Crise France/Italie : "C'est une faute grave commise par le gouvernement italien, inutile et stupide", fustige un ancien ministre italien

"Les nationalistes ont toujours besoin d'un ennemi extérieur quand les choses vont mal", explique Sandro Gozi, ancien ministre italien des Affaires européennes et président de l'Union des fédéralistes européens.

Sandro Gozi, ancien ministre italien des Affaires européennes et président de l\'Union des fédéralistes européens, le 20 octobre 2018 à Issy-les-Moulineaux, lors d\'un colloque LREM.
Sandro Gozi, ancien ministre italien des Affaires européennes et président de l'Union des fédéralistes européens, le 20 octobre 2018 à Issy-les-Moulineaux, lors d'un colloque LREM. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"C'est une faute grave commise par le gouvernement italien, inutile et stupide", a déploré Sandro Gozi, ancien ministre italien des Affaires européennes et président de l'Union des fédéralistes européens, sur franceinfo vendredi 8 février, au lendemain du rappel inédit de l'ambassadeur français en Italie. Pour Sandro Gozi, Luigi "Di Maio a franchi une ligne rouge".

"Les nationalistes ont toujours besoin d'un ennemi extérieur quand les choses vont mal", a-t-il poursuivi. Il ont choisi Emmanuel Macron car il "représente tout ce que les nationalistes détestent".

franceinfo : Après le rappel de l'ambassadeur français à Rome, faut-il voir un signe de rupture entre la France et l'Italie ?

C'est sans doute une rupture institutionnelle à cause du Premier ministre Di Maio. Il a franchi une ligne rouge en oubliant qu'il est membre du gouvernement. Il a été excessif dans ses provocations en rencontrant un membre violent d'un mouvement contre le président de la République, qui avait demandé de remplacer Emmanuel Macron par un général et donc un coup d'État militaire, c'est trop. C'est une faute grave commise par le gouvernement italien, inutile et stupide. Alors que l'on aurait intérêt à se mettre autour de la table pour travailler ensemble et aborder des points de divergence comme nous l'avons toujours fait par le passé.

Avec un tel contexte, peut-on espérer une restauration du dialogue entre les deux pays ?

Il faut y travailler, il est clair que les nationalistes ont toujours besoin d'un ennemi extérieur quand les choses vont mal. Comme les choses vont mal pour Salvini et Di Maio - l'Italie est en déficit économique, que le chômage augmente, ils n'ont rien fait de ce qu'ils avaient promis en terme de sécurité - il est clair qu'ils cherchent un ennemi extérieur. Macron représente tout ce que les nationalistes détestent. Il représente l'engagement pour l'Europe, il représente une Europe des valeurs de l'état de droit et des droits fondamentaux. De la poudre aux yeux pour des nationalistes comme Di Maio et Salvini. (...) Je crains que cela continue pendant la campagne électorale. Je m'engage en tant que personne engagée en politique en Italie à faire en sorte que ceci ne laisse pas de dégâts qui ne pourront pas être réparés à l'avenir. Nous, les Français et les Italiens, avons des intérêts en commun, notamment pour réformer l'Europe.

Est-ce qu'il faut attendre un changement de dirigeants en Italie pour restaurer le dialogue ?

L'Italie nationaliste est en train de s'isoler sur la scène européenne et sur la scène internationale. La sortie du statu quo va se faire, au départ, sans l'Italie. Il est nécessaire que cela arrive parce que si les choses bougent en Europe, on enlève des arguments importants aux nationalistes qui misent sur ce statu quo, qui misent aussi sur les erreurs commises par l'Union européenne ces dernières années. Il nous faut une Europe avec un groupe de pays au Parlement européen qui s'engagent dans la lutte contre la pauvreté, pour l'égalité, dans le changement climatique, dans la sécurité et dans la défense. Si un groupe de pays et une majorité de députés au Parlement européen arrivent à faire ça, alors nous auront beaucoup d'arguments en Italie pour convaincre que le nationalisme n'est pas la voie pour l'avenir italien.