Geoffroy Lejeune a la tête du "JDD" : le gouvernement doit être un "protecteur" de l'indépendance des médias, selon le sénateur David Assouline

Pour le rapporteur de la Commission d’enquête sur la concentration dans les médias, cette nomination est "une provocation" et surtout un "danger" pour la démocratie.
Article rédigé par France Info
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David Assouline, sénateur socialiste, était l'invité de franceinfo, le 1er août 2023 (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

La nomination de Geoffroy Lejeune à la tête du JDD "est vraiment une provocation et c'est la méthode brutale qui caractérise Vincent Bolloré", a critiqué mardi 1er août sur franceinfo le sénateur socialiste David Assouline alors que le journaliste étiqueté d'extrême-droite entre officiellement en fonction. Le rapporteur de la Commission d’enquête sur la concentration dans les médias estime que l'État doit être "un protecteur" de l'indépendance des médias. Geoffroy Lejeune a soutenu Éric Zemmour lors de la campagne présidentielle de 2022. Et la rédaction du Journal du dimanche craint de perdre son indépendance éditoriale.

>> "On n'a pas envie de raccrocher" : au "JDD", la mobilisation de la rédaction reste intacte malgré une grève qui dure et l'arrivée annoncée de Geoffroy Lejeune

franceinfo : Comment voyez-vous l'arrivée de Geoffroy Lejeune ?

C'est une provocation, ne serait-ce que pour des questions de management, de ressources humaines. Comment imposer à une rédaction, qui pendant plus d'un mois redit son refus de le voir arriver, qui était à la tête d'un journal d'extrême droite qui l'a débarqué il n'y a pas longtemps parce qu'il était jugé trop d'extrême droite pour ce journal d'extrême droite. Donc, c'est vraiment une provocation et c'est la méthode brutale qui caractérise Vincent Bolloré.

Comment Vincent Bolloré justifie-t-il sa volonté de créer un empire médiatique ?

Il dit que c'est une volonté économique pour pouvoir résister aux grandes entreprises étrangères, notamment les Gafam, mais c'est un mensonge complet. On voit bien qu'il construit un empire idéologique et qu'il est habité depuis un certain temps par l'idée qu'il faudrait sauver la France de la perte de son identité. Il se sent une mission civilisationnelle. Il construit un empire et c'est cela qui est très dangereux dans le domaine de la presse écrite, de la radio, de la télévision, mais aussi dans le domaine de l'édition des livres. Avoir un homme qui a une telle volonté idéologique d'extrême droite devient un danger qui devrait réveiller tous les démocrates de ce pays.

L'absence de réaction du gouvernement est-elle un problème ?

Oui, le gouvernement peut agir. Il se réfugie derrière le fait que c'est dans le domaine des entreprises privées et dans le domaine de la presse, mais en réalité l'Etat est un régulateur et un protecteur de l'application de la loi sur la liberté de la presse. Il doit réguler, garantir ce droit constitutionnel à l'indépendance des médias. Il faut absolument que les rédactions valident la proposition de l'actionnaire du directeur de la rédaction. Cette proposition de loi, qui est très simple, le gouvernement peut l'écrire et faire que dans les jours qui viennent, une telle situation soit possible. Cela répondrait à ce que demandent les journalistes du JDD et préviendra ce qui peut arriver à toute la presse. J'admire le combat des journalistes du JDD, qui est historique, c'est le plus long dans une entreprise de presse et c'est un combat pour l'ensemble des journalistes et l'indépendance des rédactions.

Si les industriels se retirent, qui va financer les médias privés ?

C'est souvent leur argument. Ils disent qu'ils n'interviennent pas dans les rédactions, mais qu'ils partiraient et qu'ils n'investiraient plus si on leur interdisait d'intervenir.

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