Les démissions au plus haut dans les entreprises françaises depuis la crise de 2008

La France a enregistré près de 520 000 démissions par trimestre, à la fin de l'année 2021 et au début de l'année 2022, selon la Dares, qui y voit un signe de reprise économique.

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Une femme travaille dans les bureaux d'une entreprise du quartier d'affaires de La Défense, près de Paris, le 14 décembre 2020. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

La "grande démission" arrive-t-elle en France comme aux Etats-Unis ? Le ministère du Travail dévoile jeudi 18 août une étude de la Dares qui apporte des éléments de réponse. Le nombre de démissions a atteint un niveau "historiquement haut", relève la Dares, avec près de 520 000 démissions par trimestre, dont 470 000 démissions de salariés en CDI, à la fin de l'année 2021 et au début de l'année 2022.

Rapporté au nombre de salariés, le taux de démissions atteint donc 2,7% au premier trimestre 2022, son plus haut niveau depuis la crise financière de 2008-2009. Ce taux reste légèrement inférieur au niveau atteint juste avant cette crise, début 2008 (2,9%), note la Dares. Il existe donc bien un phénomène de départs important, mais il n'est ni "inédit, ni inattendu", nuance la Dares.

Ces chiffres reflètent le contexte économique. "Le taux de démission est un indicateur cyclique, explique la Dares dans sa note. Il est bas durant les crises et il augmente en période de reprise, d'autant plus fortement que l'embellie conjoncturelle est rapide."

"De nouvelles opportunités d'emploi"

Compte tenu des incertitudes qui pesaient notamment sur l'économie, ce taux était logiquement bas durant la crise sanitaire du Covid-19. "Les salariés ne prennent pas le risque de démissionner s'ils ne sont pas assurés de trouver un autre emploi ensuite", analyse Michael Orand, statisticien à la Dares et coauteur de l'article. Les démissions de salariés en CDI ont ainsi chuté à 241 179 au deuxième trimestre 2020, alors qu'elles oscillaient entre 360 et 390 000 les deux années précédentes.

Au sortir de la crise, l'économie a fortement et rapidement redémarré, et la tendance s'est inversée. "Lors de l'expansion économique, il existe de nouvelles opportunités d'emploi, ce qui incite à démissionner plus souvent", poursuit la Dares.

Alors que de nombreux secteurs, comme les services ou l'industrie, peinent à recruter, les employeurs sont tentés d'augmenter les salaires ou de faire des concessions, sur le télétravail notamment, pour embaucher.

"Le pouvoir de négociation" aux salariés

Le taux de démissions à la hausse "reflète le dynamisme du marché du travail et une situation dans laquelle le pouvoir de négociation se modifie en faveur des salariés", résume la Dares.

Ces démissions sont d'ailleurs synonymes d'activité. D'après les analyses de la Dares, au deuxième semestre 2021, environ 8 démissionnaires en CDI sur 10 ont retrouvé un emploi dans les 6 mois. La hausse des démissions en France n'est pas associée à un nombre inhabituel de sorties du marché du travail. Le taux d'emploi en France (68% au premier trimestre 2022) est ainsi plus élevé qu'avant la crise sanitaire. Il continue de progresser pour toutes les tranches d'âge. Après une baisse au deuxième trimestre de 2020 (26,9%) chez les 15-24 ans, également observable chez les 25-49 ans, le taux d'emploi des jeunes est dorénavant "historiquement haut", commente Michael Orand.

Toute comparaison avec la situation outre-Atlantique serait cependant malvenue. "L'expression de 'grande démission' utilisée aux Etats-Unis, ne se calque pas à la situation en France, notamment parce que l'indicateur du taux d'emploi inquiète aux Etats-Unis, ce qui n'est pas du tout le cas ici", insiste Michael Orand.

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