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"On a 30 000 litres de plus que d'habitude" : les viticulteurs n'arrivent pas à écouler leurs stocks d'avant-coronavirus

Cette année les vendanges seront bonnes, selon les viticulteurs. Mais les stocks des années précédentes s'accumulent dans les caves à cause de la crise du coronavirus. 

Article rédigé par
Antoine Jeuffin - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le viticulteur Jean-François Roy dans ses vignes à Lye dans l'Indre, le 4 septembre 2020. (ANTOINE JEUFFIN / RADIO FRANCE)

Partout en France, c'est la pleine saison des vendanges. Une année forcément particulière pour les vignerons avec l’épidémie de coronavirus. La profession souffre de la crise, malgré les plus de 200 millions d'euros d'aides pour la filière annoncées par le Premier ministre Jean Castex.

"On enlève les feuilles pour voir les baies de raisins qui sont derrière et avoir plus de visibilité", explique Jean François Roy dans ses vignes située à Lye (Indre) dans le Val-de-Loire. Les vendanges seront bonnes, prédit le vigneron mais il part avec un handicap, non pas dans sa vigne mais dans sa cave où trois grosses cuves reposent au fond : les invendus de 2019. Une cuve fait 10 000 litres, et elle est pleine de Touraine rouge, décrit Jean François Roy en tapant dessus : "On l’entend, ça sonne bien le plein. Elle est pleine à ras bord. On a aujourd’hui à peu près 30 000 litres de plus que d’habitude."

J’ai été obligé de racheter trois cuves de vin pour stocker ce qui n’a pas été vendu pendant le Covid. Ça fait entre 12 000 et 15 000 euros de dépenses supplémentaires.

Jean François Roy, viticulteur

Pour éviter les stocks, Jean François Roy s'était pourtant résigné à distiller une partie de sa production en juin, pour faire du gel hydroalcoolique par exemple mais il n'a pas encore vu la couleur de l'argent.

Les ventes en restauration inquiètent

Aujourd'hui, le retard de trésorerie est de 30 000 euros, moins 10% de chiffre d’affaires. Les cavistes et grossistes lui achètent moins et pour la première fois, une palette prête à partir reste dans sa cave, près de 4 000 euros de vin sur les bras. "On a appris il y a deux jours que ça ne partait pas, raconte Jean François Roy. On a reçu un mail et répondu : ‘Est-ce qu’on peut attendre un petit peu quand même et voir dans quelques mois ?' Ils nous ont dit qu’ils pensent que vraiment ça ne re-fonctionnera pas." Ses clients vendent énormément à la restauration, explique le vigneron. "Et apparemment à New York la restauration ne fonctionne pas, ils ne vendent rien et ne veulent pas acheter", déplore-t-il.

Ces bouteilles sont prêtes à partir avec l’étiquetage prévu pour les États-Unis et avec des capsules neutres. Comment on fait ? Il faut enlever toutes les étiquettes et toutes les capsules. C’est nous qui prenons tout à notre charge !

Jean François Roy, viticulteur

Le cas de Jean-François Roy n'est pas isolé, selon Lionel Gosseaume, vice-président de l'AOC Touraine. Il y a un mois et demi de retard de vente pour les viticulteurs de la région et il n'est pas serein pour la fin d'année. "Tout le monde voit des signes de reprise de la maladie. Il se trouve que la vallée de la Loire commercialise une bonne partie de ses vins en restauration française en générale et parisienne en particulier, explique Lionel Gosseaume. Et dans les grandes villes, il y a des chances que la pandémie ait un impact sur les envies de sortie des uns et des autres, c’est ça qui nous inquiète."

Autre inquiétude : quand le marché américain repartira-t-il ? Il est porteur pour le Val-de-Loire, mais fait moins 15% cette année. À cause du Covid-19 mais aussi des surtaxes décidées fin 2019 par Donald Trump.

Les viticulteurs n'arrivent pas à écouler leurs stocks d'avant coronavirus - Antoine Jeuffin
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