Retraites : "On va mobiliser sur le projet de réforme", annonce Force ouvrière

"Cesser le travail ensemble, très majoritairement dans le pays, serait le moyen de se faire entendre", a déclaré jeudi sur franceinfo Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière.

Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière, le 7 février 2019 à Paris.
Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière, le 7 février 2019 à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)

Reprise chaotique d'Ascoval, hausse des prix de l'électricité, réforme de la fonction publique, des retraites… Les syndicats sont appelés à se battre sur tous les fronts. Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière, annonce d'ores et déjà une mobilisation sur les retraites. "À un moment donné, s'il le faut, la grève sera le choix que nous ferons", avertit le syndicaliste, jeudi 16 mai sur franceinfo.

franceinfo : La reprise d'Ascoval se fera malgré tout, a assuré mercredi Bruno Le Maire. Êtes-vous aussi optimiste que le ministre de l'Économie ?

Yves Veyrier : Je veux l'être. D'abord, il y a l'emploi des 270 salariés qui ont déjà eu une mauvaise surprise au mois de décembre avec une première reprise avec un franco-belge qui n'a pas fonctionné. Là, l'espoir était revenu mais on avait dit qu'on était quand même sur nos gardes. Le ministre a fait une déclaration qui semble effectivemement assez ferme sur le maintien des engagements, y compris ceux de l'État. C'est très symbolique. C'est de l'aciérie de haut niveau, électrique, qui est moins consommatrice en gaz à effet de serre, donc il y a aussi la dimension environnementale, qui est bien positionnée en termes de dessertes fluviale, ferroviaire et routière. Il faut que l'État fasse des démonstrations. Il y a eu trop d'échecs récemment : la papeterie Arjowiggins, Ford Blanquefort… Là, il faut absolument que l'État et les collectivités territoriales fassent le maximum pour que ça fonctionne.

Les prix de l'électricité vont augmenter de 6% au 1er juin. Est-ce que cette hausse est justifiée ?

Non, elle n'est pas justifiée parce qu'il y a une partie de la hausse qui sert à rémunérer effectivement l'opérateur public EDF mais il y a une partie de la hausse, 3%, la moitié à peu près, qui n'a d'autre objectif que de faire en sorte que le coût de l'électricité vendue par l'opérateur public soit plus élevé pour que les concurrents privés soient en situation de compétition. C'est absolument incompréhensible. C'est encore le dogme de la concurrence qui l'emporte et qui ne répond pas à ce qu'on nous demandait, c'est-à-dire que la concurrence fasse baisser les prix. Donc on n'est pas d'accord avec ça. Et puis, il y a un problème de fiscalité. La fiscalité sur l'électricité est beaucoup trop élevée, 20%, une partie finance l'éolien. C'est un bien de première nécessité. On devrait la ramener à 5,5%.

Le mois dernier, FO a claqué la porte de la concertation sur les retraites. Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, a déclaré hier que la réforme était bien une question de dépenses publiques et non de justice comme le disait jusqu'à présent le gouvernement. Un aveu ?

Cela confirme ce que j'ai dit lorsqu'on a commencé à venir sur l'âge. Les masques tombent définitivement et donc on a bien fait de quitter une concertation où manifestement on nous a fait du théâtre et du spectacle parce que la réalité, d'ailleurs le président de la République l'a dit lui-même, c'est 63-64 ans. On n'est pas d'accord, on n'acceptera pas. On ne reviendra pas et on va mobiliser sur ce projet de réforme qui risque de remettre en cause les régimes existants dont les retraites complémentaires, en particulier celui des fonctionnaires, le code des pensions civiles et militaires et qui n'a d'autre objectif que de faire travailler les gens plus longtemps ou de réduire les droits en termes de niveau de pension. À un moment donné, s'il le faut, la grève sera le choix que nous ferons. Cesser le travail ensemble, très majoritairement dans le pays, serait le moyen de se faire entendre effectivement.

L'État s'était engagé l'an dernier à baisser le nombre de fonctionnaires d'État. Il devait y en avoir 300 de moins mais finalement il y en a eu 200 de plus, a révélé hier la Cour des comptes. Est-ce que vous vous en félicitez ?

Encore une fois, le dogme se heurte à la réalité. Si on veut qu'il y ait un service public qui fonctionne dans des conditions de travail acceptables, on a besoin de moyens. La révision des politiques publiques avait pris pour exemple le Canada lorsqu'on a décidé de ne plus remplacer un fonctionnaire sur deux. Le Canada à l'époque avait mis en place une baisse drastique d'effectifs dans la fonction publique. Depuis, il a dû réviser cette politique et aujourd'hui, le taux d'emplois publics au Canada est en réalité plus élevé qu'en France. Quand on prend un exemple au départ, il faut le prendre jusqu'à l'arrivée. Encore une fois, les services publics de proximité sont venus au centre des débats et si on veut un service public de proximité, ce n'est pas un ordinateur et un clavier. Ce sont des agents qui sont au contact de la population qui en a besoin.