Conjoncture économique : "L'interventionnisme massif des États pour sauver les économies a fonctionné", selon Mathieu Plane, économiste à l'OFCE

Les chiffres du troisième trimestre de 2021 sont au vert et montrent à la fois une croissance en hausse et une diminution du taux de chômage.

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Le ministère de l'Economie et des Finances, à Paris, le 10 septembre 2020. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

"On voit que l'ensemble des variables sont plutôt au vert", explique ce mercredi sur franceinfo Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département Analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). L'Insee a publié ses chiffres sur la conjoncture économique pour le troisième trimestre de l'année 2021. Et les prévisions sont plutôt bonnes : la croissance du PIB devrait dépasser 6% et le taux de chômage devrait s'établir à 7,6% contre 8% au deuxième trimestre. "L'interventionnisme massif des États pour sauver les économies a fonctionné", analyse Mathieu Plane.

franceinfo : Comment expliquer ce décalage entre les prévisions de l'Insee et le ressenti dans la population, notamment sur la question du pouvoir d'achat ?

L'Insee est un institut sérieux donc j'y crois. Globalement, la photographie de l'Insee correspond à peu près aux prévisions qu'on réalise à l'OFCE, et effectivement la macro-économie montre plutôt des gains de pouvoir d'achat notamment pour 2021, ce qui veut dire que la macro-économie ne correspond pas forcément au ressenti de l'ensemble des individus et des ménages. Maintenant c'est toujours quelque chose d'assez délicat parce qu'il y a la question du reste à vivre, des différences et des disparités d'habitation, des foyers familiaux qui peuvent être différents, il y a beaucoup de choses qui peuvent entrer en jeu. Vous pouvez avoir des stabilisations voire des légères baisses de pouvoir d'achat pour certains, et des augmentations pour d'autres. Maintenant il faut savoir que l'évolution du pouvoir d'achat est quand même très liée au marché du travail, et ce que dit l'Insee c'est qu'on a une reprise très dynamique de l'emploi puisque le chômage baisse. Et quand vous avez des créations d'emploi, en général ça crée de la masse salariale dans l'économie, donc c'est des hausses de salaires globales pour les ménages et donc ça veut dire que c'est des gains de pouvoir d'achat. Donc c'est pas totalement illogique d'avoir ça, mais en revanche certains ménages subissent des chocs plus inflationnistes, par exemple liés aux hausses des prix de l'énergie, ce qui n'est pas le cas pour tout le monde.

Êtes-vous surpris par ces bons chiffres de conjoncture économique ?

Je suis plutôt agréablement surpris, ça montre quelque chose : quand on met des moyens, on le voit notamment à travers le "quoi qu'il en coûte", à travers le rôle des banques centrales, finalement on a réussi à préserver les économies de ce choc qui a été pourtant historique, inédit. Et donc la machine, une fois qu'on la relance, qu'on la soutient, elle repart très fortement, même plus fortement que ce qu'on aurait pu attendre. Et donc on voit qu'on a un marché du travail très dynamique, on a très peu de faillites, on a des boîtes qui investissent, et donc c'est plutôt favorable pour l'avenir. C'est vrai en France mais c'est vrai aussi dans beaucoup de pays du monde. L'État a joué le rôle d'assureur, et d'ailleurs la contre-partie de tout ça c'est la dette. Mais l'interventionnisme massif des États pour sauver les économies a fonctionné, a permis justement de préserver l'économie qui peut repartir vivement quand la consommation repart, l'investissement repart, on voit que l'ensemble des variables sont plutôt au vert.

Peut-on considérer que la crise économique est derrière nous ?

Il y a toujours des secteurs qui ont été fragilisés, il y a quand même eu plus de 140 milliards de prêts garantis par l'État, qui sont concentrés beaucoup dans des PME et TPE, en particulier dans le commerce ou la restauration. Donc il y aura certainement un effet de rattrapage sur les faillites mais quand on voit le dynamisme de l'économie, et surtout de la consommation des ménages, dès qu'on lève les restrictions sanitaires on retrouve des consommations assez importantes notamment dans les secteurs qui ont été le plus touchés, ça c'est plutôt bénéfique à l'économie. Donc si la dynamique de consommation repart et s'il n'y a pas une aversion au risque trop élevé, si les ménages se projettent dans un avenir plutôt positif, on peut s'attendre plutôt à des bonnes nouvelles, maintenant il y a des incertitudes qui existent.

Ce phénomène touche-t-il aussi les classes populaires ?

Bien sûr, il y a quand même des disparités, il reste de la précarité, des situations difficiles. On voit qu'il y a une épargne accumulée du côté des ménages qui est énorme, parce qu'on a 150 milliards depuis le début de la crise qui ont été mis sur des comptes en banque. Mais en fait, il faut savoir qu'il y a près de 80% de ces 150 milliards qui sont détenus par les 25% de ménages les plus aisés. Donc finalement il y a des moyens financiers mais c'est vrai qu'ils sont plutôt concentrés sur les hauts revenus, donc la question du pouvoir d'achat ne peut pas s'analyser uniquement macro-économiquement, la question des disparités est importante.

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