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Oxfam dénonce les rémunérations "complètement hors sol" des PDG des 100 plus grandes entreprises françaises

L'ONG pointe du doigt "les écarts abyssaux" de salaires entre PDG et salariés dans les entreprises françaises cotées en bourse, dont Stellantis et Dassault, dans un rapport consulté en exclusivité par France Inter.
Article rédigé par franceinfo
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Carlos Tavares, le PDG de Stellantis, gagne 1 139 fois plus qu'un salarié moyen de son entreprise. (SAMEER AL-DOUMY / AFP)

Oxfam France pointe les écarts "abyssaux" de salaires entre PDG et salariés des 100 plus grandes entreprises, dans un rapport publié jeudi 27 avril, que France Inter a pu consulter en exclusivité. Dans une période où "les grandes entreprises annoncent régulièrement des profits records", les richesses produites "continuent d’être inégalement réparties au sein même de celles-ci", constate l'ONG, pointant du doigt les entreprises françaises cotées en bourse, dont Stellantis et Dassault.

Des PDG qui gagnent en moyenne 97 fois le salaire de leurs employés

Entre 2011 et 2021, "les 100 plus grosses entreprises françaises ont augmenté la rémunération de leur PDG de 66%, tandis que celle des salariés n’a augmenté que de 21% ". Dans la même période, le Smic, a lui "augmenté de seulement 14%". En 10 ans, "l’écart de rémunération moyen entre le PDG et le salaire moyen" dans ces entreprises "est passé de 64 à 97". Autrement dit, les PDG dans ces sociétés gagnent en moyenne 97 fois le salaire moyen de leurs employés contre 64 fois il y a dix ans. Par ailleurs, les inégalités femmes-hommes subsistent. Moins de 11% des entreprises sont dirigées par des femmes et les femmes dirigeantes gagnent en moyenne 36% de moins que les hommes.

>> Stellantis : "Je suis un salarié comme un autre", assure Carlos Tavares

Cette situation "doit nous alerter", prévient Léa Guérin, chargée de plaidoyer sur la question de la régulation des multinationales à Oxfam. "Elle se fait au détriment des bas salaires, particulièrement impactés par l’inflation, que nous subissons depuis des mois", indique-t-elle à France Inter. Selon les calculs d’Oxfam France, chaque salarié du CAC 40 aurait pu toucher un chèque de 10 000 euros en moyenne l’an dernier si on avait continué à redistribuer les richesses créées de la même façon qu’il y a 12 ans.

Teleperformance, Stellantis, Dassault Systèmes en tête des plus gros écarts

Dans son rapport, Oxfam France établit un classement des trois entreprises où l'écart de salaire est le plus important entre le PDG et ses salariés. En tête, on retrouve Teleperformance (leader mondial des centres d'appels), Daniel Julien, son PDG, "gagne 1 484 fois plus que le salarié moyen de l’entreprise", suivi de Stellantis (constructeur automobile qui détient Peugeot, Citroën, Fiat...). Carlos Tavares, le PDG, gagne 1 139 fois plus que le salarié moyen.

"Avec ses 66 millions d’euros de salaire, Carlos Tavares a gagné en 3h22 l’équivalent du salaire annuel moyen de son entreprise en 2021".

Extrait du rapport d'Oxfam

Dassault Systèmes (éditeur de logiciels, spécialisé dans la conception 3D) arrive en troisième position. Bernard Charlès, le PDG, "gagne 385 fois plus que son salarié moyen".

Léa Guérin, d’Oxfam France, estime que "les rémunérations mirobolantes de ces PDG sont devenues complètement hors sol et ne correspondent pas à un hypothétique prix du marché comme on peut parfois l’entendre". Selon elles, "certaines rémunérations indécentes ne se justifient plus et doivent être encadrées". Oxfam France appelle à revaloriser le travail en favorisant les augmentations de salaires, en commençant par les bas salaires, et à limiter les écarts de rémunération en imposant un écart de 1 à 20 entre la rémunération des PDG et le salaire médian.

L'ONG préconise également de réduire les inégalités entre les femmes et les hommes en réformant l’index pour l’égalité professionnelle et en introduisant des éga-conditionnalités dans les subventions, autorisations et marchés publics. Un second volet de cette étude, réalisée avec le bureau d'analyse Le Basic, sera rendu public dans les prochaines semaines concernant "le poids des versements aux actionnaires".

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