"Les supporters sont toujours là pour crier" : fans de foot et bars se préparent comme ils peuvent au retour de la Ligue des champions en temps de coronavirus

Après cinq mois d’absence, la Ligue des champions revient vendredi soir sur les terrains et le petit écran. L’Olympique Lyonnais affronte, en Italie, la Juventus de Turin pour le 8e de finale retour de la compétition européenne. Un retour attendu par les supporters, et les bars qui diffusent le match, même si l'ambiance risque d'être bien différente.

Illustration d\'une retransmission dans un bar d\'un match de football, le 13 novembre 2017 (photo d\'illustration).
Illustration d'une retransmission dans un bar d'un match de football, le 13 novembre 2017 (photo d'illustration). (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

Il y aura "une ambiance conviviale comme à chaque match de l’OL". Tomy, manager de la brasserie Le République à Lyon sait déjà que le 8e de finale retour de la Ligue des champions entre la Juventus de Turin et l’Olympique Lyonnais vendredi 7 août va remplir son bar de supporters : "Tous les gros matchs de l’OL, on s’attend à beaucoup de monde." Comme pour toutes les rencontres de l’équipe lyonnaise, les réservations sont ouvertes dans l’établissement. Il ne restait plus que trois ou quatre tables de disponibles mercredi, une dizaine de places assises sur les 150 proposées.

Une affluence identique à celle de la finale de la Coupe de la Ligue, il y a une semaine. L’atmosphère n’est cependant pas comparable aux soirs de matchs pré-Covid. "Le public était un peu plus réservé", reconnaît Tomy, mais pour une action ou un but "les supporters sont toujours là pour crier". Au final, "il n’y a que les gens debout en moins", explique-t-il. Difficile de consommer avec le masque obligatoire sur le visage. Les règles sanitaires seront appliquées, comme tous les soirs dans la brasserie, notamment le mètre de distance entre chaque table et le sens de circulation.

Les bars parisiens dans l'attente

Pour Kevin Heredia, la soirée va se passer loin des bars. Ce membre et chargé de communication des Handi Sup OL, une association qui regroupe environ 150 supporters de l’OL en situation de handicap, regardera le match depuis chez lui. "Pour des raisons sanitaires, on essaye de ne plus se rassembler", explique-t-il. Kevin était pourtant présent au Stade de France pour la finale de vendredi dernier : "Être 5 000 dans un stade de 80 000, ça fait drôle. C’est limite une ambiance de match de championnat amateur mais on doit respecter les consignes et espérer que ça passe vite."

En étant une personne en situation de handicap, c'est déjà compliqué en temps normal mais je ne préfère pas prendre de risque. Si on est dans l’euphorie et collés les uns aux autres ce n’est pas bon.Kevin Heredia, membre des Handi Sup OLà franceinfo

L’absence de supporters risque de se ressentir dans les bars parisiens. Le Paris Saint-Germain joue mercredi 12 août contre l’Atalanta Bergame en quart de finale de la compétition européenne. "On ne sait pas ce que ça va donner", confie Anna, responsable du Kanon Bar, un pub sportif tout proche de l’Arc de Triomphe dans le 17e arrondissement. Quelques habitués ont cependant déjà appelé pour savoir si le lieu diffuse le match, qui sera pour l'occasion visible depuis l’extérieur en terrasse. "On attend de voir", poursuit Anna. Une incertitude liée à la période des vacances. En plein mois d’août, la capitale s’est vidée. D’habitude, un match de Ligue des champions représente "la plus grosse soirée, explique-t-elle, avec un chiffre d’affaires plus important que les autres soirs."

"C’est une période particulière", confirme Taylor, manager et responsable marketing du bar le O’Sullivans dans le 2e arrondissement de Paris. En plus de tomber en pleine semaine de vacances, l’absence de touristes étrangers friands de ces rencontres européennes devrait se faire ressentir. Les soirs de match réunissent "plein de monde" à l'accoutumée dans l’Irish Pub situé à la station Grand Boulevard. Pour le match du PSG contre Dortmund, joué à huis clos juste avant la mise en place du confinement, le bar de deux étages "était rempli avec plus de 200 personnes". Taylor garde de l’espoir pour mercredi soir. "C’était presque la même ambiance", qu’avant Covid pour la finale de la Coupe de la Ligue affirme le manager, malgré une centaine de clients en moins.

Un abonnement "hors de prix"

Quelques mètres plus loin le Corcoran’s, un autre Irish Pub mais avec un optimisme moins partagé. Les soirées foot "étaient très calmes par rapport à l’affluence avant le coronavirus", raconte Karim, le manager. Il espère "un retour à la normale" pour la rentrée. Les écrans de télévisions diffusent le match amical entre le PSG et Sochaux ce mercredi 5 août. Seulement deux clients suivent la rencontre. Matthieu et Fabien, 33 et 31 ans respectivement, sont deux passionnés du club parisien. Ces originaires des Yvelines, non loin du camps des loges à Saint-Germain-en-Laye où s’entraîne le club, ont déjà faits plusieurs déplacements notamment à Istanbul, Manchester ou Naples.

C’est sûr, on ne va pas louper le match.Matthieu, supporter du PSGà franceinfo

"On ne rate presque aucun match ensemble", assurent-ils, mais pour mercredi soir ce sera séparément. Fabien part à Nîmes pour des vacances en famille en début de semaine. "J’ai même essayé de décaler, rigole-t-il, on n’est pas à trois jours près". Il va prendre "juste pour le match" un abonnement à RMC Sports. La chaîne détient l’exclusivité de la Ligue des champions. Pour y accéder, il faut débourser 20 euros par mois. "Hors de prix", s’exclame Fabien. Selon lui, le coût des abonnements pour regarder le football à la télévision "est un scandale". Il ne ratera pourtant le match sous aucun prétexte. "Et s’il y a une panne ou un problème de réseau ?", demande Matthieu en chambrant son ami. Fabien lui répond direct : "Je fais la tournée des bars pour le voir, je ne vais pas le suivre à la radio comme quand j’étais gamin."