De banquier à agriculteur : l’histoire d’un Breton qui a changé de métier "par passion", mais pas par raison

À la veille de l'ouverture du salon de l'agriculture, franceinfo a rencontré un Breton qui a plaqué son métier de banquier, rattrapé par son "envie" d’être agriculteur.

Corentin Sauvé dans la ferme familiale d\'Andouillé-Neuville (Île-et-Vilaine).
Corentin Sauvé dans la ferme familiale d'Andouillé-Neuville (Île-et-Vilaine). (GUILLAUME GAVEN / RADIO FRANCE)

Emmanuel Macron a reçu, jeudi 22 février, à l'Élysée, des centaines de jeunes agriculteurs à deux jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, samedi, à Paris. Le président de la République a fait un discours offensif, prônant la fin de décennies de "promesses non tenues" et en se posant en garant des intérêts français sur le marché mondiale. 

Alors que 40% des agriculteurs, actuellement en activité, vont partir à la retraite d'ici 2020, franceinfo a rencontré la nouvelle génération d'exploitants agricoles qui va leur succéder. Car, c'est un paradoxe : la conjoncture n'a jamais été aussi mauvaise, mais les lycées agricoles font le plein. 

Les jeunes agriculteurs, sans illusions mais avec beaucoup de passion : un reportage de Guillaume Gaven
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La campagne est belle entre Rennes (Île-et-Vilaine) et le Mont-Saint-Michel (Manche). C'est le nouveau cadre de travail de Corentin Sauvé. Ce Breton de 26 ans a décidé de devenir agriculteur "par passion" dans le village d'Andouillé-Neuville, où se situe la ferme familiale.  

Corentin Sauvé n’est pas parti de rien. Il a suivi une formation dans un lycée agricole mais il a d'abord travaillé dans le secteur bancaire. Dernièrement, il a décidé d’abandonner ce début de carrière pour revenir à ses premières amours. "L’envie était trop importante pour pouvoir continuer mon ancien boulot", se justifie-t-il. Il reconnaît qu’il a repris "ce métier par passion". L’ancien banquier souligne qu’il n'a pas fait ce choix "pour le côté économique parce qu’on fait entre 60 et 70 heures par semaine pour gagner, quand on y arrive, entre 1 000 et 1 500 euros. Certaines exploitations n’y parviennent pas."   

On espère que le gouvernement nous aidera si on en a besoin. Mais nous vivons avec beaucoup d’incertitudes, aujourd’hui, quand même.Corentin Sauvén agriculteurà franceinfo

Pour mieux affronter la vie agricole, il s'associera, dans un mois, avec son père sur l'exploitation laitière. "Aujourd’hui, nous sommes sur une exploitation de 80 hectares avec environ 60 vaches, explique Corentin Sauvé. On compte rester sur la même superficie et on augmentera le cheptel autour de 80 vaches." Le nouvel agriculteur a tenu à ne pas vouloir doubler le travail à faire. "Comme je viens du monde salarié, je veux conserver un peu de week-ends, avoue l’ancien banquier. On sera sur des temps d’astreinte de six heures par jour si on est seul le week-end. Il ne faut pas que ce soit une corvée du matin au soir."   

Paradoxalement, l'agriculture attire les jeunes

Son père, Olivier Sauvé est partagé sur le choix de son fils. "Je suis content, dit-il, car il a toujours été passionné par le métier. Mais, j’ai quelques doutes à cause de la conjoncture et l’avenir de la profession."   

Malgré tout, le futur n’est pas si sombre. Les lycées agricoles, comme celui de Dol-de-Bretagne (Île-et-Vilaine), attirent de nombreux jeunes. "Agriculteur, c'est plus qu'un métier, explique Baptiste qui termine son BTS dans cet établissement. C’est une passion et une envie que j’ai depuis tout petit. J’y reste parce que ça me plaît énormément."   

C’est plus qu’un métier, c’est un mode de vie. Au quotidien, ce sont des heures de travail mais si on s’y plaît, on ne voit pas le temps passer.Baptiste, étudiant au lycée agricole de Dol-de-Bretagneà franceinfo

Sa camarade Océane est consciente des difficultés du monde agricole. "On les voit les agriculteurs qui arrêtent, lance-t-elle. On voit aussi les suicides. Ça fait peur, mais moi je ne me vois pas faire autre chose. Mon projet est donc de m’installer et d’essayer d’en vivre."

Le projet de loi sur l'alimentation, qui sera examinée le mois prochain à l'Assemblée nationale, a justement pour objectif de faire en sorte que les agriculteurs vivent décemment de leur travail.