De plus en plus de chevaux sont mutilés ou tués : voici ce que l'on sait de ces attaques

Une vingtaine de juments, étalons, poneys et ânes ont été sauvagement mutilés ces derniers mois, un peu partout en France. Avec une forte recrudescence de ces actes de cruauté depuis le début du mois d'août.

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Des chevaux au centre équestre Jean Claude Adelin à Tarbes (Hautes-Pyrénées), le 9 juillet 2020.  (PHILIPPE ROY / AFP)

"C'est un geste gratuit sur un être sans défense, c'est inhumain de faire ça." Le 19 juin, Loïc Crampon, éleveur à Grumesnil (Seine-Maritime), a retrouvé son âne Scipion, âgé de 14 ans, mort dans un champ. Son œil était arraché et son oreille tranchée. Treize jours plus tôt, près de Dieppe, c'est une jument que sa propriétaire a retrouvée agonisante et l'oreille droite coupée net. Au total, sept chevaux et ânes de la région dieppoise ont été agressés entre juin et août.

Mais le département normand n'est pas le seul touché : plusieurs attaques du même genre ont eu lieu depuis le mois de février en France. Un cheval en Moselle, un autre en Vendée, une jument dans le Puy-de-Dôme, une pouliche dans l'Aisne et un poney dans la Somme ont été tués. Les derniers cas en date, mercredi 26 août, ont été recensés en Eure-et-Loirdans les Deux-Sèvres et dans le Jura, où deux juments ont subi des mutilations au niveau des parties génitales, le week-end du 22-23 août. 

A chaque fois, les cas se succèdent et se ressemblent : les animaux sont atrocement mutilés, entraînant parfois leur mort. Bien souvent, leur oreille droite est soigneusement sectionnée. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de ce déchaînement macabre et des pistes sur lesquelles travaillent les enquêteurs. 

Combien de cas ont été recensés, et depuis quand ?

Il n'y a pas de recensement précis du nombre de cas mais la série a débuté en 2018 et les plaintes se multiplient désormais. Au total, "près d'une vingtaine de cas ont été recensés par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique [Oclaesp] de Pontoise, qui coordonne les efforts des unités locales de la gendarmerie enquêtant sur ces faits", indique Le Figaro (article abonnés).

Mais le phénomène s'accélère depuis cet été. Dans la nuit du 1er au 2 août, un poney alezan était retrouvé mort et mutilé en Essonne. Le 8 août, c'est une pouliche de 18 mois qui a été retrouvée "une oreille coupée et un œil arraché, le cœur poignardé et le vagin enlevé" à Cluny (Saône-et-Loire), selon ses propriétaires, pour qui l'animal a été attrapé au lasso.

Ces derniers jours, trois juments ont subi pareils sévices dans le Jura et un pur-sang a été égorgé dans les Côtes-d'Armor, tandis que des organes étaient prélevés sur un cheval déjà mort dans la Loire. En Mayenne, un éleveur a trouvé l'une de ses juments mutilée d'une plaie de 40 centimètres sur le flanc droit samedi 22 août, rapporte France Bleu Mayenne. 

Des enquêtes sont ouvertes, confiées aux gendarmes locaux appuyés par l'Oclaesp. La Fédération nationale d'équitation a annoncé qu'elle se constituait partie civile pour combattre ces actes barbares, après l'ordre national des vétérinaires. Les fondations Brigitte-Bardot et 30 Millions d'amis comptent également se porter partie civile dans certaines de ces affaires.

Quels sont les points communs entre ces agressions ?

Les animaux pris pour cible sont toujours des équidés. Il peut s'agir de juments, de chevaux de course, d'ânes ou de poneys, peu importe les races. 

A chaque fois, les animaux sont retrouvés avec une oreille en moins, l'oreille droite le plus souvent. C'est la caractéristique la plus saillante de ces affaires. Dans la plupart des cas, d'autres mutilations sont pratiquées. A chaque fois, la découpe des organes est "chirurgicale", note, dans Le Figaro, Pauline Sarrazin, qui travaille dans le milieu hospitalier et dont la jument est morte dans ses bras après avoir eu l'oreille tranchée et le museau sectionné. Pour Bruno Wallart, commandant de la compagnie de Riom, en Auvergne, le seul point commun de ces affaires, c'est donc "la mort de ces chevaux de façon surprenante et la mutilation".

Autre constat : les tueurs procèdent "par série", assure Pauline Sarrazin au Figaro. La première affaire de ce type remonte à 2002, puis des cas isolés ont été relevés jusqu'en 2019, à raison d'une agression par an en moyenne. Tout s'est accéléré cette année avec un déchaînement depuis le début du mois d'août.

Impossible, toutefois, de savoir si les attaques sont liées ou isolées, d'autant qu'aucun des propriétaires visés n'a le même profil, ce qui semble exclure l'idée d'une vengeance.

Quelles sont les pistes étudiées par les enquêteurs ?

