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Incendie à Aubervilliers : "Les logements sont tellement chers que la population se rabat sur des solutions de fortune"

"Ça fait le bonheur de personnes qui n'ont pas beaucoup de moralité et de scrupules à louer des choses totalement pourries à des gens n'ayant pas trop le choix", dénonce Patrick Doutreligne, président de l'Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux

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Radio France
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L'incendie a fait sept blessés graves dans un immeuble d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) dimanche 19 août. (THOMAS SAMSON / AFP)

"Les logements sont devenus tellement chers pour la population qu'ils se rabattent sur des solutions de fortune", a réagi sur franceinfo lundi 20 août Patrick Doutreligne, président de l'Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss).

Dimanche, un incendie a fait sept blessés graves dans un immeuble d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Un autre incendie avait déjà touché la ville le 26 juillet, faisant quatre morts. "Ces logements font le bonheur de personnes qui n'ont pas beaucoup de moralité et de scrupules à louer des choses totalement pourries à des gens n'ayant pas trop le choix", ajoute-t-il.

franceinfo : C'est le deuxième incendie en quelques semaines à Aubervilliers. Est-ce un signal d'alarme ?

Patrick Doutreligne : Oui, même si les deux incendies ne sont pas comparables parce que le premier a eu lieu dans un immeuble géré par un organisme HLM et le deuxième est le reflet de ce qui se passe parfois en banlieue, en particulier du côté d'Aubervilliers, avec des marchands de sommeil. Les logements sont devenus tellement chers pour la population qu'elle se rabat sur des solutions de fortune et, malheureusement, ça fait le bonheur de personnes qui n'ont pas beaucoup de moralité et de scrupules à louer des choses totalement pourries à des gens n'ayant pas trop le choix. Tout espace situé dans une zone très tendue devient utilisable quand vous n'avez pas le choix ou pas beaucoup d'argent. Trouver des garages à louer et en faire des logements, prendre des logements individuels et les diviser pour trois ou quatre familles, détourner des magasins ou un étage comme celui de l'incendie d'hier : c'est classique. Les gens sont doublement pénalisés : ils vivent dans des logements qui n'en sont pas, c'est très cher et ils n'ont pas d'aides au logement alors qu'ils devraient en bénéficier parce que ce ne sont pas officiellement des habitats déclarés.

Dans un communiqué, le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard et son secrétaire d'État Julien Denormandie demandent "l'application par la justice de sanctions exemplaires" s'il est confirmé que ce logement était géré par des marchands de sommeil. Un plan a récemment été présenté contre ces marchands de sommeil. Est-ce que la volonté politique est suffisante ?

Elle est insuffisante parce qu'on a toujours l'impression que la lutte contre les marchands de sommeil ne concerne pas le marché immobilier proprement dit, que ça concerne quelque familles en difficulté, souvent d'origine étrangère. Il n'y a pas une préoccupation majeure de la part du gouvernement. (...) On voit une flambée des prix de l'immobilier aujourd'hui à l'achat mais aussi à la location. Pour beaucoup, notamment les économistes, c'est un signe que l'économie va bien. Sauf que c'est un mauvais signe pour les familles modestes parce que c'est très cher. Aujourd'hui, le logement représente entre 30 et 50% du revenu du ménage.

Où est donc la priorité ?

Il faut un tout, c'est un grand combat. Vous ne pouvez pas mener une bataille à la fois : un jour les marchands de sommeil, un autre l'encadrement des loyers... Il faut remettre l'encadrement des loyers, en particulier dans les zones tendues, parce que c'est là que les logements sont très chers alors qu'ils ne sont pas en bon état. Il faut aussi relancer le logement social puisque c'est le seul qui est conforme, en bon état et pas trop cher. Enfin, il faut avoir une politique qui défend les plus modestes, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui avec la baisse des aides personnalisées au logement et un marché du logement qui est en train de s'enflammer au niveau des prix. Le logement n'est pas qu'un marché, c'est beaucoup plus que ça parce que c'est l'habitat des personnes. Plus les personnes sont modestes, plus ça leur coûte cher.

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