"Il y a une démotivation du monde agricole qui fait peur" selon le syndicat des Jeunes Agriculteurs des Pays de la Loire

Le président des Jeunes Agriculteurs des Pays de la Loire dénonce sur franceinfo "l'agribashing". Selon lui les éleveurs sont "complètement perdus" et "désemparés". 

Le président des Jeunes Agriculteurs des Pays de la Loire Fabien Denis, le 16 septembre 2019.
Le président des Jeunes Agriculteurs des Pays de la Loire Fabien Denis, le 16 septembre 2019. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

"Il y a une démotivation du monde agricole qui fait peur", estime sur franceinfo, Fabien Denis, président des Jeunes Agriculteurs (JA) des Pays de la Loire et éleveur de vaches laitières et de volailles dans la Sarthe. Des opérations escargot organisées par des agriculteurs sont prévues un peu partout en France ce mardi à l'appel des syndicats JA et FNSEA. Ils dénoncent notamment "l'agribashing".

franceinfo : Vous manifestez au Mans aujourd'hui. Concrètement, qu'allez-vous faire ?

Fabien Denis : L'idée, c'est de mettre en place des barrages filtrants avec des distributions de tracts sur le créneau 11h/14 heures. On ne veut pas trop perturber les usagers, pénaliser les consommateurs. On veut que l'État essaye de nous entendre et arrête de nous faire des pieds de nez sans cesse. Dans certains départements, il y aura des opérations escargot.

Qu'est-ce qui vous pousse à manifester ?

On veut expliquer tout ce malaise qu'on subit depuis des années. Le gouvernement a mis en place les États généraux de l'Alimentation en nous donnant beaucoup d'espoir. On nous a dit : 'il faut que l'agriculture monte en gamme, il faut gagner en qualité et compétitivité au niveau de l'alimentation'. L'idée de base était de ramener de la marge dans nos exploitations pour couvrir nos coûts de production. Aujourd'hui, le compte n'y est pas. Le consommateur paye plus, mais la marge ne redescend pas chez nous. C'est un vrai problème. L'État ne veut pas nous entendre. Il ne peut pas adapter son discours en fonction du public qu'il a en face. Parallèlement à cela, on est montré du doigt par des associations anti-élevage, par des groupuscules qui défendent des idéologies qui sont extrémistes et assez peu ouvertes d'esprit. Il y en a avec qui on peut discuter, on peut dialoguer et d'autres beaucoup moins. On a des agriculteurs qui subissent des attaques verbales. On est même passé aux attaques physiques qui vont même jusqu'à des incendies de bâtiments. On ne sait plus où l'on va, on est complétement perdus, on est désemparés. Il y a une démotivation du monde agricole qui fait peur.

La goutte qui a fait déborder le vase, ce sont les arrêtés anti-pesticides pris par certains maires ?

Oui clairement. Le vase était déjà bien plein. On ne veut pas d'une agriculture qui utilise des pesticides mais tous les produits que l'on fait en France sont consommés, ils sont vendus. On ne fait pas de produits à perte. On se rend compte aussi qu'il y a des importations de produits, l'État est d'ailleurs prêt à signer des contrats comme le Ceta et le Mercosur avec l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, des zones où ils ne respectent pas les normes environnementales que nous avons déjà. Et on nous en rajoute toujours plus, pour être plus blanc que blanc, pour qu'on devienne moins competitifs. C'est complétement illogique, tout est flou. Si on ne veut plus d'agriculteurs et si on veut juste qu'ils servent à entretenir le paysage, d'accord. Mais ce n'est plus de l'agriculture.