon cette enquête. Or, on sait que les "gilets jaunes" se sont d'abord recrutés dans les couches moins diplômées de notre société. Dernier élément : les gilets jaunes se détournent massivement des médias traditionnels et préfèrent les réseaux sociaux pour s'informer, là où il n'y a ni déontologie, ni de vérification de l'information.

Les réseaux sociaux, principale source en ligne pour les ”gilets jaunes” pour s’informer.
Les réseaux sociaux, principale source en ligne pour les ”gilets jaunes” pour s’informer. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

*Enquête menée auprès d'un échantillon représentatif de 1760 personnes, du 21 au 23 décembre 2018.