Emploi de migrants dans la restauration : "Nous avons besoin de personnel que nous n'avons pas en France"

Aurélien Taché, député LREM du Val-d'Oise et auteur d'un rapport sur l'intégration des immigrés en France, estime, lundi sur franceinfo, qu'il "reste encore à construire toute une politique pour orienter" les migrants à leur arrivée en France.

Un migrant soudanais regarde son téléphone portable dans un centre d\'accueil et d\'orientation, le 4 janvier 2017 à Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique).
Un migrant soudanais regarde son téléphone portable dans un centre d'accueil et d'orientation, le 4 janvier 2017 à Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique). (LOIC VENANCE / AFP)

Embaucher des migrants pour pallier la pénurie de personnel, voilà ce que proposent au gouvernement les professionnels de la restauration et de l'hôtellerie. Les syndicats du secteur évoquent entre 100 000 et 130 000 emplois à pourvoir immédiatement. Ils seraient trop pénibles pour trouver preneurs. "Aujourd'hui, un demandeur d'asile ne peut pas occuper un emploi avant neuf mois", explique, lundi 6 août sur franceinfo, Aurélien Taché, député LREM du Val d'Oise et auteur d'un rapport sur l'intégration des immigrés en France.

franceinfo : Qu'est-ce que ça vous inspire comme réaction, 100 000 à 130 000 postes à pourvoir dans le secteur de la restauration ?

Aurélien Taché : Je ne suis pas surpris, le rapport que j'avais remis au gouvernement en début d'année sur l'intégration des immigrés en France était axé sur la question de l'accès à l'emploi et de l'insertion professionnelle. On sait que dans beaucoup de secteurs, et l'hôtellerie-restauration est un excellent exemple, le bâtiment également ou dans des secteurs plus qualifiés comme le numérique, nous avons besoin de personnel que nous n'avons pas en France.

Ces personnes sont capables d'aller dans des secteurs où il y a des besoins, dans des régions où il y a des besoins.Aurélien Taché

Contrairement à ce que certaines oppositions politiques voudraient parfois faire croire, la plupart des personnes qui viennent en France, souvent contre leur gré, veulent travailler. Elles ont souvent des compétences qui ne sont malheureusement pas suffisamment reconnues. Cela fait partie des propositions clé que j'avais faites.

Comment peut-on simplifier les démarches et accélérer les délais pour ces personnes ?

J'ai proposé un amendement à la loi asile et immigration pour qu'on puisse faire travailler les demandeurs d'asile plus rapidement. Aujourd'hui, un demandeur d'asile ne peut pas occuper un emploi avant neuf mois. Passé ce délai, il ne peut que demander l'autorisation de travailler. Parfois il s'écoule des semaines voire des mois avant qu'on lui accorde ce droit. Avec la proposition que j'ai faite, au bout de six mois les demandeurs d'asile pourront faire la demande. Si au bout de quelques semaines ils n'ont pas de réponse, l'autorisation sera implicite. Cet amendement a été voté et la résolution va pouvoir s'appliquer dès le mois d'août.

Est-ce que cela sera suffisant ?

Non, ça ne suffira pas. Il reste encore à construire toute une politique pour orienter ces personnes à leur arrivée. Quand ils arrivent, ils ne connaissent pas la vie en entreprise en France, ils ne maîtrisent pas totalement la langue. Le gouvernement a adopté un plan pour renforcer les cours de français et l'accompagnement vers l'emploi. Il faut qu'on accélère. On a des gens prêts à travailler et des entreprises prêtes à recruter qui mettent des formations en place, mais elles ont besoin des pouvoirs publics pour les accompagner. Il y a des entreprises qui recherchent spécifiquement des profils qui viennent de l'étranger, notamment sur des profils hautement qualifiés parce que les gens maîtrisent plusieurs langues et que dans une économie ouverte comme la nôtre, c'est un vrai atout. Si le monde économique est capable de reconnaître la richesse de la diversité, la France doit pouvoir le faire aussi.