Après le mouvement des "gilets jaunes", le gouvernement lance une réflexion sur le maintien de l'ordre

Christophe Castaner a lancé lundi une réflexion devenue "nécessaire" sur le maintien de l'ordre. En promettant de tout mettre "sur la table", mais en continuant de contester l'existence de "violences policières".

Christophe Castaner, au Sénat, le 16 mai 2019.
Christophe Castaner, au Sénat, le 16 mai 2019. (DANIEL PIER / NURPHOTO / AFP)

Après sept mois de mobilisation du mouvement des "gilets jaunes", durant lesquels les forces de l'ordre ont été mises en cause à de multiples reprises, le ministre de l'Intérieur organise lundi 17 juin un séminaire de travail sur le schéma national du maintien de l'ordre. 

Quels sont les objectifs de ce séminaire ?

Une quinzaine d'experts sont réunis place Beauvau pour plancher sur "une évolution en profondeur" de la doctrine et des méthodes du maintien de l'ordre, rendue "nécessaire" par "la montée des violences et la multiplication des débordements en marge des manifestations observées ces dernières années", explique le ministère.

Dans un entretien au JDD, Christophe Castaner a assuré que cette "réflexion stratégique" doit explorer toutes les dimensions du maintien de l'ordre, y compris les plus controversées. "Tout est sur la table, y compris la question des modalités d'usage des LBD", ces lanceurs de balles de défense accusés d'avoir gravement blessé des manifestants, a-t-il détaillé. "D'autres moyens peuvent être renforcés comme les lanceurs d'eau qui sont utilisés en Allemagne ou même les chevaux dont les policiers anglais sont équipés", a-t-il lancé entre autres pistes.

En clair, "réinventer notre police", comme l'ont réclamé le syndicat des commissaires de la police nationale, le syndicat des cadres de la sécurité intérieure, Unité SGP Police-FO et Unsa Police, dans une tribune publiée par le JDD. Ils souhaitent la mise en place d'une "véritable police citoyenne, plus tournée vers les usagers et les victimes".

Quel est le programme ?

Au menu du séminaire selon le ministère : des "retours d'expérience", un "regard sur le maintien de l'ordre en Europe", des ateliers sur "la médiation et l'interaction avec les manifestants", "la communication externe et l'information du grand public", "l'utilisation des moyens de force intermédiaire" et "la judiciarisation des opérations de maintien de l'ordre".

Dans quel contexte se déroule-t-il ?

Mobilisation contre le barrage de Sivens – dans laquelle le militant écologiste Rémi Fraisse a été tué par un tir de grenade –, contestations de la loi travail, Notre-Dame-des-Landes, mouvement des "gilets jaunes"... Pour le ministère, la "nouvelle psychologie des foules observée ces dernières années" pousse à cette réflexion. Les manifestations de "gilets jaunes" qui ont parfois dégénéré en violents affrontements et en scènes d'émeutes ont ranimé les polémiques sur le maintien de l'ordre, alimentées par les images de nombreux manifestants blessés plus ou moins gravement.

Les LBD et les grenades de désencerclement, auxquels les forces de l'ordre ont eu trois à quatre fois plus recours en 2018, ont été régulièrement dénoncés par les manifestants. "Quel que soit le moyen de défense utilisé, il peut toujours y avoir des blessés", a argumenté Christophe Castaner dans le JDD.

Que change la crise des "gilets jaunes" ?

Selon le ministère, des évolutions ont déjà été mises en œuvre depuis la journée du 1er décembre 2018, marquée par des saccages sur les Champs-Elysées, avec un renforcement de "la réactivité, la mobilité et l'autonomie des forces sur le terrain." Les manifestants continuent eux de dénoncer des "violences policières", terme que rejette catégoriquement Christophe Castaner, qui a réaffirmé dans le JDD qu'il "n'acceptait pas" cette expression. "C'est vrai qu'il y a des affrontements", a reconnu le ministre, ajoutant que "1 900 policiers et gendarmes ont été blessés". "Si certaines scènes m'ont surpris, c'est d'abord la violence à laquelle ont été exposées les forces de l'ordre", a tenu à préciser le ministre

S'agissant de l'usage de la force publique, je soutiens nos policiers et nos gendarmes mais je ne m'interdis pas – je l'ai d'ailleurs fait – de demander des explications, des vérifications.Christophe Castaner, ministre de l'Intérieurau "JDD"

Selon les "gilets jaunes" qui ont organisé une "marche des mutilés" début juin, vingt-trois personnes ont été éborgnées depuis le début du mouvement le 17 novembre, cinq ont perdu une main, un a été amputé d'un testicule, un autre a perdu l'odorat et une "dizaine" de manifestants ont eu d'autres blessures graves (à la mâchoire, au pied...). Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur à la mi-mai, 2 448 blessés ont été recensés côté manifestants et 1 797 parmi les forces de l'ordre, sans plus de précisions sur la gravité. Depuis le début du mouvement, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a été saisie de 265 enquêtes judiciaires, dont près de 40% (105) ont à ce jour été transmises aux parquets.

Selon La Croixle nouveau schéma de maintien de l'ordre "pourrait se traduire par un changement de doctrine net". En effet, "depuis Mai-68, le maintien de l’ordre consistait à éviter les contacts", rappelle ainsi Olivier Cahn, professeur de droit pénal à l’université de Tours. Une doctrine adaptée, voire abandonnée, au fil des samedis de mobilisation des "gilets jaunes". 

Qui sont les participants ?

Parmi les experts sont notamment conviés le procureur de la République adjoint au parquet de Paris, Olivier Christen, l'ancien patron du Raid, Jean-Michel Fauvergue, le sociologue Patrick Bruneteau et l'ancien chef du groupement de sécurité et d'intervention de la gendarmerie nationale (GSIGN), le général d'armée Jean-Régis Vechambre. Les journalistes Guillaume Biet (Europe 1) et Georges Brenier (TF1) font également partis des "experts invités" annoncés par le ministère. Des représentants des police néerlandaise, espagnole et allemande sont également présents.