Bugs électriques, agents en grève et manque de vélos : trois raisons qui expliquent le fiasco du nouveau Vélib'

La Mairie de Paris a demandé jeudi un "plan d'urgence" et le remplacement d'ici une semaine de 3 000 vélos inutilisables à l'opérateur Smovengo. 

Une station Vélib\' située non loin du métro Blanche, dans le 9e arrondissement de Paris, mardi 24 avril 2018. Il était alors impossible d\'y retirer le moindre vélo.
Une station Vélib' située non loin du métro Blanche, dans le 9e arrondissement de Paris, mardi 24 avril 2018. Il était alors impossible d'y retirer le moindre vélo. (MAXPPP)

Le calvaire continue. Quatre mois après le début de son déploiement entamé le 1er janvier, le nouveau Vélib' continue d'accumuler les ratés. Selon le Syndicat Velib' Autolib', seules 670 stations étaient en service jeudi 26 avril à Paris et en banlieue, sur un objectif final de 1 400. 

Et pour les usagers du vélo en libre-service qui arrivent à trouver une station ouverte, les ennuis ne sont pas terminés : ils font souvent face à des bicyclettes impossibles à retirer ou à déposer, ou encore à des stations pas ou mal alimentées en électricité. Franceinfo résume en trois points le fiasco du nouveau Vélib'.

1Des problèmes d'alimentation électrique qui paralysent les stations

"L'immense majorité des problèmes vient de là", assure à franceinfo Bertrand Lambert, journaliste de France 3 Paris en charge de l'émission "Parigo" consacrée aux transports publics. Les anciennes stations de l'opérateur JCDecaux ont dû être démontées pour être remplacées par de nouvelles, gérées par le consortium franco-espagnol Smovengo, qui a remporté le marché public pour la période 2018-2032. Problème : contrairement à l'ancien service, qui ne proposait que des vélos mécaniques, le Vélib' version 2.0 est censé proposer un tiers de bicyclettes électriques. Les 1 400 stations prévues à terme nécessitent donc un voltage plus important pour pouvoir recharger ces vélos sur leurs points d'ancrage.

Sur les 670 stations actuellement en service, seules 263 sont raccordées directement au courant. Et Enedis, chargé de la distribution de l'électricité, ne veut pas se précipiter pour raccorder les autres. "Enedis refuse de brancher les stations tant qu'elles n'ont pas été certifiées par trois organismes indépendants différents pour ne prendre aucun risque en matière de sécurité, notamment en matière d'électrocution des clients", détaille Bertrand Lambert.

Pour pallier ce problème, Smovengo a équipé les stations non raccordées de batteries. "Mais elles ne sont pas toujours remplacées à temps, et cela a provoqué des bugs", ajoute le journaliste. Ainsi, lorsqu'elles sont à sec, il est impossible de récupérer un vélo, même mécanique, car le lien entre la borne centrale et les points d'attache est rompu.

2Un service plein de bugs et pas intuitif

Présenté par Smovengo comme "hybride, connecté, intelligent et évolutif"  et équipé d'un boîtier électronique placé dans le guidon, le nouveau Vélib' cumule les bugs informatiques, quand il ne laisse pas ses usagers dans une confusion totale"La signification de certains pictogrammes est loin d'être simple à deviner : que devez-vous faire quand vous voyez une tasse de café s'afficher sur le boîtier ?" s'exclame Bertrand Lambert. 

Le journaliste ajoute que les nouveaux vélos, réputés plus sûrs que leurs prédécesseurs, sont également sujets au vol. Il assure que 700 d'entre eux ont "disparu" depuis leur mise en service.

Les problèmes d'alimentation électrique provoquent également de mauvaises surprises chez les usagers. Des clients qui croyaient avoir rendu leur vélo ont été débités du montant de leur caution et d'une facture de location exorbitante car le système, à court de courant, n'avait pas enregistré le dépôt de l'engin sur son point d'ancrage. Interrogé dans l'émission "Parigo", Jorge Azevedo, directeur général de Smovengo, a assuré début avril qu'"un correctif [était] en cours de déploiement et [que] les premiers retours [étaient] positifs".

D'autres problèmes concernent le système dit Park +, ou overflow, relève Le Parisien. Ce mécanisme permet en théorie de déposer son Vélib' dans une station déjà pleine. Mais les usagers n'ont pas été suffisamment informés sur son fonctionnement lors des premiers mois, ce qui a entraîné "des situations ubuesques où les vélos attachés les uns aux autres se bloquent", dénonçait vendredi 20 avril l'association Paris en selle

Résultat : le nombre d'abonnés au service dégringole. Selon BFM Paris, de 285 000 abonnements fin 2017, Vélib' est aujourd'hui passé à 190 000 abonnés. Et le paysage urbain s'en ressent. "Avant, on voyait tous les jours des Vélib' dans les rues. Désormais, quand on en voit un, on se dit que le cycliste a eu de la chance de tomber sur un appareil qui fonctionnait !" résume Bertrand Lambert.

3Une grève qui ralentit encore le déploiement du service

Dernier problème en date : la grève d'une cinquantaine de salariés de Smovengo, débutée mi-avril. Ils réclament les mêmes avantages sociaux que chez JCDecaux, l'ancien opérateur de Vélib'. Les grévistes dénoncent les bugs rencontrés par les usagers et revendiquent une revalorisation des heures travaillées la nuit et une majoration des jours travaillés le dimanche et les jours fériés. Actuellement, 70% des salariés grévistes travaillent la nuit pour 10% de salaire en plus, contre une majoration de 45% avec leur ancien employeur, JCDecaux. "Certains employés disent également avoir reçu des coups de jus alors qu'ils ne sont pas ou peu formés pour travailler sur des systèmes électriques", ajoute Bertrand Lambert.

Et pour aggraver encore la polémique, les grévistes accusent Smovengo d'avoir recours à des intérimaires pour les remplacer. Une pratique interdite par le Code du travail. La direction explique quant à elle que la grève perturbe "très fortement" le service Vélib', tout en reconnaissant "des conditions de travail difficiles dans cette phase de transition". Néanmoins, elle "regrette que certains salariés reviennent aujourd'hui sur des conditions salariales acceptées il y a tout juste trois mois".