Amazon : des cadences qui usent ?

L'enseigne Monoprix a annoncé cette semaine que ses produits seront désormais disponibles sur le site du géant américain Amazon. Une expansion qui impose des cadences de plus en plus intenses dans les centres logistiques. Les syndicats dénoncent un malaise social au cœur des équipes. 

France 2

5h50 dans le centre logistique de Douai (Nord). Échauffement obligatoire pour les préparateurs de commande d'Amazon. Poignets, épaules, genoux : quelques mouvements en musique pour se préparer à une journée éprouvante et éviter les accidents du travail. Se baisser, se relever : les "pickers" sont chargés de collecter les articles dans un stock aux 20 millions de références, au rythme d'un toutes les 20 secondes selon nos calculs, et ce pendant sept heures avec une pause.

Burnouts, dépressions, tentatives de suicide...

Derrière cette exigence de productivité, la promesse d'Amazon de livrer ses 24 millions de clients dans les temps, parfois en moins de 24 heures. Mais aujourd'hui, le centre logistique de Montélimar (Drôme), se retrouve au cœur de la polémique. En cause : des cadences et des conditions de travail qui useraient les employés. Amazon est même ici dans le viseur de la Carsat, la caisse qui s'occupe des accidents du travail, qui tire la sonnette d'alarme et signale de graves dysfonctionnements : burn out, dépressions et même tentatives de suicide.

Ancienne préparatrice de commande, Anna Maria a accepté de nous parler. Elle n'a que 47 ans, mais le moindre geste du quotidien la fait souffrir. Un an après avoir été embauchée, elle ressent de violentes douleurs à l'épaule gauche. Le médecin du travail diagnostique une tendinite doublée d'une grave inflammation qui l'empêche de lever le bras. Elle est arrêtée pendant un an, puis reprend son poste, qui doit être adapté. Mais selon elle, Amazon ne fait rien. Anna Maria est déclarée partiellement invalide par la médecine de travail. Comme la loi l'impose, Amazon doit lui proposer des solutions de reclassement et lui envoie un épais dossier d'offres internationales en anglais ; elle n'en parle pas un mot. Sans reclassement possible, elle est finalement licenciée et attaque aujourd'hui l'entreprise avec son avocat pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Si Amazon ne fait rien d'ici juin, son taux de cotisations patronales sera doublé. Pas sûr que cela effraie un groupe qui pèse 178 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

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Une employée d\'Amazon dans l\'entrepôt de Peterborough (Grande-Bretagne), le 15 novembre 2017.
Une employée d'Amazon dans l'entrepôt de Peterborough (Grande-Bretagne), le 15 novembre 2017. (CHRIS J RATCLIFFE / AFP)