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Féminicides : "Il faut former les gendarmes, les policiers, les magistrats, les médecins" affirme la procureure de Bobigny

"Il faut développer chez eux la sensibilisation aux violences conjugales pour que les plaintes arrivent à bon terme auprès de l'autorité judiciaire," explique Fabienne Klein-Donati.

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Radio France
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Rassemblement contre les violences faires aux femmes à l'appel du mouvement #Noustoutes le 29 septembre 2018 à Paris. (ZAKARIA ABDELKAFI / AFP)

Depuis le début de l'année 2019, plus de 70 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Un rassemblement est prévu samedi 6 juillet à Paris, pour dénoncer ces féminicides, à l'appel de plusieurs associations. La procureure de Bobigny (Seine-Saint-Denis), Fabienne Klein-Donati, a estimé sur franceinfo que, pour enrayer ce fléau des violences conjugales, qu'il y avait "un effort à faire, notamment pour les associations qui ont besoin de moyens".

franceinfo : La justice a-t-elle assez de moyens pour protéger ces femmes en danger ?

Fabienne Klein-Donati : Je pense que oui. Ce n'est pas la loi qui pose problème parce que l'on a un arsenal législatif qui est très complet, notamment grâce aux évolutions de la loi lors de ces deux dernières années. En revanche, on doit encore progresser sur la formation des acteurs. Cela veut dire qu'il faut former les gendarmes, les policiers, les magistrats, les polices municipales, les médecins. Il faut développer chez eux la sensibilisation aux violences conjugales pour que les plaintes arrivent à bon terme auprès de l'autorité judiciaire. Par ailleurs, le ministère de la Justice a développé des outils. Par exemple, sur les téléphones graves dangers (qui permettent d’alerter les forces de l’ordre rapidement), j'ai dit que j'en avais besoin de 40, je les ai eus. Je suis consciente qu'il y a encore un effort à faire, notamment pour les associations qui ont besoin de moyens pour prendre en charge et accompagner les victimes.

Est-ce qu'il y a un problème de transmission des plaintes jusqu'au procureur ? Est-ce votre cas en Seine-Saint-Denis ?

A Bobigny, nous n'avons pas ces difficultés-là, parce que malheureusement nous sommes énormément saisis sur ce genre d'affaire. Certains jours, nous pouvons avoir 40 appels qui peuvent concerner des violences conjugales. Mais nous devons tout de même insister pour que rien ne nous échappe et pour que la moindre main courante soit bien renseignée. Cela permet de donner aux magistrats du parquet tous les éléments pour dire, par exemple, que la victime n'a pas souhaité déposer plainte. Mais avec une main courante complète, on peut aller au-delà de la volonté de la victime et on peut essayer de la sauver contre elle-même.

Les associations de lutte contre les violences faites aux femmes réclament notamment l’augmentation du nombre d'ordonnances de protection afin d'éloigner le conjoint violent. Est-ce envisageable pour vous ?

L'ordonnance de protection est une décision qui appartient à un juge. Or, on ne peut pas donner d'instruction à un juge parce qu'il est indépendant. Par ailleurs, en Seine-Saint-Denis, l'ordonnance de protection ne nous pose pas de problème. En 2018, on a rendu 300 décisions d'ordonnance de protection. Nous avons également pensé aux enfants, qui sont des victimes collatérales, en mettant en place des mesures d'accompagnement protégé. Cela permet de mettre en relation le père avec ses enfants dans un cadre qui exclut tous sujets de tensions potentielles.

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