Réforme de l'assurance chômage : "Le travail doit payer plus" que le chômage, affirme Muriel Pénicaud

Selon la ministre du Travail, "c'est faux de dire que tout le monde sera impacté". Pour "tous ceux qui ont travaillé en CDI et qui sont au chômage, il n'y a aucun changement".

Muriel Pénicaud, ministre du Travail, à l\'Elysée, le 21 octobre 2019.
Muriel Pénicaud, ministre du Travail, à l'Elysée, le 21 octobre 2019. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS)

Quelques semaines après son adoption au Parlement, la réforme de l'assurance chômage entre en application vendredi 1er novembre. Les conditions d'accès sont durcies et les règles d'indemnisation changent. "Aujourd'hui, un demandeur d’emploi sur cinq gagne plus quand il est au chômage que lorsqu’il travaille et ça ce n’est pas logique", a expliqué sur franceinfo Muriel Pénicaud, la ministre du Travail. "Le travail doit payer plus, et c’est l’anomalie qu’on corrige".

L'Unedic estime que 850 000 personnes vont voir leurs indemnités diminuer de 20% en moyenne avec cette réforme. Comment vous le justifiez ?

Muriel Pénicaud : On corrige une situation. Aujourd'hui, en alternant des contrats, on gagne plus quand on entre au chômage qu'au moment où on travaillait. Ce n'est pas logique. À partir du 1er avril, ceux qui alternent les contrats courts, quand ils seront au chômage, ils auront une indemnité entre 65 et 96 % du salaire qu'ils avaient en travaillant. Et à chaque fois qu'ils travaillent un jour, ils auront deux jours d'indemnité chômage. Il faut dans les deux ans cumuler six mois (et ça peut être sur plusieurs contrats), et avec ça on a le droit au chômage. C'est faux de dire que tout le monde est impacté. Tous ceux qui ont travaillé en CDI et qui sont au chômage, il n’y a aucun changement. Le niveau d'indemnité ne change pas. Par contre oui, aujourd’hui il y a un demandeur d’emploi sur cinq qui gagne plus quand il est au chômage que lorsqu’il travaille et ça ce n’est pas logique. Le travail doit payer plus.

Quand vous dites que le travail doit payer plus, ça doit passer aujourd’hui par un chômage qui rapporte moins à ceux qui ont ouvert des droits ?

Ça ne rapporte pas moins puisqu’on ne change pas le niveau d’indemnisation. Ils seront indemnisés plus longtemps, mais on n’aura jamais plus en indemnité chômage qu’au travail. Le travail doit payer plus, et c’est l’anomalie qu’on corrige.

Vous dites dans les prochaines années, il y aura moins de contrats courts en France ?

Oui, parce qu’on va pénaliser les employeurs qui exagèrent avec les contrats courts. Moi je ne peux pas me résigner à voir que 9 embauches sur 10 sont des CDD courts ou de l’intérim. La réforme, elle fait ça aussi.

Est-ce qu’il y a une volonté d’économies derrière cette réforme ?

La précarité, oui, elle coûte cher au régime d’assurance chômage, payé par l’impôt, par tout le monde et les entreprises. Et le problème, c’est qu’il y a 35 milliards de dette, la deuxième après la SNCF. S’il y a une crise dans 10 ans, comment on va faire pour payer ?