"Gilets jaunes" : mobilisation incertaine, périmètres interdits... A quoi ressemblera le 20e samedi de manifestation ?

Les autorités redoutent les possibles violences commises en marge des manifestations, notamment à Avignon, Rouen, Toulouse et Bordeaux.

Des \"gilets jaunes\" défilent à Bordeaux le 23 mars 2019.
Des "gilets jaunes" défilent à Bordeaux le 23 mars 2019. (GEORGES GOBET / AFP)

De nouvelles manifestations sont prévues dans toute la France, samedi 30 mars, pour la 20e journée de mobilisation nationale des "gilets jaunes". L'attention sera notamment focalisée sur les villes d'Avignon et Bordeaux, cœurs nationaux du mouvement ce week-end. Des arrêtés ont été pris dans plusieurs villes de France pour interdire les cortèges dans certains secteurs, afin d'anticiper d'éventuelles dégradations.

La ville d'Avignon en alerte

Les autorités d'Avignon sont en alerte après un appel à manifester lancé sur les réseaux sociaux. "Le caractère national de cet événement risque de provoquer un afflux de manifestants dépassant le cadre départemental et régional", a prévenu le préfet du Vaucluse, Bertrand Gaume. Ce dernier a pris un arrêté pour interdire "toute manifestation ou rassemblement revendicatif" des "gilets jaunes" dans la ville et sur plusieurs axes périphériques à l'extérieur des remparts. "Cette manifestation lancée sur les réseaux sociaux n'existe pas en droit", a-t-il justifié, car elle n'est pas déclarée. "L'arrêté (...) ne porte donc pas atteinte au droit de la libre circulation."

Les principaux parkings de la Cité des papes et la gare centrale seront fermés. Le stationnement des bateaux sera interdit sur le port fluvial. Des monuments – le pont d'Avignon et le Palais des papes – seront également interdits au public, de même que les musées et parcs de la ville. Les engins de chantier ont été déplacés et le matériel susceptible d'être utilisé comme une arme a été déplacé. Deux marchés de la ville ont été annulés et de nombreuses manifestations festives ont été reportés comme les portes ouvertes sur le campus d'Avignon.

A Paris, les Champs-Elysées interdits

Le nouveau préfet de police de Paris, Didier Lallement, a pris un arrêté pour interdire toute manifestation des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées et place de l'Etoile. Le périmètre interdit est étendu par l'arrêté préfectoral aux rues menant aux Champs-Elysées sur des portions de 100 m et englobe l'Elysée et l'Assemblée nationale. Cet arrêté a été pris "conformément aux instructions du Premier ministre et du ministre de l'Intérieur", précise la préfecture dans son communiqué.

Christophe Castaner a admis que les forces de sécurité avaient parfois été "à la limite de la rapidité" de réaction samedi dernier, malgré le changement de doctrine de maintien et de rétablissement de l'ordre qui a abouti à l'absence d'incident grave sur les Champs-Elysées ou ailleurs à Paris. Il faut "renforcer la mobilité et la rapidité d'intervention", a-t-il ajouté, en référence aux 60 motos montées par des policiers lors du week-end dernier. "On a décidé avec le préfet de police qu'il fallait renforcer encore cette mobilité."

Hors du périmètre interdit, le droit de manifester pourra s'exercer librement mais "tout attroupement donnant lieu à des débordements sera immédiatement dispersé", avertit la préfecture de police. Reste à savoir où se retrouveront les "gilets jaunes". Plusieurs appels coexistent sur les réseaux sociaux. L'un d'eux invite le plus grand nombre à rejoindre la place de la Bastille, un autre ne communique pas de lieu de rendez-vous mais publie une photo du Sacré-Cœur en bannière. Un autre groupe dit avoir déposé une demande officielle pour une marche qui débutera à 13h30 à la gare de l'Est et se terminera au Trocadéro.

      
       (GILETS JAUNES PACIFIQUES / FACEBOOK)

Plusieurs villes prennent des arrêtés d'interdiction

A Rouen. La préfète de Normandie, Fabienne Buccio, a une nouvelle fois pris un arrêté pour interdire toute manifestation dans le centre-ville de Rouen (Seine-Maritime), selon un périmètre identique à celui du samedi 23 mars. Citée par France Bleu, la préfète conseille également aux habitants de "remiser poubelles – mêmes vides – pancartes, encombrants, vélos et matériaux susceptibles d'être endommagés ou utilisés à des fins d'agression ou de destruction".

A Toulouse. Même chose en Haute-Garonne, où l'arrêté préfectoral concernant la journée du 23 mars et interdisant toute manifestation place du Capitole a été reconduit. La semaine dernière, les forces de l'ordre étaient rapidement intervenues pour repousser des manifestants sur les boulevards, sur les allées Jean-Jaurès et au-delà du canal du Midi. Quelques manifestants, toutefois, étaient brièvement parvenus à s'introduire sur la place en fin de journée, rappelle France 3 Occitanie.

A Bordeaux. Le maire Nicolas Florian a décrété Bordeaux "ville morte". Il demande aux commerçants de baisser le rideau et aux Bordelais de rester chez eux, faute d'alternative "face aux casseurs". La préfecture de Gironde a pour sa part interdit les manifestations de "gilets jaunes" dans certaines rues de Bordeaux (le détail ici). Elle invite les commerçants à ranger le mobilier extérieur et à se calfeutrer en cas d'agitation "sur la voie publique". Pour l'heure, aucune déclaration de manifestation n'a été déposée en préfecture, à l’exception du village citoyen devant la maison éco-citoyenne de la ville. Jérôme Rodrigues, manifestant qui a perdu un œil, a annoncé son intention de se rendre dans la ville pour manifester.

A Nice, un soutien à Geneviève Legay

L'ONG Attac appelle les "gilets jaunes" à brandir samedi des "drapeaux de la paix" arc-en-ciel en soutien à la porte-parole de l'association altermondialiste, Geneviève Legay. Cette femme avait violemment chuté lors d'une charge des forces de l'ordre samedi dernier, en manifestant dans un périmètre interdit. Ce mot d'ordre est une invitation à "soutenir Geneviève Legay et défendre le droit à manifester", a déclaré un porte-parole de l'association. Les manifestants sont appelés à se rassembler à partir de 13h30 à la gare.

Une inconnue : la mobilisation

Difficile à dire, mais le dernier samedi a été marqué par un regain de la mobilisation. Quelque 40 500 manifestants ont été décomptés en France par le ministère de l'Intérieur contre 32 500 la semaine précédente. Ces chiffres sont régulièrement contestés par des membres des "gilets jaunes", qui évoquent des chiffres bien supérieurs.