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"Gilets jaunes" : "La France devrait réfléchir sur ses politiques de maintien de l'ordre public", estiment des experts de l'ONU

Après la condamnation de la gestion des manifestations par le gouvernement par des experts indépendants du Haut-commissariat aux droits de l’homme de l'ONU, le rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'Homme s'explique sur franceinfo. 

Article rédigé par franceinfo - Édité par Thomas Pontillon
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Michel Forst, rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'Homme à l'ONU, le 3 décembre 2018.  (RAUL ARBOLEDA / AFP)

Après le Parlement européen jeudi 14 février, des experts indépendants du Haut-commissariat aux droits de l’homme de l'ONU ont condamné vendredi la gestion des manifestations des "gilets jaunes" par le gouvernement français. Ces experts dénoncent notamment des restrictions graves du droit de manifester exercées par l'État français et un usage abusif de la force. Interrogé sur franceinfo samedi, Michel Forst, rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'Homme à l'ONU, a déclaré que "ce texte est une mesure d'alerte pour dire 'attention, la France va sans doute un peu loin et devrait réfléchir sur ses politiques de maintien de l'ordre public'."

"Usage disproportionné" de la force 

Michel Forst pointe notamment du doigt "un usage disproportionné" d’armes dites non-létales. "Le nombre de blessés, la qualité des blessures, le fait que plusieurs aient indiqué avoir perdu un œil, une main, un pied, montre que ce type d'outils, d'armes non-létales employées par les forces de sécurité, sont sans doute utilisés de manière disproportionnée", a-t-il expliqué. "On a vu des images qui nous ont été montrées par des avocats, où l'on voit, par exemple, ces grenades lancées sur des médecins qui soignent des blessés, sur des journalistes, donc on se dit qu'il y a quelque chose à regarder de manière plus attentive, d'où l'alerte que nous lançons."

Quand on voit ce que font d'autres pays de l'Union européenne, et du monde, on se dit 'pourquoi la France use-t-elle de ces armes, telles que les LBD, les flashball, les grenades de désencerclement ?'

Michel Forst

à franceinfo

"Nous avons été frappés par le sentiment qu'au fond la gestion des manifestations échappe au gouvernement mais le pousse à prendre des mesures qui, de notre point de vue, seraient contraires aux libertés publiques, et au pacte des Nations unies dont la France fait partie", explique le rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'Homme à l'ONU. "Ce qui nous a également frappé, c'est que malgré les alertes du Conseil de l'Europe, de l'Union européenne, mais aussi du Conseil d'État, il semblerait que la France soit insensible à l'heure actuelle à l'ensemble de ces alertes, c'est ce qui nous inquiète un peu. Je pense que ces appels vont être entendus, et j'ai bon espoir que le gouvernement revoit sa copie [en matière de maintien de l'ordre public]", a conclu Michel Forst.

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