VIDEO. En Bretagne, Isabelle a renoncé à des soins médicaux à cause du froid qui règne chez elle

#LesMalChauffés : "Prendre une douche à 6 heures, avant une opération, avec des courants d'air et 8 °C dans la douche, c'est juste pas possible", témoigne cette quadragénaire bretonne.

Chez Isabelle Martin, la douche est un plaisir réservé aux beaux jours. "On peut l'utiliser de fin avril à fin octobre, résume-t-elle. Sinon, il fait trop froid, ce n'est pas possible, surtout avec les courants d'air." A 49 ans, cette habitante de Saint-Caradec (Côtes-d'Armor) vit dans une maison délabrée du XVIIe siècle. Isabelle Martin est trop pauvre pour la rénover. Elle l'a donc aménagée avec les moyens du bord et doit faire une croix sur son étage chaque hiver.

C'est dans ce grenier, sous un toit d'ardoises criblé de trous, qu'a été installée la douche. "Il y fait une moyenne de 8 °C et cela peut descendre encore, décrit Isabelle. Quand j'entends des gens dire qu'il faut se lever le matin et trouver un boulot, j'aimerais bien les voir ici, en janvier, avec 5 °C." Cette mère en instance de divorce, déclarée invalide en raison d'une dépression, doit se contenter d'une méthode à l'ancienne : elle se lave, au rez-de-chaussée, avec des bassines en émail et des langes.

Le simple fait d'être propre, c'est une galère au quotidien.

Isabelle Martin

à franceinfo

Vivre dans une maison mal chauffée, c'est renoncer à son confort... et mettre sa santé en péril. "Un dermatologue m'a diagnostiqué un grain de beauté à enlever, raconte Isabelle. Il m'a donné rendez-vous à la clinique, en hiver, et il m'a dit de prendre une douche avec un produit la veille au soir ou le matin. Le problème, c'est que, dans ma douche, il faisait moins de 10 °C. Je n'ai rien dit mais, du coup, je ne suis pas opérée. Je ne prends pas de douche chez moi à 6 heures, c'est juste pas possible."

Son histoire, Isabelle la raconte en longueur dans ce témoignage publié dans le cadre de l'opération #LesMalChauffés. Découvrez également le témoignage de Fabienne et d'Aurélie, deux autres victimes de précarité énergétique, ainsi que notre entretien avec Isolde Devalière, sociologue et membre de l'Observatoire national de la précarité énergétique. 

Isabelle Martin devant le poêle de sa cuisine, le 9 janvier 2020, à Saint-Caradec (Côtes-d\'Armor).
Isabelle Martin devant le poêle de sa cuisine, le 9 janvier 2020, à Saint-Caradec (Côtes-d'Armor). (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)