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Pacte d'avenir pour la Bretagne : les "bonnets rouges" ont-ils obtenu ce qu'ils voulaient ?

Pour faire face à la crise économique en Bretagne, le gouvernement a mis en place, en décembre 2013, un pacte d'avenir. Un an après, Manuel Valls se rend dans la région, jeudi, pour dresser un premier bilan.

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France Télévisions
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Une manifestation des "bonnets rouges" devant la préfecture de Morlaix (Finistère), le 14 juin 2014. (  MAXPPP)

Que reste-t-il des colères bretonnes ? Manuel Valls se déplace dans la région, jeudi 18 et vendredi 19 décembre, pour dresser un premier bilan du pacte d'avenir pour la Bretagne. Face aux plans sociaux en série chez Doux, Gad, Boutet Nicolas ou Marine Harvest, et aux manifestations à répétition des "bonnets rouges", le gouvernement a mis en place un plan d'aides aux secteurs bretons en difficulté, signé le 12 décembre 2013.

Le mouvement initié par les "bonnets rouges" a-t-il été efficace ? Francetv info fait le point un an après leur mobilisation. 

Oui, ils ont obtenu des aides financières

Premier constat, la Bretagne a eu droit à des financements spécifiques. Le pacte d'avenir a ainsi été doté d'une enveloppe de deux milliards d'euros. Principaux objectifs : soutenir en urgence les salariés licenciés et financer un plan d'aide à l'agriculture et à l'agroalimentaire.

"A un moment où l'argent public est très rare, le pacte d'avenir a permis de débloquer les crédits dont nous avions besoin. Ce n'est pas le cas partout", assure aujourd'hui le préfet de Bretagne, Patrick Strzoda, son maître d'œuvre. Selon lui, 350 millions d'euros ont été mobilisés, en 2014, pour les salariés licenciés, les filières sinistrées et les exploitations agricoles, ou pour lutter contre la précarité énergétique.

"Le pacte d'avenir a permis au secteur agroalimentaire de passer le pic de la crise. De ce point de vue-là, il a rempli ses missions", renchérit Romain Pasquier, directeur de recherche  en sciences-politiques au CNRS, joint par francetv info. Et de citer le cas de Gad à Lampaul-Guimiliau (Finistère). Sur les quelque 700 salariés qui ont bénéficié de ce dispositif d'accompagnement renforcé après la fermeture de l'abattoire, 48% ont "trouvé une solution durable" : emploi ou formation débouchant "sur un emploi quasiment identifié", affirme le préfet.

Non, des filières agricoles restent fragiles

Certains secteurs rencontrent encore de nombreuses difficultés. Pour Jacques Jaouen, président de la chambre d'agriculture de Bretagne, le pacte est "surtout un recyclage d'enveloppes". "Pour les agriculteurs, cela ne leur parle pas, explique-t-il à francetv info. Ce n'est pas parce qu'il y a des aides qu'on va trouver des solutions. Ce n'est qu'un accompagnement." Jacques Jaouen plaide pour une réflexion sur l'avenir de l'agriculture dans la région. "Nous devons gagner en compétitivité, moderniser nos bâtiments, améliorer les conditions de travail", égraine-t-il. Le pacte d'avenir n'est donc, pour lui, qu'un premier pas : "Il faut maintenant passer à un acte concret."

Des observateurs économiques regrettent justement que ce dispositif ne propose pas des réformes en profondeur. "Il faut des changements structurels dans l'agroalimentaire, notamment pour les filières porc et volailles", explique à francetv info Maurice Baslé, économiste et professeur des universités à Rennes (Ile-et-Vilaine). Une analyse partagée par Romain Pasquier : "Je doute que le pacte ait des effets à long terme sur le modèle agricole breton. Pour le transformer, il faut réorienter les filières vers une agriculture moins productiviste".

Oui, il y a eu une prise de conscience

Le pacte d'avenir a permis une mobilisation conjointe des acteurs économiques et politiques bretons, notamment sur la question des fermetures d'entreprises, selon Maurice Baslé. "Le cœur du problème, c'est ce centre-ouest Bretagne, qui a envie de travailler. C'est une demande d'emploi, d'avenir, de rester au pays, analyse l'économiste pour francetv info. De ce point de vue, la mobilisation a été intense. Et au bout d'un an, le climat social est bien meilleur. Mais nous ne sommes qu'au début du chemin."

Jacques Jaouen reconnaît qu'il y a désormais "une meilleure compréhension des enjeux. Nous nous sommes enfin mis autour d'une table pour discuter, affirme le président de la chambre d'agriculture de Bretagne. Mais s'il y a eu une prise de conscience générale, cela va, à mon goût, trop lentement. Les temps économiques et politiques ne sont pas au même niveau. Or, l'économie et le marché évoluent très vite."

Non, les pouvoirs régionaux n'ont pas été renforcés

Une des principales revendications des "bonnets rouges" ne semble pas avoir été entendue. L'aspiration à une décentralisation des pouvoirs politique et économique n'a pas été satisfaite. "Le gouvernement ne donne pas les moyens juridiques et financiers aux acteurs régionaux pour expérimenter, être innovants afin de créer des emplois, regrette Romain Pasquier. La décentralisation fait défaut à ce pacte. On ne trouvera pas des solutions dans un bureau parisien, mais dans les filières locales." Le chercheur réclame, par exemple, un transfert des crédits de la politique agricole commune (PAC) à la région Bretagne.

Ces transferts de compétences entre l'Etat et la région, Christian Troadec, maire divers gauche de Carhaix-Plouguer (Finistère), les appelle de ses vœux. Joint par francetv info, l'un des leaders des "bonnets rouges" n'a jamais soutenu ce pacte d'avenir, qui n'est, selon lui, qu'"une coquille vide et un recyclage d'aides déjà programmées". L'élu estime que les "droits de la Bretagne ont été bafoués. Pour nous, la situation économique a empiré, nous voulons le droit à l'expérimentation pour régler nos problèmes territoriaux nous-mêmes."

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