Contre le Ceta et la malbouffe, "la désobéissance civile et la non-violence sont les armes des citoyens", selon José Bové

Vingt ans après l'action contre le McDonald's de Millau, José Bové appelle à de nouvelles formes d'action contre les accords de libre-échange.

José Bové, le 23 avril 2019 à Montpellier (Hérault)
José Bové, le 23 avril 2019 à Montpellier (Hérault) (MAXPPP)

"Il va falloir que les citoyens se mobilisent et inventent de nouvelles actions", a déclaré lundi 12 août sur franceinfo José Bové, cofondateur de la Confédération paysanne et ancien député européen (EELV). Au centre de ses préoccupations, les accords de libre-échange avec le Canada (Ceta) et des accords avec des pays d'Amérique du Sud.

Le militant s'exprime 20 ans jour pour jour après la décision par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) d'autoriser les États-Unis à sanctionner l'Europe, qui refusait jusque-là d'importer du bœuf aux hormones. Paysans et militants, dont José Bové, se retrouvaient pour démonter le chantier du McDonald's de Millau (Aveyron), symbole de la malbouffe venue d'Amérique et du début d'un combat pour l'altermondialisme.

franceinfo : Il y a bien un McDonald's à Millau aujourd'hui, comme partout en France. Cela signifie-t-il que vous avez perdu ce combat-là, lancé il y a 20 ans ?

José Bové : Quand on a lancé ce combat, cela faisait une dizaine d'années déjà que nous avions lancé le mouvement contre l'introduction de l'agriculture dans les négociations internationales. Mais à l'époque, nous avions la crise de la vache folle et un nombre de problèmes alimentaires absolument invraisemblables. Cette action à Millau a permis au grand public de comprendre que dans leur assiette, tous les jours, la mondialisation faisait des ravages.

Cette action a été le grand coup d'envoi et le point de départ d'un mouvement très important. Il y a eu ensuite la grande manifestation de Seattle (États-Unis), la réunion de forums sociaux mondiaux et une prise de conscience au niveau international des dégâts que faisait ce libéralisme débridé, où on ne respecte ni les droits du travail, ni le droit de l'environnement, ni le droit à la souveraineté alimentaire des peuples.

Vous aviez conscience à ce moment-là de déclencher ce mouvement altermondialiste ?

Au moment où nous menions l'action, il s'agissait de faire prendre conscience et de dire à l'Union européenne qu'il fallait résister coûte que coûte et qu'il ne fallait pas que le bœuf aux hormones rentre. Mais de la même manière aujourd'hui, je dis à la France et à l'Union européenne qu'il ne faut pas que le poulet chloré en provenance du Canada puisse rentrer. Il ne faut pas que le bœuf aux hormones, ou avec des activateurs à base d'antibiotiques, rentre sur le marché.

Il y a une prise de conscience. Les consommateurs ont découvert ce qu'était la "malbouffe". C'est rentré dans le langage courant, tout comme le fait que de plus en plus de paysans se convertissent à l'agriculture biologique, que le Giec, qui travaille sur le climat, ait alerté encore la semaine dernière sur le ravage des terres agricoles, leur destruction, leur bétonnage absolument invraisemblables à travers la planète.

Qu'attendez-vous du gouvernement français et des institutions européennes pour faire changer les choses ?

Je suis déçu de la ratification du Ceta. Demain, les élus ont une nouvelle chance, on va voir s'ils vont la prendre. Il y a la prochaine réforme de la politique agricole commune (PAC). Cette réforme, qui doit être votée en octobre ou en novembre, est une catastrophe environnementale et va renforcer encore le poids de l'agroalimentaire. J'attends du président de la République et du gouvernement qu'ils disent qu'ils n'acceptent pas ce nouveau projet de réforme de la PAC, qui va éliminer encore des paysans, et aggraver encore la situation environnementale de la planète.

Aujourd'hui, ce que je ne comprends pas, ce sont les discours de nos gouvernants qui nous disent tous les matins qu'il faut respecter le climat et qu'il faut faire en sorte que les choses bougent, alors que dans les faits rien ne change. Quand j'ai vu que le Parlement français avait ratifié l'accord sur le Ceta et que demain ils feront la même chose avec l'accord avec le Mercosur, en nous expliquant que ça ne pose pas de problème pour le climat, il y a de quoi être en colère.

À un moment, il va falloir que les citoyens se mobilisent et inventent de nouvelles actions. Cela va se faire et je serai partie prenante. Il est important de renforcer tous ces combats-là. Pas simplement en France et en Europe, mais à travers l'ensemble des continents, parce que c'est quelque chose qui nous concerne tous.

Vous avez combattu ces dernières années au Parlement européen en tant qu'eurodéputé. Pourriez-vous encourager aujourd'hui les militants altermondialistes à des actions fortes comme il y a vingt ans ?

À chaque époque correspondent des actions, des façons de mener l'action syndicale ou l'action citoyenne. De nouvelles formes existent. Je pense par exemple à cette action très symbolique : ces gens qui ont enlevé les portraits du président de la République des mairies, pour dire qu'il faut que les actes soient en cohérence avec les discours. Au mois d'août, ils vont remettre un certain nombre de ces portraits au moment du sommet du G7 à Biarritz.

On va bien voir ce qu'il va se passer. Mais aujourd'hui, il faut d'abord vaincre sa peur et savoir qu'on peut agir. Il faut assumer ses actes. La désobéissance civile et la non-violence sont les armes des citoyens, aucune puissance ne peut contrecarrer cette volonté.