Le rapport du médiateur sur la crise des éleveurs en trois points

Dans son rapport, le médiateur des prix agricoles estime que les abatteurs n'ont pas respecté l'accord du 17 juin sur la hausse du prix de la viande de bœuf.

Des éleveurs bloquent le pont d\'Oléron le 22 juillet.
Des éleveurs bloquent le pont d'Oléron le 22 juillet. (XAVIER LEOTY / AFP)

Alors que les éleveurs continuent de bloquer certains axes routiers pour protester contre la faiblesse des prix de vente de la viande, le rapport du médiateur sur les prix agricoles, rendu public mercredi 22 juillet, établit les différentes responsabilités des acteurs de la filière.

Dans ce rapport de vingt pages, le médiateur, Francis Amand, évalue les retombées de l'accord du 17 juin sur les filières bovine et porcine. Cet accord signé entre les éleveurs, abatteurs et distributeurs prévoyait une hausse progressive du prix de la viande payé au producteur, de 5 centimes par kilo et par semaine prévue. Le rapport du médiateur montre une hausse des prix effective dans la filière porcine, mais en moindre proportion dans le secteur de la viande bovine, notamment à cause du rôle majeur joué par les abattoirs.

Les abatteurs n'ont pas joué le jeu

Dans son rapport, le médiateur montre que les abattoirs ont bien augmenté leur prix d'achat aux éleveurs, mais sans aller jusqu'aux cinq centimes prévus par l'accord. Dans un tableau détaillant l'évolution des prix de la viande de vache à l'entrée des abattoirs auprès des dix plus gros abatteurs français, il constate que la hausse des prix est minime.

Par exemple, pour "l'abattoir A", elle passe de 3,94 euros le kilo de carcasse la première semaine à 3,99 euros pendant deux semaines, puis reste à 4,03 euros les semaines suivantes. Francis Amand observe que la cotation moyenne a augmenté de 10 centimes d'euros par kilo, alors que les engagements pris devaient aboutir à une hausse de 20 centimes sur le dernier mois.

Le rapporteur explique aussi que les abatteurs se sont concentrés dans un premier temps sur les "seules races à viande", au détriment des vaches laitières de réforme. Ces dernières sont des vaches écartées du troupeau après quelques années de production laitière, pour être abattues pour leur viande.

En revanche, le document montre que la hausse des prix a été respectée dans le secteur de la viande porcine, même si ce prix permet de couvrir les coûts, mais pas forcément de faire des marges suffisantes pour rembourser des emprunts.

Chaque acteur de la filière a agi "selon ses intérêts"

"L’ensemble du dispositif de hausse volontaire du prix d’achat au producteur dépend et repose sur un unique acteur de la filière", explique le médiateur. En effet, le rôle des abatteurs est essentiel dans la filière de la viande : ce sont eux qui déterminent le prix de la carcasse et donc du prix des morceaux achetés par les grandes surfaces, et du prix final pour le consommateur ou la restauration.

Or, durant les trois premières semaines suivant l'accord du 17 juin, aucun acteur de la filière ne s'est mis d'accord sur le type d'animaux concerné par la hausse des prix. Et chacun a eu tendance à adopter "une lecture des engagements (...) la plus favorable à ses intérêts propres." Dans les abattoirs, les hausses de prix sont faites en fonction des régions d'abattage et de la catégorie des animaux abattus. 

La grande distribution ne s'est pas montrée "assez dynamique"

Même si, "à ce jour", le médiateur affirme que les grandes enseignes de distribution "ne se sont pas frontalement opposées à la hausse des cotations", il admet qu'elles n'ont "pas forcément joué un rôle dynamique en ce sens".

Sur certains types de morceaux, "de nombreux distributeurs se seraient ainsi fournis auprès d'abatteurs-découpeurs ayant remporté les marchés en 'cassant' les prix par des approvisionnements auprès d'éleveurs contraints de brader leurs bêtes". Le fait qu'une partie seulement de la carcasse soit achetée par la grande distribution pousse aussi les industriels à augmenter le prix de ces seuls morceaux demandés.

Le médiateur ne désigne aucune enseigne en particulier, mais relève une tendance globale. Après la diffusion de ce rapport, le Premier ministre, Manuel Valls, a appelé jeudi 23 juillet à la "responsabilité des abatteurs et des industriels" pour que le prix de la viande de bœuf augmente.