Présidentielle 2022 : comment les Français jugent la couverture médiatique de la campagne, selon le baromètre Viavoice sur l'utilité du journalisme

Le baromètre Viavoice, paru samedi dans le cadre des Assises du journalisme de Tours, dont France Télévisions est partenaire, confirme l'intérêt des Français pour l'actualité politique, tout en notant quelques réserves concernant la neutralité des journalistes.

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France Télévisions
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Des journalistes assistent à une conférence de presse de Marine Le Pen, candidate du RN à l'élection présidentielle, le 13 avril 2022 à Paris. (MAXPPP)

Bien, mais peut mieux faire. C'est le bilan donné par la dernière édition du baromètre* Viavoice portant sur l'utilité du journalisme, paru samedi 7 mai. D'un côté, une majorité de Français disent s'intéresser à la politique et considèrent que le traitement de la campagne était de bonne qualité. Mais la neutralité des journalistes fait débat et la confiance du public est loin d'être totalement acquise sur ces sujets, comme le révèle l'étude réalisée pour les Assises internationales du journalisme, en partenariat avec France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et Le Journal du dimanche. En voici un résumé.

Une confiance en retrait concernant les sujets politiques

Premier enseignement : les Français ont une confiance limitée dans les journalistes lorsqu'ils parlent politique. Parmi les thématiques testées, comme la culture, le sport ou encore la santé, la politique arrive ainsi tout en bas de ce tableau. Le baromètre révèle que moins d'un Français sur deux dit faire confiance aux journalistes sur ce sujet, là où les sentiments positifs dépassent 80% des réponses pour le sport ou la culture, par exemple. 

Pourtant, les Français interrogés (juste après le scrutin) estiment en majorité (57%) que la qualité de l'information délivrée pendant la campagne présidentielle était "assez bonne" ou "très bonne", montre le baromètre. Elle leur a d'ailleurs permis de "connaître les programmes proposés" (pour 56% des sondés) ou de "mieux connaître les différents candidats" (52%). "Les médias ont réussi une prouesse, celle de remettre de l'intérêt dans cette campagne", estime Stewart Chau, directeur des études politiques et opinion chez Viavoice, qui en veut pour preuve les mots les plus choisis pour qualifier le traitement médiatique de ce grand rendez-vous politique. En effet, les termes "utile", "accessible" ou encore "intéressant" trustent les premières places de ce classement. 

Les mots "complexe" et "angoissant" reviennent aussi pour évoquer le traitement de l'élection présidentielle. "La complexité s'est notamment fait ressentir lors du débat de l'entre-deux-tours [entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen] qui était avant tout programmatique, et portait beaucoup moins sur l'idéologie ou le débat de postures", détaille Stewart Chau à franceinfo. Quant à l'angoisse, elle peut s'expliquer par la conjoncture. "Au bout de deux ans de pandémie, alors que la guerre en Ukraine se poursuivait, les candidats ont déroulé des programmes de rejet et des visions peu optimistes, explique le directeur. C'est un terreau très fertile pour l'inquiétude collective."

L'objectivité des journalistes remise en cause

Selon ce baromètre, les journalistes sont plutôt perçus comme manquant d'objectivité. En effet, plus 60% des Français interrogés par Viavoice estiment que le traitement médiatique des personnalités politiques varie selon leur bord. Cette opinion est plus marquée chez les électeurs de droite et d'extrême droite, détaille le baromètre. Ainsi, les Français ayant voté pour Valérie Pécresse au premier tour sont 79% à penser que les journalistes ne sont pas objectifs sur ces questions, 78% chez ceux ayant voté Eric Zemmour et 71% chez les électeurs de Marine Le Pen. 

Plus globalement, les Français interrogés sont 82% à penser que la concentration des médias fait courir un risque à la démocratie, en compromettant les débats de société. Ce phénomène fait aussi craindre à 65% des sondés des menaces pour la liberté éditoriale des journalistes qui travaillent pour ces grands groupes médiatiques.

L'intérêt pour la politique résiste à une campagne jugée "décevante"

Le baromètre de Viavoice, réalisé à la fin de la campagne présidentielle, révèle que 66% des Français interrogés confient être intéressés par l'actualité politique (score cumulé du "oui") ; 21% se disent même "tout à fait intéressés" par cette thématique. Un goût que l'on retrouve surtout chez les retraités (79% de réponses positives) et les cadres (74% de réponses positives), précise l'étude.

Pour les sondeurs, ce score est intéressant à plus d'un titre. "C'est un bon résultat compte tenu de cette campagne particulière, qui n'a pas vraiment eu lieu et qui a même été décevante selon de nombreuses personnes interrogées", souligne Stewart Chau. "L'entrée tardive d'Emmanuel Macron dans la campagne" tout comme "l'absence de débat télévisé avec tous les candidats avant le premier tour" ont parfois sapé l'intérêt des personnes interrogées, détaille-t-il.

Enfin, les répondants confirment leur attachement à la télévision, qui a été le principal canal d’information utilisé pendant la campagne pour 75% d'entre eux. La radio arrive en seconde position (38% des réponses), juste devant la presse écrite (37%) et les médias en ligne, hors réseaux sociaux (33%). 

* Etude réalisée par Viavoice pour les Assises internationales du journalisme de Tours (du 9 au 13 mai) à partir d'interviews en ligne, du 25 au 27 avril 2022, auprès d'un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus. Représentativité par la méthode des quotas appliquée aux critères suivants : sexe, âge, profession, région et catégorie d'agglomération.

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