Grève dans les transports : le président de la CPME Ile-de-France dénonce l'"égoïsme" et craint un "économicide"

"On est vraiment dans un système bloqué, les petites entreprises et surtout les petits commerces en paient les pots cassés", affirme sur franceinfo Bernard Cohen-Hadad, alors que le mouvement de grève se poursuit dans les transports franciliens et à la SNCF.

La station Chatelet, à Paris, noire de monde, le 16 décembre 2019, durant la grève des transports.
La station Chatelet, à Paris, noire de monde, le 16 décembre 2019, durant la grève des transports. (MARTIN BUREAU / AFP)

"On est vraiment dans une sinistrose durable, j'appelle ça un économicide pour nos entreprises", a déclaré vendredi 27 décembre sur franceinfo Bernard Cohen-Hadad, le président de la CPME Paris-Ile-de-France (confédération des petites et moyennes entreprises). Interrogé au 23e jour du mouvement de grève contre la réforme des retraites, il estime que certaines PME ont perdu 80% de leur chiffre d'affaires, plusieurs milliers de ces entreprises pourraient mettre la clé sous la porte.

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franceinfo : Dans quel état d'esprit êtes-vous après 23 jours de grève ?

Bernard Cohen-Hadad : Le moral n'est pas au beau fixe. Vendredi 20 décembre, on espérait une embellie car l'Unsa se retirait du mouvement, on pensait que d'autres suivraient cette trêve, mais on est retombé dedans. On est vraiment dans un système bloqué, les petites entreprises et surtout les petits commerces en paient les pots cassés. Ça n'est pas dans toute la France, c'est d'abord Paris et l'Ile-de-France qui sont principalement touchés, on a 93% de nos entreprises qui sont impactées par le mouvement de grève. En Ile-de-France, 93 % des entreprises sont des PME, c'est l'immense majorité de nos entreprises qui sont impactées avec des retards de livraison, de l'absentéisme des salariés.

On a 80% de baisse du chiffre d'affaires dans certaines activités, comme l'hôtellerie-restauration, certains commerces de bouche, dans les services à la personne qui sont extrêmement sinistrés puisqu'on ne peut pas se déplacer.Bernard Cohen-Hadadà franceinfo

Dans certaines activités de service, vous avez du personnel qui ne peut pas faire 4h de marche à pied pour venir travailler, vous n'avez donc pas de cuisinier, de chef de rang, pas de femmes de chambre dans des hôtels, ces hôtels sont obligés de fermer, sans compter toutes les annulations de réservations. On est vraiment dans une sinistrose durable, moi j'appelle ça un "économicide" pour nos entreprises, et ce qu'on espère c'est qu'à un moment il y aura un peu de solidarité de la part de ceux qui sont peut-être dans une situation difficile, mais pas catastrophiques comme le sont nos entreprises.

Ça veut dire que des PME peuvent fermer définitivement à cause de la grève ?

On nous annonce sur 2020, 52 000 cessations d'activité, c'est beaucoup. Et nous on pense qu'en Ile-de-France on sera en grande partie les principaux pénalisés. Il faut avoir suffisamment de fonds propres pour tenir. Nous on est là pour encourager nos entrepreneures à peut-être fermer un moment, se mettre pourquoi pas en chômage partiel car on ne peut pas faire du télétravail dans toutes les activités, c'est difficile quand vous vendez de la viande ou quand vous coupez les cheveux. Et pour les autres, il faut quand même travailler ensemble, vous avez besoin de voir vos clients et vos fournisseurs. Au bout d'un moment il faudra bien que ça s'arrête, on ne peut pas continuer comme cela. Et puis surtout il y a une nouvelle réorientation des achats qui passent par le commerce en ligne, voir d'autres fournisseurs, ça c'est très problématique parce qu'un client perdu ne revient pas.

Vous ne comprenez pas les raisons de cette grève ?

On ne comprend pas cet acharnement, ce que j'appellerai un "égoïsme", parce qu'on voit bien que c'est une partie du secteur public en Ile-de-France qui pénalise beaucoup de petites entreprises et des commerçants, alors que ce ne sont pas nos entreprises qui sont les plus bénéficiaires aujourd'hui dans le cadre d'une économie mondiale (…) Vu ce qui se passe, on ne pourra peut-être pas payer les charges au premier trimestre.

Les soldes arrivent bientôt, comment ça va se passer selon vous ?

Les soldes, nous l'espérons, ce sera un élément de rebond. Mais on n'achète pas du foie gras ou un chapon pendant les soldes, on n'achète pas le même type de produit, ça n'est pas un système de vases communicants, ceux qui ont été perdants le resteront. Et si on ne peut pas circuler, ce seront toujours les commerces du centre de Paris et de certains départements franciliens qui seront pénalisés. C'est dommage parce que paradoxalement les loyers et les charges restent les mêmes.