Après l'annonce du plan hôpital, les réactions des élus et des syndicats sont mitigées

Alors que le gouvernement a annoncé des primes et des moyens supplémentaires pour l'hôpital, les mesures peinent à convaincre et à satisfaire pleinement. 

Le couloir soins intensifs et cardiologie du CHU Gabriel Montpied à Clermont-Ferrand. (Illustration). 
Le couloir soins intensifs et cardiologie du CHU Gabriel Montpied à Clermont-Ferrand. (Illustration).  (GÉRALDINE MARCON / FRANCE-BLEU PAYS D’AUVERGNE)

Le Premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la Santé Agnès Buzyn ont dévoilé mercredi 20 novembre "un plan d'urgence" pour l'hôpital public. Il comprend des primes pour les personnels, une rallonge budgétaire et une reprise partielle de la dette des établissements.

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L'objectif, selon le chef du gouvernement, est de "redonner de l'oxygène à la communauté des soignants", après huit mois de crise dans les hôpitaux publics. Par exemple, une prime annuelle de 800 euros net sera attribuée de manière "pérenne" à quelque 40 000 infirmiers et aides-soignants vivant à Paris et sa proche banlieue et gagnant moins de 1 900 euros par mois.

Un effort salué par la fédération hospitalière

Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, consent que le gouvernement apporte "une réponse très concrète, presque sonnante et trébuchante". Selon lui, "il y a surtout l'engagement de l'Etat sur trois ans à sortir d'un système de financement totalement délétère. On sort de ces logiques d'économies pour les économies pour essayer de relancer l'attractivité et redonner de l'oxygène aux hôpitaux." Frédéric Valletoux estime que "le gouvernement a pris la mesure de l'interpellation des hospitaliers".

De son côté, Nicolas Daragon, maire Les Républicains de Valence et président du conseil de surveillance de l'hôpital de Valence, juge qu'un effort est bien consenti mais "ce n'est pas vraiment à la hauteur des attentes". "Les annonces sont déconnectées de la réalité. La reprise d'un tiers de la dette c'est mieux que rien, mais est-ce vraiment le sujet ? a regretté Nicolas Daragon. Cela veut dire qu'on va dégager des marges de manœuvre extrêmement faibles dans les centres hospitaliers."

Michel Tsimaratos, professeur à l’hôpital de La Timone à Marseille considère, lui, que "c'est une sorte d'enfumage" proposé par le gouvernement. Une réponse qui soigne l'administratif au lieu du personnel, juge Michel Tsimaratos. "L'attractivité n'est pas qu'une question d'argent, estime-t-il. C'est les conditions dans lesquelles on travaille, et rien dans ces propositions ne permet d'imaginer qu'on va changer les conditions dans lesquelles on travaille pour pouvoir restaurer l'attractivité, retrouver la vocation et redonner envies aux jeunes de s'installer à l'hôpital et aux plus vieux d'y rester."

"Du saupoudrage" selon le collectif inter-hôpitaux

Le porte-parole du collectif inter-hôpitaux, Antoine Pelissolo, insiste : "les revalorisations doivent concerner tous les personnels." Cette prime de 800 euros nets aux infirmiers et aides-soignants vivant à Paris est "du saupoudrage sur des catégories distinctes". Antoine Pelissolo rappelle que "les primes, ce n'est pas pérenne et cela ne compte pas dans la retraite."

Il attire l'attention sur la situation d'autres personnels comme les assistantes sociales ou les psychologues qui ont "des très bas salaires et dont les postes ne sont pas attractifs". Selon lui, "c'est vraiment l'urgence et c'est comme cela qu'on pourra sauver l'hôpital. Ce qui est proposé c'est de sauver les finances, un aspect un peu comptable via la dette, mais cela n'a pas d'effet direct sur le statut des personnels."

Des syndicats dénoncent des "mesurettes"

"On est sur des mesurettes !", réagit sur franceinfo Renaud Péquignot, chef du service de médecine et réadaptation des Hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne) et président du syndicat Action Praticiens Hôpital. Il rappelle que "le budget hospitalier, c'est un peu plus de 80 milliards par an. Alors quand on nous annonce des 300 millions d'euros, on va sauver la vie de personne", selon lui. Il pointe que les tarifs des actes n'augmentent pas suffisamment par rapport à l'inflation. "Concernant la reprise de la dette, c'est presque rien", juge Renaud Péquignot. "C'est une goutte d'eau qui ne répond absolument pas au problème réel des soignants aujourd'hui, qui ont une paie bloquée depuis 10 ans, qui fait que les gens ne viennent plus."

Pour le syndicat SUD-Santé à l'AP-HP, "le compte n'y est définitivement pas". Selon le secrétaire général Olivier Youinou, il s'agit plutôt d'"un plan de communication, à une stratégie de division dans la crainte sûrement que la convergence des colères et des luttes se fasse en cette fin d'année". Un sentiment partagé par Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers. "On se moque complétement de nous !", a-t-il lancé sur franceinfo. "Nous ce que l'on demande c'est être revalorisé à hauteur de nos compétence et nos responsabilités. On ne demande pas une prime d'accès aux logements pour les gens de banlieue parisienne", conclut-il.

"C'est un plan de soins palliatifs"

"Ce plan est un plan de soins palliatifs, estime quant à lui Olivier Falorni, député divers gauche de la 1re circonscription de Charente-Maritime. L'idée de proposer des primes plutôt qu'une revalorisation des carrières et donc des salaires est une mauvaise idée. On sait bien qu'il y a l'effet d'aubaine : on prend la prime et après on s'en va au bout de deux ou trois ans. Il y a deux impératifs pour résoudre la souffrance profonde de l'hôpital public : la revalorisation des salaires, indispensable. Et puis la fin de la facturation à l'acte : un système particulièrement pervers et dont on a vu les effets depuis plusieurs années."