Portables en prison : "Il faut abroger l'article de la loi pénitentiaire qui nous interdit de faire des fouilles"

Mais cela ne règlerait pas "le problème de la drogue, des armes, de l'alcool qui rentrent en détention", estime le secrétaire général du syndicat FO Pénitentiaire.

En 2017, plus de 40 000 téléphones et accessoires, chargeurs, cartes SIM, ont été saisis dans les prisons françaises. (Illustration)
En 2017, plus de 40 000 téléphones et accessoires, chargeurs, cartes SIM, ont été saisis dans les prisons françaises. (Illustration) (C.LEFEBVRE / MAXPPP)

Plus de 40 000 téléphones et accessoires, chargeurs, cartes SIM, ont été saisis dans les prisons françaises en 2017, un chiffre en hausse constante depuis dix ans, selon la direction de l'administration pénitentiaire (DAP). Pour Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO Pénitentiaire, invité de franceinfo mardi 21 août, le chiffre peut être "multiplié par deux". Il estime qu'il y a "beaucoup plus de téléphones portables qui circulent dans les prisons aujourd'hui".

Le projet du ministère d'installer des brouilleurs dans les prisons est "indispensable" pour le secrétaire général de FO Pénitentiaire. S'il reconnaît que le problème des portables peut être réglé, il souligne que cela ne règle pas "le problème de la drogue, des armes, de l'alcool qui rentrent en détention". Emmanuel Baudin demande l'abrogation de "l'article 57 de la loi pénitentiaire de 2009" qui interdit "de faire des fouilles systématiques et qui est un vrai danger".

franceinfo : Est-ce que les portables sont plus nombreux ou sont-ils de mieux en mieux repérés et confisqués?

Emmanuel Baudin : Je pense qu'ils sont de plus en plus nombreux dans les cellules. Si l'administration communique ces chiffres aujourd'hui, c'est simplement parce qu'elle prépare un coup de communication pour annoncer les brouilleurs de portables qui seront déployés dans les prisons françaises. Ce chiffre, on peut le multiplier par deux. Sur le seul établissement de Fresnes, ce week-end, 38 portables ont été saisis. Donc il y a beaucoup plus de téléphones portables qui circulent dans les prisons aujourd'hui.

La ministre a présenté deux chantiers pour lutter contre ces portables : le brouillage et un téléphone fixe en cellule. Est-ce que cela va dans le bon sens ?

Oui, sur les brouilleurs le projet est bon. Brouiller les portables, c'est indispensable. C'est d'ailleurs à Jean-Jacques Urvoas (l'ancien ministre de la Justice) qu'on le doit. Cela arrive un peu tard. C'est du matériel évolutif, donc on va réellement pouvoir brouiller les portables. Mettre des téléphones individuels dans chaque cellule et penser que cela va compenser les portables, on est complètement à côté de la plaque. Forcément, il va y avoir une réaction de la population pénale. Ces portables servent à gérer des tas de trafics, à aller sur internet, à aller sur les réseaux sociaux, à envoyer des vidéos. On va essayer avec des téléphones fixes d'éviter que la cocotte explose. Mettre un téléphone fixe dans une maison d'arrêt où vous avez trois ou quatre détenus par cellule, cela va poser des soucis. Dans un établissement où vous n'avez qu'un détenu par cellule, cela peut le faire. Mais on va régler le problème des portables sans régler le problème de la drogue, des armes, de l'alcool qui rentrent en détention. Il faut abroger l'article 57 de la loi pénitentiaire de 2009 qui nous interdit de faire des fouilles systématiques et qui est un vrai danger.

Vous lancez un appel à de nouveau pouvoir faire des fouilles collectives

Quand je suis entré dans la pénitentiaire il y a 17 ans, je pouvais, dès que j'avais un soupçon, fouiller une cellule, fouiller un détenu, ce qu'aujourd'hui on ne peut plus faire. Le surveillant doit d'abord demander à sa hiérarchie, avoir une autorisation. C'est tout une paperasse. Tout cela nous a enlevé des moyens pour pouvoir éviter le trafic. Cela met en insécurité les surveillants mais aussi les détenus les plus faibles et leur famille. La contrôleur des prisons, Adeline Hazan, ou l'OIP, l'Observatoire international des prisons, parlent beaucoup des suicides en prison. Il faut savoir que la plupart des suicides en prison, c'est dû au trafic à l'intérieur des prisons, aux pressions que les familles à l'extérieur subissent. Pour protéger leur famille à l'extérieur, certains détenus se suicident. Beaucoup de détenus qui demandent à être enfermés 24h sur 24 sont les plus faibles. Ils demandent à leur famille de ne plus venir au parloir parce qu'ils se font menacer, et ce sont ces détenus qui se suicident. Les téléphones, la drogue, tout ce réseau parallèle, contribuent à ce que les prisons soient des endroits de non-droit. Il faut savoir ce qu'on veut faire de nos prisons.