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Le slogan "Je suis Charlie" a "cessé de me convaincre", écrit Philippe Lançon, journaliste à l'hebdomadaire "Charlie Hebdo"

Survivant de l'attaque commise lors d'une conférence de rédaction, le journaliste estime que le fameux slogan a perdu de sa force au fil du temps dans un billet paru dans "Libération" samedi. Il lui reproche d'être devenu une "étiquette magique" diversement utilisée au gré des intérêts, des combats et des préjugés des uns et des autres.

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Une femme porte une affiche avec le slogan "Je suis Charlie", le 16 janvier 2015 à Pontoise (Val-d'Oise), lors des funérailles du dessinateur Charb. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Le slogan "Je suis Charlie" a vite "cessé de me convaincre". Philippe Lançon, l'une des plumes de l'hebdomadaire satirique, est l'auteur d'un billet doux-amer, publié dans Libération, samedi 6 janvier. A l'occasion des trois ans de l'attaque commise contre la rédaction, le journaliste revient sur la naissance et le destin de ces trois mots. S'il en loue le sens originel – "un cri humaniste, d'effroi et de mélancolie" –, il regrette aujourd'hui que l'expression soit devenue une "injonction" qui dégrade "comme toujours l'élan initial" et varie "selon les utilisateurs du slogan", dont il dénonce, par ailleurs, "l'individualisme publicitaire".

Dès qu’un slogan apparaît comme l’arme d’un pouvoir, tous ceux qui se sentent à tort ou à raison désignés par ce slogan, par ce pouvoir, ont un plaisir nerveux à s’y opposer.

Philippe Lançon

dans "Libération"

"Je veux me sentir libre d'écrire et de lire ce qui me chante"

Philippe Lançon est un survivant de l'attentat. Grièvement blessé à la mâchoire, il a été opéré depuis à de très nombreuses reprises. Collaborateur de Libération et de Charlie Hebdo, il regrette que l'expression ait été instrumentalisée par les uns et les autres, au gré "de ses intérêts, de ses combats et de ses préjugés". En se "fermant" de la sorte, ajoute-t-il, l'expression "a aussitôt provoqué des 'Je ne suis pas Charlie', des 'Je suis ceci' ou des 'Je suis cela' contre Charlie, tout aussi clos."

Selon lui donc, le slogan aurait dérivé de son sens originel et de son appel à la liberté. "Au lieu d’une réflexion profonde sur les bases d’un contrat social renouvelé, moins normatif et plus pragmatique, l’idéologie s’est installée." Pour autant, le journaliste ne rompt pas tout à fait avec le slogan. En effet, il en livre sa propre définition, en guise de conclusion. "'Je suis Charlie' continue donc simplement de signifier pour moi : 'Je veux me sentir libre d’écrire et de lire ce qui me chante, et que les autres bénéficient de cette liberté.'"

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