"Je fais comment en cas de grippe ?" : la fin du remboursement de certains arrêts de travail en téléconsultation suscite la colère des patients

Le gouvernement veut dérembourser dès le 1er juin 2023 ces arrêts de travail délivrés par téléconsultation par un médecin qui n'est pas le médecin traitant du patient, dans le cadre du projet de budget de la Sécurité sociale. Des syndicats de médecins généralistes y sont favorables.

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Radio France
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Une téléconsultation de médécine. (Photo d'illustration)  (RICHARD VILLALON / MAXPPP)

L'annonce du gouvernement rend Caroline "furieuse". Habitante de la Seine-Saint-Denis, un désert médical, elle ne comprend pas que les arrêts délivrés en téléconsultation par un médecin autre que le médecin traitant ne soient plus remboursés par la sécurité sociale, dès le 1er juin 2023. "Pour mon médecin traitant, je n'ai pas de rendez-vous avant trois semaines, explique-t-elle. Je fais comment, par exemple, dans le cas d'une grippe ? 40 de fièvre pendant trois ou quatre jours, je ne suis pas capable de travailler. Si je vais au boulot, je vais contaminer mes collègues, donc il me faut un arrêt de travail. Ce n'est pas un arrêt de travail de complaisance", s'agace-t-elle. 

Caroline, qui téléconsulte souvent, a même installé une application dédiée sur son portable. "J'ai déjà eu des arrêts de travail par ce biais-là et j'en ai même eu un pour 'surmenage'. Je suis tombée sur un docteur qui était plutôt compréhensif et qui m'a fait un arrêt de travail de cinq jours." 

"Une dérive sur la téléconsultation industrielle"

"Sur l’année dernière, 110 000 arrêts de travail ont été faits par téléconsultation. C’était deux fois plus que l’année précédente et ce sera deux fois plus cette année", indique ce mardi sur franceinfo François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention. "Sur ces 110 000 arrêts de travail, dans 8 cas sur 10, ce sont des patients qui ont un médecin traitant et qui se sont fait faire un arrêt de travail par un autre médecin. Ça interroge", explique-t-il.

Avec, l'idée, aussi que ces arrêts délivrés en visio ont coûté 95 millions d'euros à la Sécurité sociale, l'an dernier, pour des rendez-vous "très expéditifs", selon Jean-Christophe Nogrette, du syndicat de généralistes MG France. "Quand on a à revoir des patients qui ont téléconsulté, il nous disent tous 'Ca c'est passé en cinq minutes, j'ai demandé si je pouvais être arrêté. On m'a dit pas de problème, je vous mets la semaine, avance-t-il. Il y a manifestement une dérive sur la téléconsultation industrielle", tranche ainsi Jean-Christophe Nogrette. 

Face à cela, dès l'été prochain, pour être remboursé, il faudra donc s'adresser à son médecin traitant, ou à un médecin déjà consulté au cours des douze derniers mois. Sur franceinfo, François Braun assure néanmoins que des "cas particuliers" pourront être "traités au coup par coup", par exemple si une "personne âgée qui est dans une zone sous-dotée, qui n'a plus de médecin traitant parce qu'il a arrêté de travailler, elle pourra recourir ponctuellement s'il le faut à un arrêt de travail" via téléconsultation avec un autre médecin.

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