Plusieurs éleveurs affirment que les coupables sont des professionnels, qui connaissent bien les équidés et leur tempérament. "Il faut savoir passer les clôtures, prendre un cheval du troupeau sans créer la panique, sans faire de bruit, savoir l'immobiliser", avance Lydie Cerisier, dont la ponette shetland est morte, l'oreille coupée, dans une écurie de la Somme en mai. Même constat pour Pauline Sarrazin. "Curieusement", elle n'a relevé aucune trace de sang au sol, décrit-elle au Figaro. "Celui ou ceux qui font cela savent ce qu'ils font et savent très bien le faire", assure-t-elle.

Une hypothèse confirmée par le Service central du renseignement territorial (SCRT) dans une note datée du 30 juin et consultée par Le Parisien. "Les traces constatées sur les naseaux laissent présumer l'utilisation d'un tord-nez, accessoire demandant à son utilisateur des connaissances et des compétences dans le monde équestre pour le manipuler avec efficacité", indique ce service, qui est notamment chargé de travailler sur les dérives sectaires.

En Bretagne, un groupement de gendarmerie local a monté une cellule d'investigation. Dans les Côtes-d'Armor, à Pédernec, un propriétaire a réussi à empêcher une attaque et à mettre en fuite les agresseurs, le 18 août. "C'étaient deux hommes. Je n'ai pas vu de visage, ils n'avaient pas d'accent", a-t-il expliqué à Europe 1. S'il a identifié qu'ils n'avaient pas d'accent, c'est parce que les deux individus se sont directement adressés à lui : "Ce n'est que le début, on va revenir", lui ont-ils lancé. 

Une scène similaire s'est produite dans l'Yonne, dans la nuit du lundi 24 au mardi 25 août, où deux individus armés de couteaux ont été surpris par un éleveur en train de s'en prendre à son cheval. Ils ont pris la fuite après avoir porté plusieurs coups à l'équidé. Les blessures sont heureusement superficielles.

Aucune possibilité concernant les coupables ne semble être exclue à ce stade. "Est-ce un challenge lancé sur internet ? Un défi ? La pulsion d'un individu ? Toutes les pistes sont envisagées", affirmait fin juin Bruno Wallart. Les gendarmes ont lancé des appels à témoins dans les zones les plus touchées et une veille internet a été mise en place pour détecter des discussions sur les réseaux sociaux ou sur des forums.

Pour les enquêteurs du SCRT, la découpe très régulière de l'oreille des animaux fait penser à une volonté de garder un "trophée". "Des questions se posent sur leurs auteurs et leurs réelles intentions : superstition, fétichisme, rituel satanique, sectaire ou autre", indique le service. Toutes les options sont donc à l'étude et aucune piste n'est privilégiée, admettent les gendarmes. Les enquêteurs ont par ailleurs envoyé des demandes d'information en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Belgique, où des affaires similaires ont eu lieu par le passé.

Comment les propriétaires s'organisent-ils pour protéger leurs chevaux ?

Pour beaucoup d'éleveurs qui ont été pris pour cible, la découverte de leurs animaux mutilés s'est révélée traumatisante. Pauline Sarrazin a eu, elle, l'impression de vivre "un film d'horreur". François Lavoisier, dont deux chevaux ont été tués à Berny-en-Santerre (Somme), n'arrive plus à fermer l'œil de la nuit, raconte Le Journal du dimanche.

L'inquiétude a gagné les éleveurs et les centres équestres, en particulier dans les région touchées par ces actes de cruauté. "Il y a plus d'un million de chevaux en France et ils ne sont pas tous à l'écurie. Il y en a forcément dans les prés qui se promènent, ce sont des cibles faciles. Nous encourageons les cavaliers à être plus attentifs que d'habitude", martèle le président de la Fédération française d'équitation, Serge Lecomte, auprès de Libération.

Alors, pour éviter de nouvelles mutilations, ils s'organisent. Certains ont investi dans des caméras de surveillance utilisées par les chasseurs, qui se déclenchent au moindre mouvement, selon les recommandations diffusées par l'Oclaesp. A Berny-en-Santerre, l'une des huit caméras municipales a filmé deux voitures suspectes. Elles sont en cours d'identification, indique Le JDD. "On met au courant le voisinage, on privilégie le bouche-à-oreille pour la surveillance. La gendarmerie tourne mais nous sommes un peu livrés à nous-mêmes", témoigne auprès de France Bleu la gérante d'un centre équestre près de Dieppe.

Pour tenter de recouper les informations, les propriétaires touchés communiquent sur une page Facebook intitulée "Justice pour nos chevaux", rapporte 20 Minutes. Suivie par plus de 7 500 membres, elle vise à ce que "les personnes qui ont perdu un cheval ou un âne dans des circonstances similaires puissent entrer en contact", explique Pauline Sarrazin, qui a créé la page. Selon elle, des affaires auraient pu passer au travers des mailles du filet. "Des propriétaires ont pu penser que leur animal était décédé de mort naturelle, et qu'il avait ensuite été dévoré par des corbeaux", explique-t-elle à 20 Minutes. C'est la thèse qu'avait émise la gendarmerie pour la mort de sa jument, avant de faire le rapprochement avec les autres affaires.

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