"Je ne vois pas quelqu'un de 64 ans faire notre métier" : le monde du BTP s'inquiète de la réforme des retraites

Dans certaines professions aux conditions de travail difficiles, comme le BTP, on s'inquiète d'être les grands oubliés de la réforme des retraites.

 Illustration. Des ouvriers dans un tunnel de métro, à Paris.
 Illustration. Des ouvriers dans un tunnel de métro, à Paris. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

"J'ai tout mon squelette qui est en vrac. J'ai une ceinture pour le dos, des antidouleurs, des choses comme ça..." À tout juste 53 ans, Franck est fier de son métier. Il a participé à la construction d'autoroutes en Île-de-France, d'abord comme manœuvre puis comme conducteur d'engins. Mais aujourd'hui, il se dit "déglingué de partout" à cause de ses conditions de travail.

Alors que l'examen des amendements au projet de loi pour la réforme des retraites se poursuit à l'Assemblée nationale, Édouard Philippe, le Premier ministre s'est engagé à recevoir l'ensemble des organisations syndicales et patronales en début de semaine prochaine. Objectif pour l'exécutif : faire le point sur les concertations engagées depuis janvier, sur les questions de pénibilité par exemple. Car la réforme prévoit de faire travailler les Français plus longtemps, mais pour certains métiers physiquement usants, comme le BTP, cela est difficile à envisager.

De difficiles conditions de travail

Franck comme nombre de ses collègues craignent d'être les grands oubliés de la réforme : "La douleur est permanente, c'est devenu chronique. J'ai commencé jeune à travailler et à l'époque on faisait beaucoup de choses à la main. On cassait les routes au marteau-piqueur, on chargeait les gravats à la pelle. Par la suite, j'ai conduit des compacteurs vibrants pendant des années, c'est ce que les gens appellent les "rouleaux compresseurs". J'étais soumis à des vibrations des dizaines d'heures par jour. Tout cela, c'était des conditions de travail assez dures."

Lui est catégorique, il ne parviendra pas à travailler jusqu'à 62 ans, l'âge légal de départ à la retraite. Il n'est d'ailleurs pas le seul. À 60 ans, la moitié des ouvriers du BTP n'est plus en activité, au chômage après un licenciement pour inaptitude, en maladie ou en invalidité.

"On ne peut pas faire des aménagements pour tout le monde" 

La faute à des aménagements de fin de carrière encore rares, déplore Lyes, chef de chantier : "Dans notre entreprise les seuls qui sont allés jusqu'à 62 ans, c'est avec un aménagement de poste. Quand on peut, la personne ne travaille plus réellement... Elle fait chauffer la gamelle aux collègues, elle fait le ménage dans les bungalows. Mais ça c'est une personne dans un chantier qui compte une cinquantaine d'ouvriers, on ne peut pas faire des aménagements pour tout le monde." 

Aujourd'hui on nous parle d'un âge pivot à 64 ans voire plus... Je ne vois pas quelqu'un faire notre métier à 64 ans, dans des milieux confinés, dans des égouts, c'est inimaginable.Lyes, chef de chantier

Face à ce constat, les syndicats avancent en ordre dispersé. La CGT réclame un départ anticipé dès 55 ans pour les salariés du BTP. La CFDT milite de con côté pour que les quatre facteurs retirés du compte pénibilité en 2017 soit réintégrés, à savoir le port de charge lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et risques chimiques. Ou à défaut, que les métiers pénibles soient reconnus au niveau des branches professionnelles.

Le reportage de France Info
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