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Canicule : il faut "veiller au bien-être animal en cette période", alerte un agroclimatologue

Quinze départements de l'ouest de la France ont été placés en vigilance rouge par Météo France, dimanche. 51 autres sont en en orange. Des records de températures risque d'être battus en début de semaine et tout le monde en souffre… y compris les animaux.

Article rédigé par franceinfo
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Une vache de race Limousine devant un abreuvoir à Vivoin (Sarthe), le 5 août 2020, au cours d'un épisode caniculaire. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Quinze départements de la façade Atlantique, dont la Bretagne, sont placés par Météo France en vigilance rouge canicule dimanche 17 juillet. En cette période de canicule, il faut "veiller au bien-être animal en cette période", a alerté dimanche 17 juillet sur franceinfo Serge Zaka, docteur en agroclimatologie chez ITK, spécialiste des effets du changement climatique sur l’agriculture. Serge Zaka précise qu'il y a "énormément d'adaptation" à faire pour les éleveurs pendant ces périodes. Selon lui, "c'est un avant-signe de ce qui peut se passer" à l'avenir partout en France. Il faut donc "observer le comportement des animaux, pour s'adapter dans les prochaines dizaines d'années", conseille l'agroclimatologue.

>> Intensité, durée, mortalité... On a comparé les canicules qui ont frappé la France depuis 1947

franceinfo : Est-ce que les animaux souffrent particulièrement en ce moment ?

Serge Zaka : Oui. Les animaux n'ont pas les mêmes seuils de sensibilité que les hommes. Une vache laitière, par exemple, à partir de 25 degrés elle a une diminution de sa rumination. Elle mange moins. A partir de 31 degrés, elle produit moins de lait. Et à partir de 40 degrés, on commence à avoir du stress beaucoup plus important qui peut impacter notamment la reproduction. Donc oui, cela a des impacts sur le bien-être animal. C'est important dans la société actuelle où l'on pense beaucoup au bien-être animal.

"Chaque jour, on peut avoir 10 à 40% de diminution de lait selon la température".

Serge Zaka, agroclimatologue

franceinfo

Cela a des impacts également sur le revenu de l'agriculteur. Cumulé sur l'ensemble de la canicule, cela fait des pertes conséquentes. 

Est-ce que les animaux qui restent enfermés souffrent davantage ?

Tout à fait. La plupart des bâtiments d'élevage qu'on a construit il y a 30 ou 40 ans ne sont adaptés à ce type de température. Il y a un gros travail au niveau du ministère de l'Agriculture pour remettre aux normes sur ces bâtiments-là. Et en plus, les animaux enfermés, typiquement les volailles et les porcs, sont plutôt au niveau du sol. Et c'est au niveau du sol en général qui fait le plus chaud. Même dans les bâtiments, ils peuvent ressentir des températures supérieures de 3 ou 4 degrés par rapport à ce qu'un humain peut ressentir. Donc, là, on peut dépasser très localement le seuil létal de température, notamment en Bretagne pour tous les porcs, et également dans le sud de la France pour les volailles. Et c'est là où l'on peut avoir des mortalités. J'invite tous les agriculteurs à veiller au bien-être animal en cette période de canicule.

Qu'existe-t-il de manière immédiate pour adapter l'agriculture et l'élevage à cette période de canicule ?

Sur le long terme, ce sont les bâtiments d'élevage qu'il faut revoir. Mais sur le court terme, il y a énormément d'adaptation. Il y a par exemple de la ventilation à mettre en place, par exemple des ventilateurs, des brumisateurs. Il y a une modification des rations alimentaires à faire. Plutôt nourrir les animaux aux heures fraîches, là où il fait le plus frais, le matin et le soir. C'est un peu ce qu'on fait également pour les humains. Ce qu'on fait pour les humains, c'est ce qu'il faut reproduire pour les animaux. Pour les bovins qui sont à l'extérieur, soit on peut les garder en bâtiment si le bâtiment est bien aux normes climatiques, soit quand il y a des pâtures, il faut les mettre dans des pâtures ombragées. C'est juste du bon sens. Cela fait déjà à peu près une semaine que l'on parle de cette canicule. J'espère que les systèmes de protection sont mis en place.

Est-ce que la canicule prend de court une partie de l'agriculture en Bretagne qui n'a pas eu le temps de s'adapter ces dernières années, alors que dans les régions un peu plus chaudes, le Sud-Est ou la vallée du Rhône, l'agriculture a déjà commencé à évoluer ?

Même en Bretagne, l'agriculture a commencé à évoluer. Là, on parle d'un pic de chaleur. Ce n'est pas une chaleur que l'on aura tout le reste de l'été. C'est un pic de chaleur qui va durer un à deux jours. La bonne nouvelle, c'est qu'en un à deux jours, on n'a pas ce que l'on appelle un cumul thermique qui peut stresser encore plus ces animaux, une fatigue corporelle qui s'installe, comme pour les hommes. Cette fatigue corporelle peut entraîner encore plus de dégâts, notamment sur la reproduction. Mais c'est un avant-signe pour la Bretagne de ce qui pourrait se passer. Parce que dans les projections du Giec, cela pourrait durer plus longtemps et être plus fréquent. C'est un avant-signe de ce qui peut se passer. Donc il faut vraiment bien observer le comportement des animaux, pour ensuite mieux s'adapter dans les prochaines dizaines d'années, pour faire face à ce type d'évènement. La carte de vigilance de Météo France, le vert, orange, rouge, concerne les hommes, mais il n'existe pas encore d'équivalent pour les animaux et je pense qu'il est urgent de commencer à travailler sur ce système.

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