Crise des éleveurs : comment aider les agriculteurs en faisant ses courses

François Hollande a demandé aux Français de consommer de la viande française, grâce au label "Viandes de France". Francetv info a listé les idées qui pourraient aider les éleveurs en difficulté. 

De jeunes agriculteurs lors d\'une opération \"viande de nulle part\", dans un hypermarché Carrefour de Venette (Oise), le 26 mars 2015. Celle-ci visait à sensibiliser les consommateurs sur l\'origine des produits. 
De jeunes agriculteurs lors d'une opération "viande de nulle part", dans un hypermarché Carrefour de Venette (Oise), le 26 mars 2015. Celle-ci visait à sensibiliser les consommateurs sur l'origine des produits.  ( MAXPPP)

"Faites en sorte d'acheter français". François Hollande a remis au goût du jour, samedi 18 juillet, le label "Viandes de France", qui existe depuis déjà un an et demi. Le chef de l'Etat fait appel aux consommateurs pour soutenir les éleveurs qui font face à une crise profonde. Les agriculteurs manifestent d'ailleurs leur colère un peu partout en France, à la mi-juillet, contre les prix appliqués par les intermédiaires, notamment la grande distribution. Des prix de vente trop faibles pour qu'ils en dégagent un revenu convenable, expliquent-ils.  

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Mais comment soutenir les éleveurs au moment de faire ses courses ? Au-delà du label, francetv info fait la liste des idées qui pourraient avoir un impact positif pour les agriculteurs français. 

En consommant de la viande labellisée ?

La "création" du label "Viandes de France" a été annoncée par le chef de l'Etat sur une étape du Tour de France, samedi 18 juillet. Le concept a pourtant déjà été lancé par les professionnels des filières d'élevage en février 2014, à la suite de l'affaire des lasagnes au cheval. Mais la grande nouveauté, c'est que ce label va être élargi aux produits transformés. Il certifiera que la viande est "née, élevée, abattue et transformée en France", précise le ministère de l’Agriculture et l’Interbev (Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes). 

La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) reste prudente après l'annonce du président de la République : "C'est un bon début. Ce n'est pas que du patriotisme alimentaire, le label permet aussi de renforcer la traçabilité de la viande. C'est également une reconnaissance des efforts fournis par les éleveurs après les crises sanitaires qui ont impacté la filière."

Oui mais... certains acteurs doutent de l'efficacité de cette mesure. Il n'est pas dit que le consommateur ait envie de dépenser plus pour soutenir, à son niveau, les producteurs de viande français. "Il y a un côté vœu pieu avec cet appel du président. Quand vous allez faire vos courses, vous ne vous précipitez pas sur le produit le plus cher", estime Lucien Bourgeois, membre de l’Académie d’agriculture de France. A moins que celui-ci soit certifié de qualité. Pour François Carlier, délégué général de l'association CLCV (Consommation, logement et cadre de vie), la France doit "développer des filières de qualité pour la viande bovine et porcine". Deux secteurs très touchés par la crise. 

2En privilégiant les circuits courts ?

C'est une piste également avancée pour soutenir les agriculteurs en difficulté. Les circuits courts ont la cote auprès des consommateurs, toujours plus attentifs à l'origine et à la qualité des produits qu'ils achètent. Ces nouveaux modes d'achat permettent de court-circuiter la grande distribution, accusée d'avoir augmenté ses marges au détriment des agriculteurs. Pour la viande de porc, la marge de la grande distribution est passée de 47,5% du prix au kilo en 2011 à 49,3% en 2014. Sur la même période, la part revenant aux agriculteurs a diminué.

Oui mais... les circuits courts sont loin d'être une solution miracle pour les éleveurs. Pour Lucien Bourgeois, il est nécessaire de soutenir les acteurs qui prennent des initiatives en ce sens. "Cela peut fonctionner à condition de donner des primes à ceux qui mettent en place ce type de modèles", imagine-t-il. Cependant, plusieurs contraintes freinent l'adoption de ce mode de consommation par les amateurs de viande. "Il faut encourager le développement de cette solution, mais on ne peut pas nourrir tout le monde avec les circuits courts", confirme la FNSEA. La grande distribution reste le principal débouché pour les agriculteurs. A noter aussi que la filière bovine fait face à des problèmes d'ordre logistique. "Les circuits courts se développent, mais ce n'est pas facile d'acheter une vache. Ces produits demandent un minimum de transformation pour être vendus, et ce n'est pas simple avec des produits frais"

3En variant les morceaux de viande

La consommation de viande s'est recentrée sur quelques morceaux plébiscités par les consommateurs et mis en avant dans les boucheries et dans les rayons des supermarchés. Le consommateur connaît seulement six morceaux en moyenne, alors qu’un bœuf en comporte plus d’une trentaine. Le fait que des morceaux de viande, comme l'araignée ou encore la poire, soient boudés a des conséquences économiques réelles pour les agriculteurs. "Cela pose le problème de la valorisation de la vache, car le consommateur se focalise sur quelques morceaux", assure François Carlier. 

Ces habitudes prises par les Français doivent être bousculées, selon la FNSEA, qui estime qu'il faut développer "la pédagogie de la viande" en remettant des artisans bouchers dans les grandes surfaces. Un point de vue partagé par le délégué général de la CLCV : "Il faut réapprendre à aimer et consommer les morceaux délaissés. Il faut les demander à son boucher jusqu'à ce que l'effet de mode atteigne la grande distribution." Une manière de faire vivre le commerce artisanal, selon François Carlier, et d'augmenter le rendu à l'éleveur. 

4En laissant tomber les produits transformés

Dans les rayons des magasins, on trouve des produits bruts, mais aussi, et en quantité, des produits transformés, comme le steack haché ou la charcuterie. Pour ces produits, les agriculteurs font face à la concurrence des viandes espagnole, allemande ou encore polonaise. Elles se vendent 15 à 20% moins cher que la française. Pour la FNSEA, il est nécessaire d'aiguiller les amateurs de viande. Le syndicat souhaiterait que l'origine de la viande utilisée soient clairement indiquée sur les emballages, notamment sur les plats préparés. 

Les industriels qui concoctent ces plats visent des matières premières à des prix plus faibles. Et la viande est le produit brut qui coûte cher aux industriels. "Cela pose un problème nutritionnel, mais c'est aussi problématique, car il y a un décalage entre la publicité du produit et ce qu'il contient réellement. Mais, de plus en plus, les consommateurs sont attentifs à la part de viande utilisée dans les plats préparés", estime François Carlier. Selon lui, l'achat de morceaux de viande habituellement délaissés ou encore l'attention portée à la composition des plats préparés sont autant d'actes qui permettent de soutenir les éleveurs.