Loto du patrimoine : on "a besoin de l'aide des Français" selon Stéphane Bern

Chargé d'une mission sur le patrimoine français par Emmanuel Macron, l'animateur a expliqué sur franceinfo le choix des 18 monuments emblématiques sélectionnés pour la deuxième édition du Loto du patrimoine.

Stéphane Bern avec les tickets du Loto du patrimoine 2018. 
Stéphane Bern avec les tickets du Loto du patrimoine 2018.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Les 18 sites emblématiques sélectionnés pour figurer sur les tickets à gratter de la deuxième édition du Loto du patrimoine en 2019 montrent "la diversité du patrimoine qui a besoin de l'aide des Français", selon Stéphane Bern.

franceinfo : Pourquoi avoir choisi ces 18 sites ?

Stéphane Bern: Ces 18 sites emblématiques montrent la diversité du patrimoine. Les photos de ces sites apparaîtront sur les tickets de grattage, à la fois sur les tickets à 15 euros et les tickets à 3 euros pour montrer la diversité de notre patrimoine. Il y a du patrimoine industriel comme le viaduc des Fades en Auvergne, c'est dans le Puy-de-Dôme, comme la Glacière d'Étel, c'est une ancienne glacière de thoniers dans le Morbihan. Il y a des moulins cette année, il y a un moulin extraordinaire qui se trouve à Bar-sur-Seine, dans l'Aube, tout le monde le voit. Il y a le beffroi de Béthune qui est en mauvais état. Il y a une maison d'illustre, celle de Rosa Bonheur en Île-de-France. Il y a des anciens édifices religieux comme l'abbaye Sainte-Marie de Longues-sur-Mer et puis surtout cette abbaye Notre-Dame de Sénanque dans le Vaucluse qui manque de s'effondrer et qui a besoin d'urgence de travaux de sauvegarde. Il y a également un fort militaire, le fort de Brescou à Agde dans l'Hérault. Il y a un site archéologique, c'est l'amphithéâtre gallo-romain de Saintes. Pour la première fois, on met la bibliothèque Fesch d'Ajaccio qui a besoin d'être complètement revue. Le château de Maulnes qui est dans l'Yonne. Ça montre la diversité du patrimoine qui a vraiment besoin de l'aide des Français, parce qu'autrefois c'était les Américains qui venaient sauver le patrimoine, aujourd'hui on peut se sauver nous-même.

Votre objectif a été dépassé l'an dernier. Qu'espérez-vous de cette deuxième édition du Loto du patrimoine ?

Le résultat m'a grandement satisfait. On est exactement à 22 millions d'euros récoltés par le Loto du patrimoine. Là-dessus, j'étais un peu exaspéré que l'Etat prélève des taxes, mais les taxes seront reversées pour le patrimoine, selon les conditions habituelles des Directions régionales des affaires culturelles (Drac). Ça monte à 43 millions plus un peu de mécénat. C'est-à-dire que le bilan 2018 est pratiquement de 50 millions d'euros récoltés. Pour l'année 2019 qui nous préoccupe aujourd'hui, j'espère qu'on fera mieux avec les deux jeux de grattage plus un jeu de tirage. C’est-à-dire peut-être atteindre au moins 25 millions d'euros. Mais déjà, j'ai lancé des partenariats avec des entreprises nationales qui m'ont proposé du mécénat 1,5 million d'euros sur deux ans ou trois ans. Donc, je pense qu'on va atteindre nos objectifs d'aller encore plus loin. Le but, évidemment, c'est de sauvegarder le maximum de monuments parce qu'encore une fois ce qui est important c'est que ces monuments appartiennent à ou des collectivités territoriales, ou à des particuliers, et sont dans des régions qui ont besoin d'aide, dans des territoires qui sont abandonnés, souvent dans la ruralité. Et donc le patrimoine restauré remet de l'économie, remet du bien vivre ensemble, c'est de l'identité heureuse, c'est de la convivialité, et surtout c'est de l'emploi et il ne faut pas l'oublier.

269 monuments avaient été sélectionnés l'an dernier, en conséquence certaines communes ont trouvé que les sommes versées étaient trop faibles. Qu'en pensez-vous ?

C'est vrai mais ce qu'il faut voir c'est que ça a servi de levier. Je prends un exemple. J'étais avec Brigitte Macron il y a quelques semaines au théâtre des Bleus de Bar, à Bar-le-Duc, et on leur a remis un chèque de 358 000 euros. Ça sert de levier qui leur a permis de récolter par à la fois du mécénat d'entreprise, par les collectivités territoriales et régionales, ils ont obtenu pratiquement les 1,3 million d'euros dont ils avaient besoin pour sauvegarder entièrement le théâtre. Donc, vraiment le Loto du patrimoine sert de focus. La presse quotidienne régionale se mobilise. Avec la Fondation du patrimoine, immédiatement ils font du crowdfunding, du financement participatif, si bien qu'au final ça permet de récolter pas mal d'argent. Et puis quand il manque, je pense à l'église de Baussaine par exemple en Ille-et-Vilaine, le maire se plaignait peut-être à raison que c'était trop modeste, mais un mécène privé a financé les sommes manquantes par mon entremise. Donc, c'est vrai qu'il y avait sans doute trop de monuments mais j'ai voulu frapper fort l'année dernière avec 269 monuments. Il y aura cette année les 18 emblématiques plus une centaine d'autres. Et on n'oublie pas ceux de 2018 qu'on va continuer à aider avec le Loto du patrimoine.

Seulement 10% des sommes collectées avec les tickets à gratter de 15 euros sont allés à la Fondation du patrimoine. Cette part va-t-elle augmenter cette année ?

Ce pourcentage sera augmenté sur les deuxièmes tickets à 3 euros, mais fondamentalement, c'est un jeu d'argent, soyons honnête. Ce n'est pas un impôt patrimoine, c'est un jeu de hasard, c'est un jeu d'argent, il faut que l'argent principalement aille aux vainqueurs, à ceux qui gagnent. La Française des Jeux a investi énormément parce qu'elle est également mécène, elle met aussi la main à la poche pour aider certains monuments. D'autre part, c'est vrai qu'il y a une communication autour de ce Loto du patrimoine. Moi, dans cette affaire, je suis d'autant plus libre pour en parler parce que je suis le seul bénévole. Je fais tous mes déplacements à mes frais. Mais là il faut être honnête, la Française des Jeux certes gagne de l'argent, mais elle en investit aussi beaucoup dans le patrimoine et je la remercie, et encore une fois il faut que le jeu reste actif, il faut que les Français aient envie de jouer. En tout cas, moi je souhaite remercier les Français, parce qu'on m'avait dit que les tickets à 15 euros c'était trop cher. 12 millions de tickets ont été vendus en 2018, il n'en reste plus un seul. Donc cette année, il y aura des tickets à 15 euros pour ceux qui veulent faire un acte philanthropique plus important, et puis des tickets à 3 euros dont la part qui reviendra au patrimoine sera plus importante que 15 %.