La France, troisième plus gros exportateur mondial d'armes : "On ne peut pas se réjouir d'un tel succès", déplore un spécialiste

Le directeur de l'Observatoire des armements, Patrice Bouveret, appelle à "développer d'autres types de coopération plutôt que celles reposant sur les outils de mort".    

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Un avion de combat français, de type Rafale, sur le point de se poser sur le porte-avion Charles de Gaulle, le 10 février 2020. (MARIO GOLDMAN / AFP)

C'est un marché florissant pour la France. Selon l'Institut international de recherche sur la paix (Sipri), la France est le troisième pays exportant le plus d'armes au monde. Elle représente près de 7,9% du marché mondial (+ 72 % par rapport à la période 2010-2014), selon le classement publié lundi 9 mars.

Invité de franceinfo, Patrice Bouveret, directeur de l'Observatoire des armements, a estimé que l'"on ne peut pas se réjouir" de cette troisième place, au vu "des dégâts" que ces armes causent dans le monde. Il regrette que la France n'investisse pas "dans d'autres domaines qui seraient plus facteurs de paix".

franceinfo : Les trois premiers clients de la France en matière d'achat d'armes sont l'Egypte, le Qatar et l'Inde. Sait-on comment ces pays utilisent ces armes ?

Patrice Bouveret : Pour certains, oui. On a par exemple vendu du matériel à l'Egypte qui a servi notamment à la répression des manifestations de la société civile. Par rapport à l'Arabie saoudite, on sait l'implication de ces ventes dans le conflit au Yémen et les dégâts causés. Quand on augmente nos ventes d'armes, il y a des dégâts. On ne peut pas se réjouir d'un tel succès.

Est-ce qu'il existe des pays auxquels la France s'interdit de vendre des armes ?

Non, pas vraiment. Bien sûr qu'il y a un encadrement, que le gouvernement sait exactement quel type de matériel il vend. Là où l'encadrement pose problème, c'est au niveau démocratique et parlementaire. On n'a que les montants financiers qui sont dévoilés, mais on ne sait pas quels types d'armes sont vendus. Et ce n'est pas forcément les armes qui rapportent le plus en termes financiers qui causent le plus de dégâts. Là-dessus, il n'y a pas vraiment de débat politique au sein du Parlement et encore moins au sein la société. On met en avant les emplois qui sont créés, mais jamais l'usage qui est fait de ces armes-là, alors qu'il faut relativiser au niveau économique.

Mais quel est l'intérêt politique pour la France de vendre ses armes à certains pays ?

Pour le gouvernement français, il s'agit de maintenir son influence dans certaines zones et notamment au Moyen-Orient, parce qu'on a besoin d'acheter du pétrole. Mais il faut se poser les questions différemment et voir les dégâts sur les populations. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? N'aurait-on pas plutôt intérêt à développer d'autres types de coopération plutôt que celles reposant sur les outils de mort ?

Il y a un mois, Emmanuel Macron se félicitait d'avoir contribué à la réduction du nombre de têtes nucléaires, mais à côté de ça, il y a le reste de l'arsenal français, qui continue de bien se développer...

Il faut bien sûr se féliciter de la réduction du nombre de têtes nucléaires. Mais c'est surtout le fait des Etats-Unis et de la Russie dans le cadre d'accords préalablement signés, et qui sont d'ailleurs actuellement remis en cause. Pour la France, ces réductions du nombre de têtes nucléaires datent des années 90. Depuis, le pays maintient non seulement son niveau d'arsenal nucléaire, mais prévoit de le renouveler entièrement dans le cadre de la loi de programmation militaire. C'est même déjà mis en oeuvre. Donc finalement, la France investit toujours de manière très importante dans le domaine militaire au lieu d'investir dans d'autres domaines qui seraient plus facteurs de paix et de coopération entre les populations.

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