"On n'a pas envie de raccrocher" : au "JDD", la mobilisation de la rédaction reste intacte malgré une grève qui dure et l'arrivée annoncée de Geoffroy Lejeune

Article rédigé par Capucine Licoys
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 3 min
Une pancarte de gréviste du "Journal du dimanche", lors d'une journée de mobilisation contre l'arrivée de Geoffroy Lejeune à la tête de la rédaction, le 19 juillet 2023. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)
Alors que la direction du "Journal du dimanche" vient d'avancer au 1er août la nomination à la tête de la rédaction du journaliste marqué à l'extrême droite, les grévistes sont "plus que jamais" décidés à "poursuivre ce combat".

"La rédaction du Journal du dimanche est une machine de guerre". Après plus d'un mois de mobilisation, pas de place pour les doutes pour Emmanuelle Souffi, journaliste au JDD depuis six ans. La rédaction de l'hebdomadaire s'est "transformée en une équipe de combattants" qui ne comptent pas rendre les armes de sitôt, malgré l'annonce faite lundi 24 juillet de l'arrivée imminente de Geoffroy Lejeune à la tête de leur rédaction.

Le journaliste marqué à l'extrême droite, ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, prendra "la direction effective de la rédaction à partir du 1er août", a annoncé Lagardère News dans un communiqué. Soit trois semaines plus tôt que la date convenue. Les journalistes du JDD dénoncent, dans un communiqué publié mardi, une "décision unilatérale de la direction de Lagardère News".  

La centaine de journalistes grévistes s'est dite "plus déterminée que jamais" à poursuivre la lutte et a voté, à 98%, la reconduction de la grève pour un 33e jour. Cette mobilisation des journalistes du JDD bat ainsi le record de la grève de la rédaction de I-Télé en 2016 contre la mainmise de leur actionnaire Vincent Bolloré. Plusieurs membres de la rédaction du JDD nous ont raconté le quotidien de leur lutte et leur détermination toujours intacte malgré la longévité de leur grève.

"On espère surfer sur le réveil politique et citoyen"

Si le moral des troupes reste bon, c'est en partie grâce à l'attention que portent les citoyens à leur cause. "On espère surfer sur le réveil politique et citoyen", explique Emmanuelle Souffi. Pour la journaliste, les nombreux messages d'encouragement reçus lors de leurs actions sont le signe d'une "prise de conscience quant à la mise en danger de la liberté de la presse aujourd'hui". Alors que la prochaine action est prévue pour la fin de semaine, "on n'a pas envie de raccrocher", conclut-elle avec détermination. 

En un mois de mobilisation, les membres de la rédaction ont monté une nouvelle organisation interne pour mener leur lutte. Certains sont chargés de communiquer avec les médias, d'autres de contacter des écrivains susceptibles de rédiger des tribunes de soutien ou encore de rédiger des posts sur les réseaux sociaux, explique Guillaume Caire, journaliste économique au Journal du dimanche depuis deux ans. "On réfléchit à comment faire vivre le mouvement et à faire parler de nous."

Plus de 30 000 euros récoltés

Les salariés du JDD peuvent aussi compter sur le soutien financier de leur rédaction. Le compte officiel de la société des journalistes du JDD se félicitait lundi sur Twitter d'avoir pu "verser plus de 32 000 euros aux personnes les plus en difficulté de la rédaction", grâce à une cagnotte en ligne. Cette dernière a d'ailleurs été considérablement renflouée au cours du week-end du 22-23 juillet, après avoir passé la barre symbolique du mois entier de mobilisation. 

Une trentaine de journalistes a pu bénéficier de cet élan de générosité citoyen. "C'est ce qui m'a permis de continuer à 100%", explique une journaliste non titulaire. Cette dernière a demandé à bénéficier de la caisse de grève au bout de deux semaines de mobilisation, ce qu'on lui a rapidement accordé. "La rédaction a tout fait pour que je ne sois pas au ras des pâquerettes ce mois-ci", témoigne-t-elle, reconnaissante.

Forts de ces soutiens, les journalistes continuent de porter deux revendications principales : l'abandon pur et simple de la nomination de Geoffroy Lejeune et l'obtention de garanties juridiques et éditoriales permettant l'indépendance du titre. Deux demandes restées lettre morte malgré "les très nombreuses propositions formulées conjointement par les SDJ du JDD et de Paris Match", a regretté mardi la SDJ du JDD

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