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Expliquez-nous... La doctrine française du maintien de l'ordre

Alors que le ministre de l'intérieur, Christophe Castaner, indique vouloir "revoir à l'avenir la doctrine d'emploi du maintien de l'ordre en France" pour éviter la répétition de violences comme celles de samedi dernier durant le mobilisation des "gilets jaunes", focus de franceinfo sur cette doctrine. 

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Des CRS durant la manifestation des \"gilets jaunes\" autour des Champs-Elysées à Paris, le 1er décembre 2018.
Des CRS durant la manifestation des "gilets jaunes" autour des Champs-Elysées à Paris, le 1er décembre 2018. (YANN BOHAC / SIPA)


La doctrine française du maintien de l'ordre a été conçue de façon à concilier le maintien de l'ordre public et la liberté de manifester, en privilégiant la sécurité des personnes, ce qui implique un usage "retenu" de la force.

Plusieurs principes ou "fondamentaux" en oeuvre

Cette doctrine s'articule autour de plusieurs principes:

- Le principe, notamment, de "mise à distance des manifestants", qui consiste à éviter le contact direct pour éviter les blessures graves.

- Le respect, ensuite, de la part des forces de l'ordre, de techniques et stratégies collectives: gendarmes mobiles et CRS interviennent sur ordre et ensemble. 

- Enfin, l'emploi de la force est censé être l'ultime recours, n'être utilisé qu'en cas de nécessité absolue, de manière graduée, ponctuelle en stoppant l'action dés que le recours à la force n'est plus nécessaire.

Une doctrine évolutive 

Cette doctrine s'est constituée au fil des années et des événéments comme ceux de Mai 68, ou la mort de Malik Oussekine et la répression des manifestations contre la loi "Devaquet" en 1986. La réflexion a aussi été relancée après les manifestations à Sivens dans le Tarn en 2014 et la mort de Rémi Fraisse.

Une doctrine objet de critiques

La doctrine a récemment fait l'objet de critiques, a pu être présentée comme inadaptée, n'empêchant plus les violences, dans un contexte où certaines manifestations mêlent désormais plusieurs types de revendications et d'actions, rassemblent des groupes hétérogènes, non encadrés, peu organisés, avec parfois l'irruption de groupes très violents que n'arrêtent pas les techniques classiques de maintien de l'ordre.

Les pistes d'évolution

Du côté du gouvernement comme des forces de l'ordre, l'idée depuis quelques années est d'avoir une approche "globale": en intégrant les services de renseignement (l'anticipation des actions et des réponses à y apporter); en améliorant aussi la communication -y compris sur les réseaux sociaux- ; en associant la justice (la réponse pénale aux violences), via par exemple des officiers de police judiciaire insérés dans les rangs des unités de maintien de l'ordre pour constater la commission d'infractions; en tentant, enfin, de repérer et isoler les éléments les plus violents au sein des cortèges.

La spécificité du mouvement actuel réside dans le fait que les manifestants "classiques" ont aussi tendance à se radicaliser et que les forces de l'ordre se sentent désormais en danger, sans qu'il y ait d'interlocuteur évident ni de caractère prévisible des rassemblements.

"L'ordre public est une question très évolutive. Il faut revoir la doctrine d'emploi et les conditions d'emploi du maintien de l'ordre" avait, dans ce contexte, indiqué hier le ministre de l'intérieur. Les nouvelles options envisagées en cas de nouvelles manifestations n'ont pas été dévoilées.

Des CRS durant la manifestation des \"gilets jaunes\" autour des Champs-Elysées à Paris, le 1er décembre 2018.
Des CRS durant la manifestation des "gilets jaunes" autour des Champs-Elysées à Paris, le 1er décembre 2018. (YANN BOHAC / SIPA)