Rebond de la croissance en France : "C'est l'effet de rattrapage", selon un économiste

Malgré une croissance à 7% l'année dernière selon l'Insee, "on ne crée pas plus de valeur ajoutée en 2021 qu'en 2019", a relativisé vendredi sur franceinfo l'économiste Mathieu Plane. Il a expliqué que ces chiffres sont liés à une reprise d'activité après la crise du Covid-19.

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Un ouvrier travaille sur un chantier de construction, le 14 décembre 2021 à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). (STEPHANIE PARA / MAXPPP)

La France a connu un net rebond de sa croissance en 2021, avec une augmentation de 7% de son PIB, selon les chiffres dévoilés par l'Insee vendredi 28 janvier. C'est une première depuis 52 ans mais il faut relativiser ces chiffres, selon Mathieu Plane, invité de franceinfo. "Le simple fait de retrouver des niveaux d'activité d'avant-crise génère beaucoup de croissance", explique celui qui est économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

"C'est l'effet de rattrapage" après la plongée du PIB en 2020 à cause de la crise du Covid-19. Selon lui, "le quoi qu'il en coûte a été efficace mais la gestion de cette dette va être compliquée". La croissance n'est pas forcément uniforme dans tous les secteurs, prévient-il. "La bonne nouvelle, c'est que le commerce, la restauration ou encore le BTP ont recréé des niveaux d'emplois supérieurs à la crise. En revanche, j'ai une inquiétude sur la partie industrielle et sur les prix de l'énergie."

franceinfo : À quoi est dû ce bond de la croissance française ?

Mathieu Plane : On avait beaucoup plongé en 2020, avec une perte historique de 8% du produit intérieur brut (PIB) sur une seule année. C'était la plus forte chute depuis l'après-guerre. Ce plongeon, heureusement, n'a pas été durable. La remontée à la surface a même été plus rapide que prévu, ce qui fait qu'on a eu une reprise assez nette. Le simple fait de retrouver des niveaux d'activité d'avant-crise génère beaucoup de croissance. Ça ne veut pas dire qu'on a une croissance des Trente Glorieuses, ça n'a rien à voir. On ne crée pas plus de valeur ajoutée en 2021 qu'en 2019, mais c'est l'effet de rattrapage.

Les félicitations de Bruno Le Maire sont-elles excessives ?

C'est vrai que le "quoi qu'il en coûte" a été efficace, dans le sens où ça a préservé le tissu industriel : on a eu très peu de faillites, le niveau d'emploi est relativement élevé et le niveau de chômage équivalent à celui d'avant-crise. Maintenant, on n'est pas non plus dans la dynamique d'une grande performance économique historique. La question, c'est si la reconquête industrielle va générer des emplois industriels alors qu'on en a quand même détruits dans cette crise. Ce "quoi qu'il en coûte" a été permis par la dette. Il y aura donc quand même la gestion de cette dette post-crise qui va être compliquée, y compris de la dette privée par les prêts garantis par l'État.

À qui profitent ces bons chiffres de la croissance ?

La croissance reflète le niveau de vie. On a un PIB par personne qui est revenu à peu près à son niveau d'avant-crise. La bonne nouvelle - et qui peut être surprenante - c'est que le commerce, la restauration, les activités de spectacle, les services ou encore le BTP ont recréé des niveaux d'emplois supérieurs à ceux d'avant-crise. En revanche, là où j'ai une inquiétude, c'est plutôt sur la partie industrielle. On voit des déficits commerciaux assez importants. Et puis, il y a le risque sur le prix de l'énergie qui impacte le pouvoir d'achat des ménages et qui augmente les coûts de production des entreprises. Il y a quand même un certain nombre de points assez délicats.

Où en est la France par rapport à ses voisins européens ?

La France s'en sort plutôt pas mal par rapport aux grands pays, pas forcément par rapport aux petits pays d'Europe du Nord qui s'en sortent mieux. Si on prend l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, on est un peu mieux depuis l'été 2020. En fait, la gestion économique et sanitaire nous profite plutôt un peu mieux que ce qu'on peut voir ailleurs.

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