L'Etat peut-il vraiment sauver l'usine Alstom de Belfort ?

Avec ses 20% au capital du groupe, l'Etat ne peut pas empêcher la décision de la direction. Tout au plus peut-il contribuer à remplir les carnets de commandes.

L\'usine Alstom de Belfort, le 12 septembre 2016.
L'usine Alstom de Belfort, le 12 septembre 2016. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Alain Vidalies, le secrétaire d'Etat aux Transports, l'a promis, lundi 12 septembre : l'usine de Belfort restera un site de production "dans les mêmes proportions qui existent aujourd'hui". Cinq jours après l'annonce par Alstom de la fermeture de son site spécialisé dans le matériel roulant à partir de 2018, l'heure est au branle-bas de combat pour tenter de sauver près de 400 emplois. Mais l'Etat a-t-il les moyens d'y parvenir ?

L'Etat ne peut pas s'opposer à la décision

L'Etat possède 20% du capital d'Alstom et siège à ce titre au conseil d'administration du groupe de transport. Une présence toutefois insuffisante pour remettre en cause la décision prise par le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge.

Depuis cinq jours, le gouvernement tente toutefois de faire entendre sa voix. Sa présence au capital de l'entreprise lui a donné la légitimité pour convoquer le patron du groupe dans la foulée de l'annonce, lui imposant de négocier avec les syndicats avant toute décision définitive.

Dans cette affaire, le gouvernement dispose moins d'un réel pouvoir en interne que d'un levier médiatique, qui lui permet de créer un rapport de force et de faire pression sur la direction, afin que celle-ci change d'avis.

Il peut aider à remplir les carnets de commandes

Mieux vaut ne pas s'attendre à des miracles venant d'un marché remporté à l'international. Car même si Alstom en décroche régulièrement, ce n'est pas le groupe qui est à la peine, mais l'usine de Belfort. "Dans le ferroviaire, trains et métros sont généralement produits à proximité des marchés", explique Le Monde (article payant). Les trains vendus aux Etats-Unis sont construits aux Etats-Unis, ceux vendus à l'Italie dans des usines italiennes d'Alstom, etc.

La clé pour la survie de l'usine de Belfort se situe donc vraisemblablement en France. Or, en la matière, c'est bien l'Etat qui tire les ficelles, notamment via la SNCF, dont il est actionnaire à 100%, par exemple en commandant des trains Intercités. Le ministre de l'Economie et des Finances, Michel Sapin, a d'ailleurs déclaré que l'idée était de "travailler avec ceux qui, en capacité de passer un certain nombre de commandes en France, peuvent assurer le plan de charge qui permettra de sauver les activités ferroviaires d'Alstom à Belfort".

Alain Vidalies a d'ailleurs assuré, mardi sur Europe 1, qu'il y avait cinq projets en cours de discussions pour Alstom susceptible de sauver le site de Belfort. "Trois dossiers peuvent se concrétiser rapidement", a assuré le secrétaire d'Etat aux transports. Il évoque notamment des négociations en cours pour la société avec des entreprises contrôlées par l'Etat ou des collectivités territoriales comme la SNCF, la RATP ou le Stif (Syndicat des transports d'Ile-de-France). Mais la marge de manœuvre de l'exécutif reste faible, dans un contexte de rigueur budgétaire. 

Nous devons apporter des commandes et c’est le rôle des acteurs publics : régions, entreprises de transport, SNCF, RATP dans le cadre des marchés qui existent et qui doivent être respectés.François Hollandecité par "Le Monde"

Il ne peut pas sauver directement le groupe

Même si l'Etat peut jouer de son rôle d'influence, il ne peut pas signer les commandes directement, car les règles des appels d'offres ne permettent pas d'agir librement afin de privilégier Alstom. Sans oublier que la SNCF n'apprécie guère la pression de l'Etat, selon les informations d'Europe 1.

Par ailleurs, si Alstom obtient de nouvelles commandes, celles-ci peuvent aussi être honorées par d'autres sites industriels du groupe, comme l'a laissé entendre Alain Vidalies au sujet des trains d'équilibre du territoire pour les régions, les Intercités : "Ce n'est pas la solution pour l'avenir de Belfort [car cette commande] concerne l'ensemble du groupe. Mais sur un groupe de 9 000 salariés, à partir du moment où on amène des commandes au groupe, on peut aussi discuter de la répartition de l'effort."

En tentant de privilégier Alstom, l'Etat prend aussi le risque de pénaliser ses concurrents Bombardier ou Siemens, qui possèdent aussi des usines sur le sol français. Mais François Hollande l'a répété : "Tout sera fait pour que le site de Belfort puisse être pérennisé." A seulement sept mois de l'élection présidentielle, le gouvernement va donc devoir faire preuve d'imagination pour empêcher cette fermeture.