Les Français jugent les journalistes "utiles", voire "indispensables", notamment sur le traitement de la guerre en Ukraine, selon le baromètre Viavoice

L'édition 2022 du baromètre Viavoice sur l'utilité du journalisme met en lumière un grand attachement des sondés au travail des journalistes, considérés comme essentiels à la vie en démocratie.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Des micros de journalistes de chaînes de télévision et de radios lors d'une conférence de presse, en janvier 2021. (Photo d'illustration) (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS)

Les Français renouvellent leur confiance aux journalistes. Mais celle-ci est teintée de méfiance et d'exigence. La sixième édition du baromètre Viavoice sur l'utilité du journalisme, réalisé pour les Assises internationales du journalisme de Tours, en partenariat avec France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et Le Journal du dimanche, a rendu son verdict samedi 7 mai. En voici les enseignements.

>> Comment les Français jugent la couverture médiatique de la présidentielle, selon le baromètre Viavoice sur l'utilité du journalisme

L'immense majorité des Français considère que le journalisme est "utile"

Le verdict est quasi unanime : neuf sondés sur 10 estiment que le journalisme est "utile" – soit "très utile" (41%) soit "assez utile (49%). Cette statistique est en légère augmentation par rapport à 2021. Surtout, la tendance à la hausse s'observe depuis le début de la pandémie de Covid-19, en 2020. Ces avis positifs sur le travail des journalistes "confirment qu'en temps de crise notamment, le journalisme est perçu comme essentiel", analyse pour franceinfo Stewart Chau, directeur des études politiques et opinion chez ViaVoice.

Ces chiffres sont "extrêmement réconfortants", juge le journaliste Jérôme Bouvier, qui est à la tête des Assises internationales du journalisme. "Cela nous rassure de voir que les différentes crises, sanitaires ou politiques, n'ont pas changé le regard des Français sur l'importance des journalistes", confie-t-il à franceinfo.

Le baromètre Viavoice révèle en effet que 87% des Français estiment que "le journalisme existera toujours" et "qu'on ne peut pas imaginer une société sans médias". Ils sont enfin 84% à estimer que le journalisme est "indispensable dans une société démocratique". Des statistiques en hausse, respectivement de 10 et 11 points sur les deux dernières années.

La vigilance grandit vis-à-vis des "fake news"

Les Français interrogés par Viavoice font aussi de plus en plus attention à leurs sources d'information. Ils sont 91% (+3 points) à estimer qu'"il y a de plus en plus de rumeurs ou de fausses informations sur internet et les réseaux sociaux", révèle le baromètre. Une opinion qui se renforce d'ailleurs à mesure que l'on grimpe dans la pyramide des âges. Les Français font dans leur immense majorité (78%) d'abord confiance aux médias professionnels, bien plus qu'aux informations relayées par leur entourage ou sur les réseaux sociaux. Une statistique en hausse de près de 10 points depuis début 2020. Pour autant, 73% des personnes interrogées jugent "de plus en plus difficile" de faire la différence entre les sites des médias sérieux et les sites diffusant des rumeurs non vérifiées. Reste que 64% des sondés estiment qu'on "peut trouver des informations fiables en dehors des médias de référence".

"Il y a une prise de conscience collective concernant le danger des 'fake news'", observe Jérôme Bouvier, qui explique ces chiffres par l'éducation aux médias d'une part, mais aussi par "la vigilance à l'intérieur des communautés". Le travail de vérification des fausses informations, entrepris ces dernières années par de nombreux médias, dont franceinfo avec sa rubrique "Vrai ou fake", a toutefois ses limites selon Jérôme Bouvier. "Une partie de la population continuera de rester étanche aux opérations de 'fact-checking', prévient-il, avec un état d'esprit que l'on peut résumer par la phrase suivante : 'Je ne vois que ce que je crois'".

Le traitement de la guerre en Ukraine est plébiscité à plus de 80%...

Actualité oblige, le baromètre de Viavoice s'intéresse à la façon dont les journalistes ont couvert l'invasion russe de l'Ukraine. Leur travail satisfait la grande majorité des Français interrogés. Ainsi, ils sont 35% à trouver le traitement journalistique de cette guerre "tout à fait utile", et 47% "plutôt utile". Soit un résultat cumulé de 82% pour ces avis positifs, qui illustre "l'appétence des Français pour les enquêtes de terrain, dans une guerre marquée par la propagande et les 'fake news'", analyse Stewart Chau.

Par ailleurs, les Français interrogés sont 78% (score cumulé du "oui") à estimer que le travail des journalistes concernant la guerre en Ukraine est "indispensable". Un résultat qui confirme "à quel point les journalistes sont un élément crucial de la vie démocratique", selon Stewart Chau. "Cela est surtout visible lorsque [les journalistes] se rendent dans un terrain hostile, dans une démocratie qui est justement en train de tomber."

Mais qu'apportent les médias en particulier ? Dans l'ordre, les interrogés déclarent surtout apprécier le travail des journalistes pour comprendre la réalité des faits commis pendant cette guerre, mais aussi pour mieux saisir les tensions internationales et se forger une opinion sur les responsabilités de chacun dans cet affrontement.

... malgré des réserves sur la neutralité des journalistes dans ce conflit

Cette opinion largement positive doit cependant être nuancée, car les Français interrogés ne sont que 58% à estimer que le traitement du conflit en Ukraine est "suffisamment neutre". Une érosion de la confiance qui est un peu plus marquée chez les moins de 50 ans, ainsi que chez les employés et ouvriers, toutes classes d'âge confondues.

"En France, l'opinion publique est très lucide sur ce conflit, analyse Stewart Chau. Elle est consciente que l'on peut orienter son traitement pour dénoncer des faits, des politiques." De plus, la guerre en Ukraine "est un conflit très politisé, jusque dans la sphère politique française", rappelle le spécialiste en stratégie d'opinion, évoquant la manière dont les déclarations passées de certains candidats à la présidentielle, comme Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou Eric Zemmour se sont invitées dans la campagne.

Une analyse partagée par Jérôme Bouvier, qui souligne le poids de l'orientation politique dans l'expression de cette méfiance. "Ce sont des chiffres qu'il faut vraiment regarder à l'aune des choix partisans, explique-t-il, car certaines idéologies prônent un rejet presque catégorique des médias traditionnels." A ce sujet, le baromètre Viavoice révèle que ce sont d'abord les Français ayant voté pour Eric Zemmour (57%) et Marine Le Pen (41%) au premier tour de la présidentielle qui estiment que les journalistes manquent de neutralité dans leur traitement de la guerre en Ukraine.

* Etude réalisée par Viavoice pour les Assises internationales du journalisme de Tours (du 9 au 13 mai) à partir d'interviews en ligne, du 25 au 27 avril 2022, auprès d'un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus. Représentativité par la méthode des quotas appliquée aux critères suivants : sexe, âge, profession, région et catégorie d'agglomération.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Médias

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.