Le gouvernement a-t-il raison d'attribuer la hausse du chômage aux attentats de juillet ?

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, justifie un résultat "nettement moins favorable que ceux des mois précédents" par une baisse d'activité dans les secteurs du tourisme. Mais ce facteur n'explique pas à lui seul ce chiffre.

Dans une agence Pôle emploi à Paris, le 25 mars 2016.
Dans une agence Pôle emploi à Paris, le 25 mars 2016. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

C'est une douche plus que froide pour le gouvernement. Le taux de chômage est reparti à la hausse en aoûtaprès plusieurs mois encourageants. Au total, fin août, 3,56 millions de demandeurs d'emploi sans activité étaient inscrits sur les listes de Pôle emploi en France métropolitaine, soit une hausse de 1,4% par rapport à juillet. Du jamais-vu depuis janvier 2013.

La ministre du Travail a déploré ce résultat, lundi 26 septembre. Myriam El Khomri  l'explique en partie par les "difficultés rencontrées dans certains secteurs d'activité particulièrement affectés par les attentats de juillet" à Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray. Alors, fausse excuse ou vraie raison ?

Oui, la saison touristique a été moins bonne

C'est désormais une réalité : les attentats ont affecté le tourisme français. Dans la foulée du 13 novembre 2015, l'Hexagone était boudé par les voyageurs internationaux. Le phénomène s'est poursuivi avec l'attentat du 14-Juillet à Nice, qui a entraîné une baisse des réservations de vols et de locations ainsi qu'une chute de la fréquentation des lieux touristiques et des activités autour.

"On s'y attendait. Il y a eu un vrai trou d'air après les attentats dans certains secteurs liés au tourisme, notamment l'hôtellerie-restauration et le commerce de loisirs", justifie le ministère du Travail, qui évoque un "climat des affaires plombé" en août. "La crise du tourisme a été particulièrement violente chez les saisonniers", confirme l'économiste Bertrand Martinot dans Les Echos.

Cette "crise du tourisme" explique la hausse du taux de chômage chez les moins de 25 ans au mois d'août. Il a particulièrement augmenté dans la catégorie A (catégorie des sans emploi) : +2,3% par rapport au mois de juillet. En effet, les jeunes forment le gros des bataillons des saisonniers.

Non, la hausse est générale et la croissance pas assez forte

Toutefois, les difficultés rencontrées dans les secteurs du tourisme ne fournissent qu'une partie de l'explication des mauvais résultats du mois d'août. Car la hausse frappe toutes les classes d'âge, les jeunes comme les seniors (+1,2%).

Il faut aussi prendre en compte un facteur technique : l'augmentation du nombre d'actualisations des demandeurs d'emploi. De quoi s'agit-il ? A la fin de chaque mois, les demandeurs d'emploi sont tenus de déclarer leur situation à Pôle emploi, sous peine d'être désinscrits d'office. Depuis le 1er janvier, l'actualisation est possible entre le 28 et le 15 du mois suivant.

Or, les chômeurs ont tendance à mettre à jour leur situation les jours ouvrés. "Et comme il y a eu deux jours ouvrés de plus sur la période allant du 28 juillet au 15 août par rapport à celle allant du 28 juin au 15 juillet, Pôle emploi a enregistré beaucoup moins de défauts d'actualisation (172 000 contre 231 000) et donc beaucoup moins de 'sorties' de ses statistiques", soulignent Les Echos.

"Ces effets techniques existent, ils sont très difficiles à évaluer et jouent parfois dans un sens, parfois dans l'autre", estime Bertrand Martinot. Le gouvernement "n'a pas essayé l'essentiel" pour faire baisser le chômage, a-t-il martelé mardi matin sur franceinfo"Tant que vous êtes entre 1 et 1,5 de croissance, vous pouvez difficilement faire baisser le chômage", analyse encore l'économiste. "On voit aussi clairement que la croissance piétine", réagit également Mathieu Plane, économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques, interrogé par l'AFP.

Les statistiques de Pôle emploi demandent à être confirmées par l'Insee

Avant cette flambée, le chômage s'inscrivait en effet depuis le début de l'année sur une tendance à la baisse. Il avait atteint fin juillet son plus bas niveau depuis février 2015, dans un contexte où tous les autres indicateurs étaient dans le vert (créations d'emplois, taux de chômage de l'Insee, embauches...). L'industrie, par exemple, fait figure de bon élève. Le secteur est "depuis quelques trimestres sur une amélioration (...) avec des investissements qui repartent", a expliqué sur franceinfo Philippe Darmayan, président du Groupe des fédérations industrielles.

La ministre du Travail l'a bien compris. "La tendance depuis le début de l'année est à la baisse du chômage, elle reste à la baisse du chômage (...) Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'Insee, qui dit que depuis un an le taux de chômage en France est passé de 10,5% à 9,9%", a répété Myriam El Khomri sur Radio Classique mardi matin. De fait, selon les chiffres dévoilés lundi, le chômage reste en baisse depuis le début de l'année (-23 700 sans activité) et sur un an (-10 900).

Mais le gouvernement semble oublier que l'embellie coïncide avec la mise en place du plan de 500 000 formations supplémentaires. Or, en entrant en formation, les demandeurs d'emploi quittent les catégories A, B ou C de Pôle emploi, pour rejoindre la catégorie D. Cette tranche est moins commentée chaque mois lors de la publication des chiffres du chômage. Elle mérite pourtant qu'on y prête attention en ce moment, car elle a atteint un niveau record en août, à 325 200 personnes, alors qu'elle n'avait jamais dépassé les 287 000 avant 2016.

Pour savoir s'il y a "une forme de trou d'air au mois d'août", liée notamment aux attentats, il faut donc attendre la publication par l'Insee du taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) pour le troisième trimestre. Ce chiffre permettra d'y voir plus clair, car il est indépendant des aléas administratifs. Rendez-vous à 7h30, le 17 novembre.