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Entre "inquiétude" et "bon sens", la fin des terrasses chauffées divise les restaurateurs

A Paris, l'interdiction envisagée du chauffage en terrasse des cafés fait craindre une baisse importante du chiffre d'affaires des restaurateurs. A Rennes, où la mesure a déjà été mise en place par la ville, les professionnels du secteur défendent pourtant une décision positive.

Article rédigé par
Jean-Loup Adenor - franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Des clients sur une terrasse chauffée à Nantes (Loire-Atlantique), le 4 janvier 2020. (SAMUEL HENSE / HANS LUCAS)

Une "mise à mort" ou une décision de bon sens ? Barbara Pompili, la nouvelle ministre de la Transition écologique, a annoncé lundi 27 juillet que, parmi les propositions retenues par la Convention citoyenne sur le climat, le gouvernement allait mettre fin au chauffage des terrasses, une fois l'hiver 2020 passé. Cette mesure intervient dans un contexte de crise sanitaire où ces terrasses ont permis aux restaurateurs de rouvrir malgré un déconfinement progressif.

De quoi susciter l'inquiétude d'une partie du secteur, déjà confrontée à la menace d'un reconfinement partiel, en cas de résurgence de l'épidémie de Covid-19. A l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH), si on déplore le "mauvais timing" de la mesure, on reconnaît néanmoins que les réactions des professionnels du secteur sont plutôt partagées.

"Un savoir-vivre à la française" menacé

Les terrasses chauffées fleurissent l'hiver à Paris et leur interdiction fait craindre une baisse importante du chiffre d'affaires des restaurateurs. "C'est vrai, il y a un côté aberrant dans l'idée de chauffer l'extérieur, mais il n'y a eu aucune concertation, aucune pédagogie", déplore Valentin Roulière, propriétaire d'un restaurant du 9e arrondissement, interrogé par franceinfo. Le restaurateur regrette qu'aucune solution alternative ou progressive n'ait été retenue, "comme une limitation de la puissance des chauffages" ou "un chauffage intelligent, qui réutiliserait la chaleur émise par le restaurant".

"C'est la brutalité du changement qui m'inquiète : il faut se donner du temps pour arriver à des nouvelles solutions", plaide ce restaurateur parisien.

Des grosses industries comme l'automobile, on ne leur a pas interdit du jour au lendemain de faire des moteurs thermiques.

Valentin Roulière, propriétaire d'un restaurant

à franceinfo

Derrière cette inquiétude, c'est la viabilité économique de son établissement qui est en jeu : 30 à 40% de son chiffre d'affaires d'hiver se fait en terrasse, assure-t-il. "C'est normal : la terrasse n'est pas qu'un plaisir pour les fumeurs, c'est un plaisir pour tous ceux qui vivent dans des grandes villes ou des petits logements, un savoir-vivre à la française", explique Valentin Roulière.

A Rennes, un bilan "positif"

Cette décision n'est pourtant pas une première en France. Certaines villes ont déjà mis fin à cette pratique. C'est notamment le cas à Rennes (Ille-et-Vilaine), où le bilan semble plutôt positif. "L'interdiction des chauffages n'a eu aucun impact sur notre chiffre d'affaires. En hiver, on a toujours autant de clients qui choisissent la terrasse. Le bilan est très positif chez nous", témoigne Dylan Louvel, gérant du bistrot L'Arrivée à Rennes.

Le restaurateur admet qu'à l'annonce de la décision de la mairie, prise en concertation avec les commerçants de la ville et entrée en vigueur au 1er janvier 2020, une certaine "appréhension" s'est emparée des professionnels rennais du secteur, mais quelques mois après son entrée en vigueur, pas de catastrophe économique. "C'est une mesure de bon sens, Rennes est une ville très portée sur l'écologie et tous nos clients ont très bien compris que chauffer l'extérieur, ça n'a pas de sens." D'autant que ce chauffage a un coût, "300 à 400 euros, par exemple, le week-end de Noël", explique Dylan Louvel. Pour compenser l'absence de chauffage, le restaurateur avait dans un premier temps choisi de mettre des plaids à la disposition des clients. "Finalement, personne ne s'en sert", assure-t-il.

Pas de chauffage = moins de taxes ?

Une analyse confirmée par Karim Kahn, président de la branche bretonne de l'UMIH et de sa commission développement durable, selon qui il n'y a pas eu de chute du chiffre d'affaires du secteur, à Rennes l'hiver dernier. "Je suis d'ailleurs allé voir dans les bars : par 4 °C, au mois de décembre, les salles étaient vides et les terrasses pleines. Nos clients ont besoin de ces moments de convivialité en extérieur", explique-t-il à franceinfo.

Mais hors de Rennes et notamment à Paris, la réglementation sur la couverture des terrasses peut être plus contraignante. "Les restaurateurs rennais ont pu couvrir leurs extérieurs, mettre des coupe-vent, des choses comme ça. A Paris, c'est très compliqué", rebondit Valentin Roulière. Pour le restaurant parisien, l'interdiction des chauffages remet en cause le montant des droits de terrasses, payés par les restaurateurs lorsqu'ils s'installent sur la voie publique et qui varie selon la rue et l'arrondissement. "Si on ne peut plus chauffer, il va y avoir des protestations dans la profession contre le montant des droits d'occupation des terrasses. On subit déjà énormément de taxes. Une terrasse qu'on ne peut pas chauffer ne peut pas nous coûter aussi cher qu'avant", prévient-il. 

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