"On n'a jamais tué d'abeille" :  après l'interdiction des néonicotinoïdes, les producteurs de betteraves inquiets

L'insecticide permettait notamment d'épargner les plantations de la jaunisse virale, une maladie transmise par le puceron vert. 

Une banderolle contre l\'interdiction des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave sucrière dans un champ du Vexin en Ile-de-France, le 29 juillet 2018.
Une banderolle contre l'interdiction des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave sucrière dans un champ du Vexin en Ile-de-France, le 29 juillet 2018. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)
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C'est une grande victoire pour les défenseurs des abeilles : depuis le 1er septembre, l'utilisation des néonicotinoïdes est interdite en France. Ces molécules insecticides utilisées par les agriculteurs depuis le début des années 1990 sont accusées d'avoir décimé les colonies de pollinisateurs et en particulier les abeilles. Mais les planteurs de betteraves se sentent aujourd'hui totalement dépourvus. Ils pensaient obtenir une dérogation car la betterave sucrière est récoltée au stade de racine et n'attirent donc pas les abeilles. Surtout, les néonicotinoïdes ont permis de faire disparaître un véritable fléau pour la betterave : la jaunisse virale, transmise par le puceron vert. Leur crainte : de lourdes baisses de rendements.

"On n'a jamais tué d'abeille"

On le voit déjà dans les champs. "Le champ est tacheté par zone", explique Alexandre Quillet, le responsable environnement de la Confédération générale des planteurs de betteraves. "Dès lors que le puceron pique la betterave, ça donne des feuilles jaunes un mois, deux mois, trois mois plus tard. Là, il a piqué tout autour de la première betterave et ça fait des petits ronds jaunes qui grossissent de plus en plus", ajoute-t-il. Et il l'affirme, cette activité n'a jamais heurté les abeilles : "La betterave ne présente pas de fleurs, pas de pollen, pas de gutation - la petite goutte d'eau qui se trouve au bout des feuilles et qu'un animal comme une abeille pourrait venir boire"

Il n'y a aucun élément scientifique pour dire pourquoi les néonicotinoïdes seraient dangereux pour les pollinisateurs comme l'abeilleAlexandre Quilletà franceinfo

Toute une économie remise en cause

Mais en mars, pour les prochains semis, fini les néonicotinoïdes. "Nous sommes à nouveau à la merci du puceron vert", affirme Alexandre Quillet. "Imaginez qu'un agriculteur dise 'Je n'arrive pas à voir l'arrivée des pucerons. Lorsque j'en trouve un, le mal est déjà fait. Eh bien cet agriculteur, si tous les ans, tous les deux ans il a une baisse de rendement de 10, 20, 30%, il dira 'je ne prends plus ce risque-là, et je fais une culture plus facile, j'arrête la betterave'". Ainsi, malgré l'utilisation d'autres produits chimiques, autorisés ceux-là, c'est toute l'économie de la betterave sucrière qui pourrait être remise en cause.