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Quatre questions sur la blessure à la tête d'un manifestant à Paris, après l'utilisation d'une grenade dissuasive

"Le Petit Journal" de Canal + révèle de nouvelles images, lundi 6 juin, de cette intervention policière alors que Romain D., l'homme blessé à la tête, est sorti du coma.

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La place de la Nation, à Paris, sous les gaz lacrymogènes, après la manifestation contre la loi Travail, le 26 mai 2016. (YANN CASTANIER / HANS LUCAS / AFP)

Il est sorti du coma, mais son état de santé reste fragile. Romain D., 28 ans, a été grièvement blessé à la tête après l'usage par un policier d'une grenade dissuasive dite de désencerclement (GMD), pendant une manifestation contre le projet de loi Travail, le 26 mai à Paris.

Que sait-on des circonstances de ce drame ? Alors qu'une nouvelle vidéo est diffusée lundi 6 juin dans "Le Petit journal" de Canal +, francetv info revient sur cette affaire.

Que s'est-il passé le 26 mai ?

"Ce jour-là, à Paris, après dissolution du cortège syndical, un groupe part vers la porte de Vincennes. Rue du Général-Niessel, les policiers du groupe d'intervention de la préfecture interpellent un ado, puis se replient dans un jardinet attenant", relate le quotidien Libération, qui entreprend de raconter tout ce qu'il s'est passé, dans son édition de lundi.

Un attroupement se forme. Il y a quelques journalistes, des passants, des badauds. Romain D. en fait partie. Des policiers arrivent en renfort. Et soudain, l'un d'eux lance une grenade. Un témoin immortalise la scène et la diffuse sur Twitter.

Quelques instants plus tard, "les policiers lancent derechef une bombe lacrymogène en direction des passants s'étant illico greffés autour du corps de Romain, allongé sur le bitume", selon des témoins interrogés par Libération. Les pompiers finissent par arriver, mais après "un temps assez long", selon Hugues Bouget, l'avocat de Romain D., contacté par francetv info.

Deux autres témoins affirment à Libération avoir vu deux gendarmes entrer dans le camion des pompiers. Ils disent ensuite avoir vu, via une vitre latérale, "deux gendarmes casqués se pencher sur lui", le pompier de service restant "en retrait" de la cabine. Le quotidien a également eu accès à l'appel téléphonique passé par Romain D. à des proches, depuis le camion de pompiers. Le jeune homme "crie sa douleur".

Que révèle la vidéo diffusée lundi 6 juin ?

Ce sont les mêmes images, mais vues sous un autre angle. On voit les policier arriver en renfort de plus loin, et de haut. La grenade est lancée et une seconde plus tard, Romain D. s'effondre. Il semble que le projectile de la grenade lui heurte la tempe gauche. "C'est un plan large. Cela apporte une autre vision, qui vient corroborer les faits", commente Hugues Bouget.

Qu'est-ce qui pose problème ?

La grenade lancée est une grenade dissuasive, dite de désencerclement. Comme expliqué dans notre article, ces grenades projettent, jusqu'à une vingtaine de mètres, 18 petits pavés de caoutchouc (et d'éventuels résidus métalliques). L'explosion survient 1,5 seconde après l'activation par le bouchon allumeur. 

Cet équipement doit "être lancé à la main, en le faisant rouler au sol", selon une note policière citée par la Commission nationale de déontologie de la sécurité. Sur les images diffusées sur Twitter, on voit que c'est bien le cas. Sauf qu'après l'avoir lancée, le policier ne regarde pas où elle explose. De plus, cette action doit intervenir "dans un cadre d'autodéfense rapprochée et non pour le contrôle d'une foule à distance".

Par ailleurs, comme le détaille le Code de la sécurité intérieure, les policiers ont pour obligation de procéder à des sommations pour "informer les personnes participant à l'attroupement de l'obligation de se disperser sans délai". Or, selon des images diffusées par "Le Petit journal", ils ne procèdent qu'à une seule sommation, et qui plus est dans le jardinet attenant à la rue.

Où en est l'enquête ?

L'avocat de Romain D. a déposé plainte. Une enquête préliminaire a été ouverte  pour "violence volontaire par dépositaire de l’autorité publique". L'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", s'est auto-saisie de cette affaire. Les enquêteurs ont visionné toutes les images, écouté les trafics radio et effectué des enquêtes de voisinage. Mais leurs investigations ne sont pas encore terminées. "Les [policiers] mis en cause" seront entendus "à la fin" de l'enquête, a précisé lundi la directrice de l'IGPN.

Le parquet aussi a saisi la police des polices. Hugues Bouget espère qu'un juge d'instruction sera rapidement désigné. Il se dit "vigilant" sur la suite des événements. "J'attends de savoir ce qu'il s'est passé. Je suis déterminé à connaître la vérité, et je suis certain qu'on connaîtra la vérité", martèle-t-il.

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